8.5/10

1945

1945 : une histoire d'amour sur fond de seconde guerre mondiale vu par une Japonaise. Tout un programme.

1945. Si cette fameuse année ne vous dit strictement rien, c'est que vous avez dû vous absenter de la planète Terre une bonne soixantaine d'année. Impossible aujourd'hui d'ignorer les faits liés à la Seconde Guerre Mondiale qui a laissé une empreinte indélébile à de nombreuses nations. Les périodes sombres étant toujours sources d'inspiration pour divers artistes, des poètes aux cinéastes en passant par les écrivains, chacun dépeint à sa manière cette époque peu glorieuse de notre histoire, ou plutôt de l'Histoire tout court. Le manga étant connu au Japon pour avoir un titre sur chaque domaine, 1945 parle tout naturellement de la Seconde Guerre Mondiale. Mais, petite touche originale, l'action se déroule du côté allemand.

1945
1945
Ainsi, l'histoire ne débute pas au coeur de la guerre mais quelques temps avant. Au moment où l'insouciance et la quiétude régnaient encore sur les jeunes visages allemands. Nous découvrons bien vite les trois personnages-clé de notre histoire : Elen, Maximilian et Alex. Les deux premiers sont frère et soeur tandis que le dernier représente le premier amour d'Elen. Nous suivrons leur évolution personnelle durant ces longues années. Bien vite, chacun d'entre eux va emprunter une voie différente. Ainsi Alex décide de s'engager dans l'armée afin d'exterminer tous les juifs auxquels il voue une haine farouche à cause d'un passé torturé. Elen et son frère vont de leur côté, mener une action de résistance en distribuant discrètement des tracts anti-Hitler. Tous les trois vont être ébranlés tour à tour dans leur conviction et dans leur coeur mais malheureusement, il est bien trop tard pour faire marche arrière.

Voilà l'histoire que nous offre Keiko Ichiguchi. Une peinture frappante de réalisme de ces jours sombres de la Seconde Guerre Mondiale. Plutôt que de dépeindre le quotidien vécu à la même époque par son peuple, la mangaka choisit de décrire la guerre du côté allemand. À mesure que l'on avance dans le récit, divers sentiments nous envahissent. Angoisse, malaise, peur. La première lecture est un peu éprouvante, ce qui démontre aussi la qualité du récit. Nombreuses documentations à l'appui, Keiko Ichiguchi s'inspire librement de l'histoire authentique du mouvement de La Rose Blanche (Die Weibe Rose en allemand). Ce groupe de résistants était mené principalement par trois jeunes étudiants : Alexander Schmorell, Hans Scholl et sa soeur cadette Sophie. Tous trois sont aujourd'hui connus pour avoir distribué anonymement des tracts signés au nom de La Rose Blanche. Leur action malgré des moyens limités fut impressionnante mais leur fin fut quant à elle tragique, comme on peut s'en douter.

L'histoire leur rend aujourd'hui honneur. Alors que la majorité des allemands se terraient dans le silence et obéissaient aveuglément, le mouvement de La Rose Blanche s'est imposé par la forte personnalité de trois de ses membres. C'est bien pour cela qu'on aurait apprécié que l'auteur nous dispense d'une sempiternelle histoire d'amour impossible qui accentue le côté mièvre de nos personnages. Pitié, on ne fait pas de la résistance durant de longues années pour succomber en quelques secondes dans les bras de l'"ennemi". D'autant plus que les personnages se montrent tour à tour sous un jour faiblard qui a tôt fait de nous déplaire. Ce qui donne presque envie de leur foutre de bonnes baffes pour les secouer. Sans compter l'éternel "mea culpa" du méchant qui finalement n'est pas si méchant que ça, il faut l'excuser, il a ses raisons.

Ceci mis à part, la question sous-jacente reste le dessin. Inutile de nous offrir un récit de qualité si le dessin est grotesque, ce qui serait une aberration ici. Heureusement, Keiko Ichiguchi possède un coup de crayon bien acéré et sans défaut majeur. Le trait s'adapte parfaitement au contexte : les visages se font rond et les yeux sont de taille raisonnable. La mangaka nous offre ici un character design heureusement occidental, en prenant bien en compte les canons esthétiques et vestimentaires de l'époque. Les décors prennent aussi toute leur importance dans l'histoire et sont largement présents. Aucun ajout superficiel n'est à déplorer en arrière plan comme une floraison suspecte ou des cristaux brillant de mille feux. Le dessin est donc pour résumer sobre et classique, sans artifice, l'idéal pour ce genre d'histoire.

Kana rend ici hommage au travail fait sur 1945 en nous livrant une édition zéro défaut. Le format A3 est conservé pour un prix plutôt raisonnable. Les pages sont agréables et bien blanches sans tâche ou défaut d'impression. Le lettrage est classique mais bien maîtrisé et la traduction quant à elle se révèle très satisfaisante. Petit plus aussi, en fin d'ouvrage, nous découvrons deux pages consacrés à l'auteur et à son récit, un bonus vraiment appréciable. On peut donc dire que le travail général de Kana sur le manga 1945 est plus que correct.

1945 est donc une lecture très fortement conseillée et ce, même aux détracteurs des mangas. Si il n'y avait qu'un seul titre que je me verrais parfaitement offrir à quelqu'un n'aimant pas du tout le genre, ce serait bien 1945. Une oeuvre historique, qui malgré ses quelques défauts, risque très longtemps d'orner mes étagères.

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