6.5/10

Barbara

Moins efficace que Ayako, Barbara se révèle tout de même plus que lisible et propose de nombreux thèmes de réflexion parfois traités assez légèrement mais globalement intéressants

Ni Babar, ni barbant, ni barbare, ni Barbapapa, Barbara est un des derniers manga d'Osamu Tezuka à être paru aux éditions Akata pour compléter l'immense bibliographie du maître. Œuvre mineure, elle n'en reste pas moins profondément intéressante car les seinens du mangaka médecin possède toujours une aura particulière où se mélange psychologie, torture de l'esprit et amours impossibles. Avec la force narrative qu'on lui connaît, Tezuka se risque à pondre une intrigue compliquée... peut-être trop, car Barbara perd de son piquant au cours de son dénouement à cause de répétitions scénaristiques entre autres. Néanmoins, taquiner la muse se révèle parfois amusant...

Barbara et moustache de souris

Barbara
Barbara
Dans une gare tokyoïte, une jeune femme mal fagotée passe ses journées à survivre tant bien que mal jusqu'au jour où elle est embarquée par un homme aux lunettes noires. Celui-ci s'avère être Yosuke Mikura, un écrivain populaire auteur de quelques succès et tombeur de ces dames. Célibataire prisé par tous les pères fortunés, Mikura cache au plus profond de lui une tare perverse qui le confronte à des désirs sexuels anormaux. Sa rencontre avec cette nouvelle pseudo conquête risque de le surprendre plus qu'il ne pouvait s'y attendre car derrière cette apparence juvénile, alcoolique et désoeuvrée se cache un être qui ne sourit qu'aux artistes, une muse. Et elle a pour nom Barbara...

Osamu Tezuka s'est essayé une nouvelle fois à un seinen avec Barbara en intégrant la touche de folie et de noirceur retrouvables dans Ayako, MW ou L'Histoire des 3 Adolf. Le maître ne s'encombre pas des postulats de base et lance son histoire sur les chapeaux de roue en élaborant une relation subtile et inhabituelle entre la muse et l'artiste, leur destin se lient et se délient à volonté, seul compte l'Oeuvre. Avec force et imagination, les premiers chapitres de la saga en deux volumes se lisent avec plaisir mais petit à petit perd cette force car les situations ne se renouvellent que trop peu. Barbara, femme sexuellement libérée des années 1970 devient la victime idéale des affres de Mikura, japonais d'un autre temps. Le principe de la création artistique et la hantise de la feuille blanche se retrouvent dans Barbara, Tezuka voulant sans doute exorciser ses propres peurs artistiques, ce qui rend l'oeuvre un peu moins abordable au néophyte car la pénétration de l'univers du créateur d'Astro Boy se révèle complexe. L'auteur n'hésite pas à inclure des passages de poèmes de Verlaine ou à citer régulièrement de nombreuses influences occidentales.

Bien entendu, le parallèle avec la condition de Tezuka en tant que mangaka saute clairement aux yeux, preuve que la démangeaison et la peur artistique touche aussi le prolifique auteur. L'histoire de couple entre Mikura et Barbara s'avère orageuse, propice à un scénario de roman auquel le personnage masculin court pour créer un nouveau best-seller. Avec un certain recul, Barbara se révèle être une pièce à part dans la bibliographie de Tezuka avec un ton qui s'oriente de plus en plus vers le genre fantastique lors de son dénouement. Le gros problème est que si le premier volume est très bon, le deuxième peine à trouver sa voie et se recentre sur une intrigue beaucoup plus commune et aboutir à un final moins gustatif qu'il s'annonçait. Néanmoins, on saluera le travail du maître rien que pour l'insertion d'extraits littéraires comme il le répétera avec Nanairo Inko pour le théatre.

Mumuse

Graphiquement, Tezuka adapté son trait au seinen comme il l'avait déjà fait pour ses récits adultes précédents. Fini les formes arrondies et les yeux écarquillés d'Astro Boy, le travail sur Barbara ne laisse aucun doute à ce sujet avec une certaine maturité à la base de la création originale des personnages principaux extrêmement travaillés et réelles (les éternels personnages secondaires étant toujours présents par instant et Tezuka faisant aussi une apparition). Le découpage ‘oldschool' et le recentrage du dessin sur les émotions dégagées par les personnages caractérise le style seinen du Hergé japonais.

Moins efficace que Ayako, Barbara se révèle tout de même plus que lisible et propose de nombreux thèmes de réflexion parfois traités assez légèrement mais globalement intéressants. Tezuka montre encore une fois que sa capacité à aborder des sujets aussi divers que variés fait de lui le maître incontesté de son époque. Chose rare pour un manga non classé « hit de l'année 20XX au Japon », des journaux français qualifiables d' ‘intellectuels' ont même consacrés un coin de papier à Barbara, preuve que Tezuka a la cote mais surtout que le manga est devenu politiquement correct...

 

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