9.5/10

5cm Per Second

Chef-d'oeuvre absolu de narration et d'animation, 5cm Per Second est un moment de grâce comme on en goûte trop peu. A voir absolument, sous peine de mourir idiot.

5 centimètres par seconde. C'est la vitesse de la chute d'une fleur de cerisier.

Ou d'un flocon de neige.

C'est aussi une métaphore de la lenteur de la vie et un incroyable long métrage (sous la forme de trois courts, Extraits De Fleurs De Cerisier, Cosmonaute et 5cm Par Seconde) qui raconte en une histoire toute simple comment les gens commencent souvent ensemble et changent doucement de chemin petit à petit, sans fioritures et sans description d'égos torturés, tant au niveau des protagonistes qu'à celui de son réalisateur. Non, le film de Shinkai Makoto nous décrit, avec un humanisme désarmant et un sens du détail absolument ébouriffant, à quel point nos vies sont assujetties à la loi du temps qui passe et des distances qui se creusent.

Takaki et Akari sont des élèves de primaire que leur amour de la lecture a rapproché. Mais un jour Akari déménage à Tochigi, au nord de Tokyo. Les deux amis commencent alors à s'échanger des lettres. Lorsque Takaki s'apprête lui aussi à déménager pour Kagoshima, au sud du pays, il décide d'aller rendre visite une dernière fois à son amie, un soir d'hiver...


Solitude
Basé sur cette simple trame, 5 cm Per Second nous raconte donc en l'espace de trois court-métrages que les espoirs d'hier peuvent être les désillusions d'aujourd'hui, tout en laissant ouverte la possibilité de lendemains heureux. De l'aveu même de Shinkai Makoto, à propos de l'histoire de 5cm Per Second « j'ai souhaité faire en sorte qu'elle donne du courage aux spectateurs. Pour toucher au mieux l'âme du public, j'ai conçu une histoire simple, dépeignant un garçon passionné. Il est juste animé par son désir de revoir une fille, mais le simple retard du train le plonge dans le désespoir. (...) il m'importait peu que la fin soit heureuse ou même qu'il n'y ait pas de fin en soi. Peut-être qu'un film nécessite une conclusion explicite, mais dans la vie cette notion n'existe pas ».

Dès les premières secondes on est touché autant par la splendeur des images et la qualité de l'animation (d'une rare perfection) que par les deux personnages principaux qui peuvent rappeler les adolescents que nous avons été, à l'âge où le sentiment d'amour est sans doute le plus pur. 5cm Per Second se regarde comme un écho mélancolique de ces années où l'on n'est plus un enfant et pas encore un adulte, quand on commence à comprendre que grandir c'est aussi faire des choix qui définiront le restant de notre vie, que cela nous plaise ou non. Le film à beau être emprunt de cette mélancolie permanente, il ne faut pas penser qu'il est triste pour autant (au sens tragique du terme). Il invite au contraire à une douce contemplation, notamment grâce à l'envoûtante partition de Tenmon et aux sublimes paysages qui y sont dépeints. Pour citer de nouveau Shinkai san « grâce à l'animation, nous pouvons sublimer la réalité, retranscrire des émotions que l'on ne peut exprimer avec des mots, c'est ce que je voulais faire avec les paysages de cette œuvre. Je pense
Solitude à deux
que dans les moments de bonheur ou difficiles, le paysage est un élément« salvateur ». Baigné dans ce magnifique
paysage, l'homme est ainsi relié à

notre vaste univers
». Des propos et un sentiment qui trouvent également une résonance à la vision du second film du coffret dans sa version collector, le moyen métrage The Voices Of A Distant Star, qui traite de la même implacabilité des obstacles aux désirs de la jeunesse que sont le temps et l'espace, racontée ici sur fond de conflit interstellaire en utilisant plus qu'habilement les codes de la science fiction japonaise.

Deux chefs-d'œuvre, rien de moins, fruits de la sensibilité hors du commun du réalisateur de La Tour au-delà des Nuages, définitivement un grand monsieur de l'animation et un grand homme tout court.

