6.5/10

America

Keiko Ichiguchi est cette mangaka peu conventionnel installée en Italie pour avoir fuit les contraintes insoutenables de publication nippone. Après la fresque historique 1945 et son livre d'anecdotes Pourquoi les japonais ont les yeux bridés, revoici l'auteur qui nous propose un jôsei sur l'histoire de six personnages à la recherche d'un idéal incarné par le continent américain. Avec une narration forte d'une expérience qui sent le vécu, c'est tout le mal-être des jeunes japonais qui se décline sur fond de rock étasunien. America explore en profondeur des destins inavouées et dramatiques d'un groupe d'amis malmenés par la vie.

Le rêve américain

America
America
L'histoire se passe à Osaka en 1988. Six amis se retrouvent régulièrement autour d'un verre. Ils sont assez différents mais ont une passion commune : leur passion pour les Etats-Unis qui se profile comme un rêve, comme un idéal, un eldorado. Trois femmes, trois hommes, autant de destins différents pour ces jeunes rêveurs souvent mal considérés par leur entourage. Et ce récit est vu par l'intermédiaire de la narratrice, Nae, qui souhaite plus que tout devenir journaliste et quitter le Japon pour l'Amérique, le pays où tout devient possible. En attendant de réaliser son rêve, Nae partage avec ses amis sa passion pour la culture américaine. Entre rêves et désillusions, où les mènera le chemin vers cette Amérique si proche et si lointaine... ?

D'emblée, la narration crée un faux rythme avec un semblant de « tout va bien » sentant les graves problèmes qui vont tomber sur la tête d'adolescents unis par la même envie d'atteindre un objectif : partir aux Etats-Unis. Le rêve est un sujet inépuisable mais il est vu dans le manga comme le remède à tous les maux parfois trop naïvement jusqu'à ce que le dénouement final mette un véritable coup de gourdin aux idées reçues. Dans sa première partie, Keiko Ichiguchi narre avec des longueurs ce récit avant de s'emparer de son histoire dans une seconde absolument incroyable en rebondissements intenses. Les femmes comme les hommes touchent leurs rêves du bout des doigts mais aucun ne s'en empare véritablement à part l'héroïne dont le destin sent l'autobiographie romancée. La mangaka donne de l'espoir dans les pires moments de cruauté. Avec sensibilité.

Made in America

Vu comme une terre promise, les Etats-Unis ressemblent à l'idée de ce que les premiers migrants européens ont pu se faire du nouveau monde. Visiblement, Keiko Ichiguchi essaye de retraduire ceci pour les japonais avec beaucoup de références musicales (Simon & Garfunkl, Aerosmith...). La musique joue le rôle de rappel au continent américain avec des relents sur quelques plans avec les bars et publicités de grands espaces. Plutôt réussi dans son ensemble, cet appel à l'imaginaire du tout possible marche et l'identification aux personnages va de pair avec leur destin. Subtil mélange de bonheur teinté de malheur, America est le reflet du pays auquel il fait référence. Et dans cette optique, la mangaka atteint son objectif...

Le dessin est un mixage de Banana Fish pour les coupes de cheveux des personnages et de shojô bien plus typique pour le reste. De graves problèmes de proportions apparaissent ça et là tout au cours du récit. Pourtant, il transmet véritablement une émotion intense par des expressions faciales grandissantes. Le remplissage est minimal, le découpage est rythmé et ressort d'autant plus à cause du grand format de l'édition Made in Kana. Mais le dessin enlève beaucoup à l'oeuvre en évitant le piège d'être un shojô fleuri ou brillants de mille feux, même si les mentons pointant vers le bas sont du plus mauvais effet.

America est une bonne histoire mais le trait d'Ichiguchi peut donner des envies de meurtre car dénaturer ce récit par un dessin pas toujours performant laisse un goût amer en bouche. Un titre à lire pour s'imprégner d'un vrai récit bien construit par une auteure qui surprend encore.

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