A DECOUVRIR
9/10

Akira - le manga

Le manga qui a fait date en France méritait bien que l'on reparle de lui. Avis à ceux qui le découvrent de s'y jeter à corps perdu...

Est-il besoin de présenter le manga qui a lancé en masse le premier mouvement d'implantation du manga dans nos contrées ? Pendant un bon moment, Akira a été perçu comme une erreur seinen au milieu de la publication infinie de shônen. Reconnu à sa juste valeur comme un chef d'œuvre en la matière, la version papier de Katsuhiro Otomo représente un long cheminement et une sorte de diptyque avec le titre prédécesseur dans sa bibliographie Dômu. Ou comment les humains réagissent face à une menace fantastique, incommensurable et livrés à eux-mêmes dans un monde post-apocalyptique sans foi ni loi…

Guerre dans les bas fonds de Néo TokyoCa c'est du découpage !
Ca c'est du découpage !

2030. Néo-Tokyo est devenue une gigantesque poubelle hi-tech. Tetsuo, Kanéda et leur bande de jeunes du centre d'insertion et d'apprentissage professionnel foncent dans la nuit sur des motos volées, sans autre but que de repousser toujours plus loin les limites du speed. Quand ils croisent un drôle de petit garçon au visage de vieillard, leur premier réflexe est de l'agresser mais cette créature perdue possède un étrange moyen de défense... Ils viennent de faire connaissance avec le nº26 et de franchir, sans s'en rendre compte, la première étape d'un processus irréversible : le réveil d'Akira...

Plongé tout de suite dans le feu de l'action, le lecteur est pris dans le feu en captant comme il peut chaque information émanant des héros agissant comme des feux follets. L'aventure dégage un sentiment de puissance incontrôlée, de force brute tout en démontrant une sensibilité unique et en brossant des portraits psychologiques de personnages évoluant sur un fil qui pourraient être la borderline de leur état mental. Désespoir, cruauté et folie représentent les principaux vecteurs de la dégradation de l'état mental renforcé par les drogues et l'alcool montrant l'opposition des faibles qui y succombent et deviennent des bêtes soumises au Mal aux forts qui relèvent la tête pour faire persister un semblant d'humanité.

L'ensemble des personnages composant l'œuvre donne du sens à cette histoire. Chacun ayant un rôle pour essayer d'enrayer ou d'amplifier la menace existante. Aucun d'entre eux n'est utilisé comme tapisserie. Les rôles se découvrent en suivant la progression de l'œuvre. Les cartes s'abattent, laissant craindre un sort funeste tant et si bien que Kanéda (le courage), Kei (la sensibilité) ou le colonel (la discipline) se présentent tous comme une façade existante de l'humanité face au Mal (Akira) et son composant principal, la peur, voire la terreur (Katsuo).

Akira est une gigantesque fresque épique de l'univers caractéristique de Katsuhiro Otomo. Son monde est une nuit noire dans lequel brille une petite lueur d'espoir et dans lequel les enfants apparaissent comme des armes brutes et incontrôlables (lançant une vague de simulacres plus ou moins réussis par la suite dans l'esprit artistique nippon). Leurs pouvoirs se veut irrationnel, incompréhensible pour le monde adulte, trop souvent peu imaginatif et ancré dans ses petites habitudes. Ainsi, que dire de ce néo-Tokyo voué à être dominé par une jeunesse anarchiste ? Akira montre un exemple de ce que pourrait être le nouveau désordre mondial en cas de catastrophe (très probablement nucléaire). 

Un nouveau monde

Bien évidemment, Akira est aussi un fabuleux déluge d'action montrant des scènes choc sorti tout de la plume magistrale d'Otomo. Le titre n'aurait pas obtenu une telle notoriété s'il n'était pas complété par des personnages toujours sous tension et une intrigue ne faiblissant quasiment jamais. Toute tourne autour de ce petit bonhomme étrange nommé Akira duquel duquel émane une crainte permanente par son silence profond et servi par Tetsuo qui n'hésite pas à tuer tous ceux qui s'opposent grâce à des pouvoirs paranormaux (télékinésie, téléportation, envol). Quelques scènes d'action radicales ponctuent ça et là le titre : l'autoroute, les égouts, la base secrète, les poursuites en moto, l'explosion nucléaire… Le manga possède tous les atouts.

Katsuhiro Otomo n'est pas un manche avec son crayon, il agit avec précision desservant des rendus parfaits, détaillés à un point époustouflant et mettant les héros dans des positions charismatiques desquels ils ressortent grandis. Car ces adolescents, évoluant entre l'enfance maléfique d'Akira et des adultes dépassés, constitue la seule ressource possible pour remettre l'humanité sur de bons rails. Du coup, le trait les rend juste. Adulte… mais pas trop, enfant… mais pas trop, à mi-chemin entre les deux. Un ensemble graphique au top niveau pour servir une grande intrigue manichéenne mais tellement bien scénarisée.

Le manga papier confirme sa réputation. Les années ont passé et peu se sont approchés de celle d'Otomo. A croire que relever le défi semble trop compliqué ou que ceux qui ont essayé se sont considérablement raté (Spriggan). Sans nul doute, Akira reste une œuvre hautement tragédique et réellement percutante qui marque et continue de marquer à chaque fois que l'on s'y replonge. Et idem pour le film.