5cm Per Second et The Voices Of A Distant Star sont chacun disponibles en versions simples, mais préférez leur largement le coffret collector. Celui-ci regroupe les deux films ainsi qu'un DVD de bonus comprenant deux entretiens avec Shinkai Makoto, ses commentaires sur la création de The Voices Of A Distant Star, She And Her Cat (son premier court-métrage), un album photo du tournage et des entretiens avec les principaux comédiens de 5cm Per Second.

Partager cet article

A propos de l'auteur

11 commentaires

  • Anonyme

    09/07/2010 à 16h16

    Répondre

    Moi j'avais vraiment détesté "La tour au de-là des nuages", donc je suis parti sur un à-priori négatif ... Et j'ai pas franchement accroché à 5cm Per Second, même s'il y avait plein de jolis ingrédients ...

  • Mandark

    10/07/2010 à 12h32

    Répondre

    Ah ça, les sensibilités varient souvent (oui, j'enfonce très bien les portes ouvertes...)

    Merci pour ton post en tout cas.

  • Anonyme

    22/08/2010 à 01h46

    Répondre

    Détesté.


    Pas que je pouvais pas m'identifier aux personnages, mais j'ai détesté alors que d'habitude, j'aime les histoires centrées sur les relations entre personnages, sur la vie "courante"., et surtout, les histoires qui finissent plutôt mal.


    Là, il y avait tout ce que j'aime, et j'étais super partante pour voir ce film, alors pourquoi j'ai détesté ? L'ennui. A un moment du film, vers le début, le 'personnage principal masculin' regarde sa montre parce qu'il trouve que le temps passe trop lentement, étrangement, j'ai fait la même chose, et j'ai eu envie d'arrêter de regarder le film. J'ai pourtant vécu exactement la même chose que lui, mais j'ai ressenti nostalgie, ni sympathie, ni rien. Bon, histoire de "sensibilité", sans doute, mais je pensais que j'étais quelqu'un qui pleurais trèèès facilement devant un manga/anime/film.


     Par contre, un très bon point : les décors sont magnifiques. Aussi beau que ceux de Tekkon Kinkreet (Amer Béton), mais dans un tout autre registre/style. C'est réaliste mais avec un très impressioniste/coloré, bref, j'ai adoré.... mais seulement les décors. 

  • ptilu

    30/03/2011 à 19h38

    Répondre

    Un manga certes magnifique graphiquement mais au final on reste sur sa fin car ses histoires d'amours tout en "non-dits" restent assez mièvres.
    Le summum étant la chanson du générique de fin tout en guimauve:s, insupportable pour ma part!
    Une déception au final...http://manga.krinein.com/5cm-per-second-20257/critique-10139.html

  • Plax

    03/05/2011 à 08h45

    Répondre

    Cet animé est ENORME !!!! Je l'ai regardé hier, il est juste trop beau, j'étais limite sous le choc !

  • Djak

    06/05/2011 à 14h57

    Répondre

    mince je pensais avoir à faire à un hentai. Je suis déçu

  • Plax

    06/05/2011 à 15h04

    Répondre

    Haha, bien vu

  • OuRs256

    06/05/2011 à 15h34

    Répondre

    Djak a dit :
    mince je pensais avoir à faire à un hentai. Je suis déçu


    Génie repéré =D

  • juro

    07/05/2011 à 12h29

    Répondre

    Tiens, djak est de retour... Je vous présente l'ex chef de la rubrique manga !

  • Oxido

    07/05/2011 à 22h56

    Répondre

    OuRs256 a dit :
    Djak a dit :
    mince je pensais avoir à faire à un hentai. Je suis déçu


    Génie repéré =D


    Excellent

    juro a dit :
    Tiens, djak est de retour... Je vous présente l'ex chef de la rubrique manga !


    Bonsoir djak

  • Djak

    10/05/2011 à 23h04

    Répondre

    mouais, je sais pas trop encore si je reste ou si je passe juste en coup de vent.
    Je me suis remis au manga (grand mal m'en a pris) du coup je fais le tour du propriétaire pour voir ce que j'ai raté en 3 ans. A mon grand bonheur j'en suis arrivé au constat que j'ai quasiment rien raté !

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Chez Krinein Manga et animes, c'est la culture japonaise qui est mise à l'honneur grâce à des critiques de shonen, shojo et autres termes bien connus des vrais fans. Toi même tu sais.

Rubriques