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Me and the Devil Blues

Oh, j'ai le blues... J'ai déjà fini mon tome de Me and the Devil Blues... Vite, la suite, sinon je vais enfiler une blouse... Et alors ce sera la loose...

À la fin des années vingt, aux États-Unis, dans la région du delta du Mississipi, la plupart des noirs travaillent dans des fermes tenues par des blancs et sont considérés comme de la simple main-d'œuvre. La musique noire est fortement ancrée dans la culture populaire, là où elle aide à transcender un quotidien difficile ou bien un avenir assez sombre. RJ, jeune homme de ferme ordinaire, rêve de devenir un bluesman, il sait jouer de la guitare mais croit encore que le blues peut "s'apprendre"… Il va pourtant connaître un destin exceptionnel… Un soir, on lui conte en effet une légende intitulée "Cross road" : "si de nuit, tu te trouves à la croisée des chemins et que tu joues un morceau à la guitare, peu importe lequel, tu entendras une voix dans ton dos, un homme grand et noir te prendra ta guitare, en jouera et te la rendra ensuite; tu seras alors devenu un musicien hors pair mais tu t'apercevras que le grand homme noir est reparti avec ton âme en échange de ce talent."
Celui qui fait un pacte avec le diable à la croisée des chemins obtient tout ce qu'il désire…

Du sang sur la blues
Du sang sur la blues
Robert Johnson, alias RJ, l'un des plus grands musicien de blues de l'époque contemporaine demeure un mystère pour un grand nombre de musicologues en raison de sa carrière fulgurante et d'une vie dont personne ne sait grand-chose. une bonne base pour un récit littéraire et ce à quoi Akira Hiramoto s'est attaché. Du coup, nous voilà partis dans un road trip au beau milieu des Etats-Unis de la fin des années 1920 pour un récit fantastique dans lequel se mêlent blues, racisme et Bonnie & Clyde. L'auteur avance savamment les pièces de son intrigue pour former un gigantesque puzzle duquel on ne ressort pas indemne. A commencer par l'étude de son protagoniste, guitariste médiocre devenu du jour au lendemain un homme plein de dextérité suite à un pacte non désiré avec le Diable. Mais le principal thème du manga reste tout de même la folie profonde dans laquelle le héros tombe et cette relation ambigue avec la musique du Diable. Il ne peut pas ne pas comprendre le pétrin dans lequel il se trouve sans pour autant trouver une solution et par conséquent, subir, encore et toujours, la propre folie qu'il a engendré. La sienne, passe encore mais lorsque la destinée du jeune homme prend une tournure rocambolesque à travers le croisement d'hommes blancs profondément puritains de l'Amérique profonde, Me and the Devil Blues nous fait ressentir l'ombre grinçante du Ku Klux Klan comme seul Mississippi Burning a pu le faire avant lui. Un autre syndrome de la folie tout aussi inquiétant et dans lequel RJ s'empêtre bien contre son gré comme la victime idéal. Si le Diable joue de mauvais tours à RJ, il se trouve presque incarné en la personne de Clyde Barrow, véritable dément et moitié du duo d'amants machiavéliques traversant le pays. Pauvre pauvre RJ...

Akira Hiramoto se montre particulièrement incisif sur la manière de mener les débats et d'enchaîner les événements, ne laissant aucune chance au lecteur de pouvoir imaginer une probabilité réelle de se montrer à la hauteur de sa créativité. On prend une claque devant cette exposition si parlante des Etats-Unis de l'époque et des thèmes qui résonnent encore dans ce pays. La prise de conscience de ce jeune noir en passe de devenir une légende de la musique, tourmenté et craintif du monde qui l'entoure, ne l'en fera ressortir que grandi. Le chara design de Hiramoto dessert à merveille ses propos. Si le découpage se montre peu inventif, le reste bénéficie d'un traitement de qualité au pont que le lecteur ne peut qu'admirer ce travail dans lequel le fantastique prend une part importante. Le Diable n'est jamais matérialisé mais l'ambiance le fait percevoir à chaque instant. Le travail sur l'expressivité trouve ici un écho puissant où la personnalité de chaque être rejaillit sous la plume de l'auteur.
Maginifique. Me and the Devil Blues s'inscrit dans la longue liste de très bons seinen manga parus chez Kana. L'ensemble du titre montre un travail admirable pour lequel on se montre totalement subjugué. Pas de doute, RJ est un crack...
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