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8/10

Bouddha

Bouddha prouve une nouvelle fois tout la talentd eTezuka en tant que conteur. Rendant une histoire millénaire passionnante en mélangeant Histoire, humour et qualités propres à lui-même, l'auteur offre un éclairage humain sur une personnalité divine au destin tragique.

Dans l'incalculable bibliographie d'Osamu Tezuka, Bouddha apparaît comme une oeuvre singulière par la manière assez exceptionnelle dont elle est traitée. Le mangaka s'est attaché à décrire l'histoire d'un prince déchu passant par de nombreuses épreuves pour s'éveiller à la connaissance. La démystification de la divinité, le traitement de sa vie d'homme, les bribes de son message, tout est traité en subtilité et avec un certain détachement par rapport à la légende. D'une narration passant du coq à l'âne, les rires succèdent aux larmes, l'intensité augmente au fur et à mesure des volumes pour connaître un dénouement impressionnant de maîtrise. Mais pouvait-il en être autrement lorsqu'il s'agit de Tezuka ?

Tiens, tiens, voilà du Bouddha...

Bouddha
Bouddha
L'Inde, Nadarrata est envoyé par le vénérable Brahmane Assita à la recherche de l'être élu, celui qui doit révolutionner le monde et la destin de millions d'être humains. Sa quête l'amène à croiser le chemin de Chaprah esclave, qui cherche à sauver sa mère du d'un funeste destin qui l'attend, mais aussi celui de Tata, petit garçon, exceptionnel qui a la faculté de prendre possession du corps des animaux. Pendant ce temps au royaume de Kapilavatsu, la future venue au monde du jeune prince Siddhârta provoque de bien étranges phénomènes... Celui qui deviendra Bouddha va connaître une destinée hors du commun.

A travers une narration évoquant les hauts faits de la vie de Bouddha romancé à la manière de Tezuka entre brin d'humour, moments de tragédie grecque et investigation sur la vie de l'homme plus que sur la personnalité de la divinité. Le mélange fonctionne toujours et d'autant mieux sur le sujet par la force du récit propre à toute histoire millénaire. L'histoire de Bouddha nous fait traverser divers instants : sa quête de l'éveil auprès de ses disciples, son message d'amour pour toute forme de vie et ses amours personnels, les ascèses insoutenables auxquels il se confirmait et ses rencontres avec les brahmane. La vie de Bouddha n'est pas seulement relatée par l'intermédiaire de Siddhârta mais par une fresque de personnages impressionnante et capable d'émouvoir le lecteur. Adoptant un ton encore plus humoristique que d'habitude, on sent Tezuka déchaîné pour raconter au mieux son « conte ». Car il s'agit d'un conte tellement le mangaka interprète personnellement l'expérience de Bouddha, on en vient parfois à se poser des questions en toute innocence (et méconnaissance) pour distinguer le vrai du faux. Dans tous les cas, l'intrigue se révèle passionnante de bout en bout et incroyablement riche en événements pour suivre cette quête vers l'ouverture d'esprit.

Buddha bar

Si ce n'est pas la première fois que le mangaka adapte une oeuvre mettant en scène un personnage des plus connus de l'humanité, le balancement entre le message et l'humour convient parfaitement au genre faisant découvrir moeurs et histoires indiennes. La religion n'est pas évoquée au sens propre du terme mais des bribes du message sont déployés et s'accroissent au fur et à mesure que les traits de Siddhârta durcissent et que les volumes défilent. Le message d'amour demeure et l'implication de Tezuka augmente, comme la tension montant d'un cran à chaque âge de la vie de Bouddha.

Peu de choses à dire dans le renouvellement du trait de Tezuka par rapport à ses oeuvres déjà chroniquées. Il s'agit d'un seinen bénéficiant d'un dessin de shônen, par conséquent le mangaka y applique son trait arrondi en plaçant ses personnages au chara design récurrent et s'adonnant à l'autoportrait par instants. Profitant de la notoriété acquise par ses oeuvres, il glisse quelques uns de ses personnages starifiés tel le médecin balafré Black Jack. Le dessin demeure clair et encore plus qu'acceptable sans être antidaté. Le style de Tezuka reste, comme le plaisir pris. Le découpage et le remplissage sont constamment du même niveau que n'importe laquelle de ces autres mangas.

La première édition signée Tonkam correspond à la vague comprenant Astro Boy, Le Roi Léo ou autres Black Jack. Sur du papier qui a jauni depuis, l'impression n'était pas au meilleur de sa forme pour faire profiter le lectorat. Depuis, Tonkam a repris les droits et créé une édition Deluxe impeccable, bénéficiant de six pages couleurs en début de volume, d'une impression optimale et d'un papier de grande classe avec une couverture cartonnée même si quelques fautes d'orthographe viennent briser ce constat globalement positif. Les choses ont été faites en grand mais elles ont un prix...

Bouddha prouve une nouvelle fois - s'il en était besoin - de tout la talent d'Osamu Tezuka en tant que conteur. Rendant une histoire millénaire passionnante en mélangeant Histoire, humour et qualités propres à lui-même, l'auteur offre un éclairage humain sur une personnalité divine au destin tragique. Au même titre que L'Histoire des 3 Adolf, Tezuka imprègne son univers du petit plus qui fait la différence pour porter son oeuvre au rayon des très bons mangas.

 

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