7.5/10

Blessures nocturnes

Le Veilleur guette et aide ceux qui en ont besoin. Mais les dangers sont multiples pour ceux qui cèdent aux tentations nocturnes. Et les blessures souvent irréversibles.

Mizutani, professeur en cours du soir, est souvent témoin d'une jeunesse en dérive dont personne ne semble se soucier. Son inaction lui pesant, il décide de faire ce qu'il peut pour ces enfants qu'il croise chaque nuit, et tente de leur éviter de tomber dans la drogue, la prostitution ou la violence. Un témoignage sur la face obscure du Japon d'aujourd'hui.

Blessures Nocturnes
Blessures Nocturnes
Le manga social est un genre que l'on découvre avec Blessures Nocturnes. Tiré du roman à sensation de Osamu Mizutani et servi par la patte de l'auteur de Under the Same Moon, Seiki Tsuchida, ce seinen se révèle poignant à de nombreux égards. S'il se contentait d'évoquer le cas d'enfants traumatisés par les conditions du monde moderne sans pouvoir réagir, il n'aurait jamais sans doute connu d'adaptation. Sa force constitue dans les échanges entre les enfants perdus dans toute de sorte de labyrinthe impénétrables, aux yeux qui ne veulent pas voir, et leur ange gardien, le Veilleur, Mizutani. Lui-même semble posséder un lourd passé dont il ne cesse de repousser les souvenirs abrupts arrivant par grappes imprévues. Cette expérience l'aide à trouver les mots justes pour guider ces enfants vers le droit chemin mais cela ne suffit pas toujours à aider les meilleurs âmes désirant un futur car trop vite rattrapés par le présent. Un présent nocturne, froid, source de tous les dangers et autres tentations se transformant en piège pour la jeunesse, entraînant des dénouements jamais vraiment anticipables. Blessures Nocturnes s'attaque à un thème dramatique, une réalité sociale pour lequel chacun se revêt de son pare-feu émotionnel pour se prémunir de vérités trop dures à entendre. Le calvaire des jeunes enfants se révèle dans la droite lignée des titres sur les "ijime" (Life, Vitamine, Kairi), l'aspect fictif en moins. Car le seinen s'inspire de faits réels, montrant le quotidien d'exclus cherchant une porte de sortie vers une existence différente, une vie d'enfant. Les thèmes assomment le lecteur dans un premier temps par leurs côtés abrupts mais il tombe parfois dans le larmoyant, à contre-courant de son message principal d'espoir diffusé à coup de grand discours par l'auteur / personnage fil rouge de l'intrigue. Divisé en deux ou trois chapitres, chaque intrigue montre le destin d'un enfant face à l'un des multiples problèmes auxquels il peut être confronté (drogue, maltraitance, humiliation publique...).

Le traitement est sensiblement équivalent à celui de Under the Same Moon. Les personnages ressortent principalement de l'oeuvre, leurs émotions sont utilisées en permanence pour faire évoluer le titre vers une sphère chaque fois plus noire. Le découpage se montre très classique mais n'est pas avare non plus de grandes cases laissant libre court à des gros plans sur les personnages. L'ambiance "de nuit" et les dangers présents ressortent plein pot par le dépouillement du remplissage. Ce vide exprime une sorte de manque mais constitue aussi le refuge de ceux qui n'ont rien.

Blessures Nocturnes se place dans la veine des bons titres parus chez Sakka. Une fois n'est pas coutume, le titre n'est pas un one-shot et son traitement sur plusieurs volumes laissent entrevoir qu'une plus grande place aux motivations du personnage de Mizutani sera développé. Un titre fort dont on ne ressort pas indemne, un thème exposant les Peter Pan modernes, la féerie en moins...

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Kiba

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