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11 commentaires

  • shushu

    18/09/2008 à 13h46

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    Merci pour la critique. C'est une vraie oeuvre à avoir chez soi.


     


    Dommage que tu réduises ton avis sur le fim à ta dernière phrase et que tu n'aies pas plus étoffé. Pour ma part, mais je le trouve très infèrieur en qualité.

  • juro

    18/09/2008 à 15h44

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    Bin le truc c'est qu'il y a déjà une critique du film sur le site. Pas de doublon !

  • Kei

    18/09/2008 à 17h04

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    Mon manga fétiche. Tout simplement époustouflant.

  • Hello

    18/09/2008 à 20h05

    Répondre

    Le film est bien, rien à dire.


     Mais le manga est vraiment mieux. Le détail des gros plans est epoustouflant, et l'évolution de l'histoire en deux grosses parties (Tome 1-3 et 4-6) Est passionante a suivre. Faudrait que je retrouve tous les tomes pour les lire.

  • Anonyme

    19/09/2008 à 00h22

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    Ce manga est une merveille !


    Bien peux peuvent prétendre froler une telle perfection: les personnage sont ultra-détaillés, le scénario est démentiel, les planches sont magnifiques (admirez la perfection des perspectives, déja bien présentent dans Dumo)... un manga culte qui n'a pas vieilli d'un poil en plus de 20 ans !


     A posséder de toute urgence pour tout amateur de manga ...

  • Anonyme

    27/10/2008 à 13h17

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    Dur d'écrire une critique sur ce manga. On ne peut pas toucher aux symboles sans une levée de bouclier.


     


    Ce qui me dérange, c'est le raccourci Kanéda = courage ; Akira = Mal.


    On est très loin du Shintoïsme. D'après ce que je connais du Japon (pas grand chose à vrai dire, il faudrait y vivre pour comprendre, je pense) Akira n'est pas le Mal, tout comme Tetsuo d'ailleurs. Tetsuo est gangréné par les drogues et par toutes les souffrances qui le rongent de l'intérieur, par ce pouvoir plus fort que son enveloppe charnelle. Il ne peut s'en défaire qu'en suivant une voie spirituelle, celle que Akira a déjà traversé.


    D'ailleurs le lecteur voit bien la différence après que Tetsuo se tape la Lune et avant. Akira lui sourit, ils se comprennent.


    Tous les deux ne sont que le renouveau, la renaissance.


    C'est d'ailleurs un point bien expliqué dans le film.


    Mais mis à part cette interprétation très européenne (donc manichéenne), la critique est dans le vrai. C'est un pur chef-d'oeuvre. Graphiquement, scénaristiquement, tout est maîtrisé.


    Etant pocesseur de la première version diffusée en librairie, il faut ajouter que la colorisation est elle aussi réussie.


    A lire, relire, voir et revoir


    "J'vais traîner ce mec sur toute la rue"

  • juro

    27/10/2008 à 13h48

    Répondre

    Je suis bien d'accord avec toi. Ma critique ne reflète pas l'intégralité de l'oeuvre ni tous les points de vue présents dans manga (comme n'importe quel article sur n'importe quel sujet). Je me suis intéressé à donner une vision personnelle et centré sur un point de vue personnel. Akira foisonne de tellement d'idées qu'il était nécessaire de se focaliser sur une partie du titre qui m'a frappé et qui revient constamment dans la biliographie de l'auteur. Ni plus ni moins

  • Anonyme

    27/10/2008 à 14h34

    Répondre

    @Juro :


    Ce que je tentais de dire, c'est que l'interprétation d'une oeuvre nippone est hasardeuse si elle est faîte par un européen. Il y a un tel fossé culturel. Il faut vraiment être initié à cette culture. Or nous ne sommes que partiellement baigné dans cette culture.


    Cela dit, je ne te connais pas Juro, tu es peut-être franco-japonais, auquel cas mes commentaires deviennent nuls et abscons.


    Mais si on s'arrête aux premiers tomes, effectivement, Akira est considéré comme un danger qui ne doit pas être réveillé.


    C'est tellement dense que je profite toujours d'un arrêt maladie de deux jours pour me taper l'intégralité.


     


    Bien à toi

  • Anonyme

    23/04/2009 à 00h02

    Répondre

    je suis d'avis pour dire que c'est un grand chef-d'oeuvre: le seul point mort serait qu'il n'y a pas de temps morts jusqu'au tome 4 (édition noir et blanc).


     


    Dès que l'on commence à le lire, on ne peut plus s'arrêter!


     


    Merci otomo


     


    ps: le film est différent, mais loin d'être aussi mauvais qu'on le dit: il retranscrit juste le début du manga et aboutit à une fin alternative: ça aurait été foiré si ce dernier avait résumé toute l'histoire en 1h20, chose inconcevable si l'on ne veut pas détruire l'oeuvre.

  • marianne

    04/05/2009 à 19h05

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    énorme... ce manga sera toujours LE monstre sacré pour moi vraiment dommage qu'il n'y ai pas eu de série fidèle à la trame imaginée par Otomo...

  • Anonyme

    18/06/2009 à 13h37

    Répondre

    j'ai lu les 4 premier mais pas encor s le n0 10

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