Amours blessantes

Homme ou femme, personne, dans son existence, n’échappe à ce moment où, fatalement, l’amour fait mal... Il suffit de l’odeur d’un parfum pour faire resurgir le souvenir d’un ancien amant, volage et magnifique. Il suffit de croiser l’homme qu’on a tant aimé autrefois, pour retrouver ses sentiments d’antan. Il suffit encore de songer à ce corps que l’on donne en pâture contre de l’argent, pour se dégoûter soi-même. Et il suffit parfois de la promesse d’un amour éternel, pour que notre petit monde vacille...


La mangaka Kiriko Nananan nous livre vingt-trois histoires courtes empreintes d'une douce mélancolie et de poésie. Suivez Krinein dans le dédale de l'amour. Amours blessantes est un manga de qualité qui s'adresse pluôt à un public féminin. Ce qu'on aime : L'auteure expose les contradictions de l'amour et de l'être humain sans tomber dans les clichés.

Dans Amours blessantes, Kiriko Nananan dévoile une large palette de sentiments au gré d'images au graphisme soigné. Loin des lieux communs, cet ouvrage parle de nos émotions et de notre relation au corps. Pour exister, l'amour doit être à la fois mental et physique. Au fil des récits, les personnages offrent leur corps, leur coeur ou leur âme (parfois les trois en même temps). Au final, il ne reste plus qu'un vide omniprésent et dangereux. Voici la clef de ce manga : le vide blesse. Chaque personnage souffre d'un manque causé par la perte de l'être aimé, d'un sentiment qui s'essouffle…l'absence d'amour.

Les protagonistes sont souvent représentés repliés sur eux-mêmes. Kiriko Nananan utilise des postures ou un simple objet du quotidien pour nous communiquer une émotion. Une odeur peut raviver un souvenir que l'on pensait enfoui à jamais. Le souvenir tient une place centrale dans ce manga. Le passé peut sembler plus réel que le présent.

En choisissant de ne pas développer les dialogues à l'excès, la dessinatrice renforce cette impression de vide. Elle économise les mots tandis que les personnages semblent garder leurs forces pour les combats à venir. Car, l'amour est avant tout une bataille de tous les instants. Au bout du compte, les êtres se retrouvent désarmés voire incapables de se relever. Chaque mot est pesé, mesuré. Toutefois, le langage, reflet de notre époque, peut sembler cru (notamment lorsque les personnages parlent de sexe). Ce qui est difficile à verbaliser, Kiriko Nananan le dessine et elle réussit à nous faire ressentir de vives émotions. Les amours sont blessantes car c'est parfois en se faisant du mal que l'on ravive l'Amour.

Dans Amours blessantes la sexualité est abordée sous toutes ses formes : de l'amour au sein du couple au commerce du corps. Elle pointe du doigt le fait que le corps et l'esprit ne font pas toujours un. Il y a souvent un décalage entre ce que font les personnages et ce qu'ils pensent. Le corps, tout comme la parole, peut servir à mentir et à dissimuler. Certains se livrent par amour, d'autres par faiblesse ou par habitude. Quelques uns choisissent de vendre leur corps pour s'offrir une vie confortable. Qui a raison ? Qui a tort ? L'auteur ne livre aucune réponse. Nous sommes seuls juges face à ces tranches de vie. Kiriko Nananan nous montre que certaines personnes consomment les corps et l'amour comme une marchandise. Au bout du compte, cela les laisse épuisés, repus... amers.

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