7.5/10

Claws of Darkness

Dans la ville de Santa Anna, au Mexique, c'est le foutoir. Pedro, le terrible baron de la drogue, fait régner la terreur sur toute la ville. C'est bien connu que le maire n'a plus aucun pouvoir, et que les sous-fifres de Pedro se balladent librement en ville au nez du shérif, parlant de leur dernière livraison de cocaïne en pleine journée en prenant une bière au bar du coin, l'Azul, tenu par la jeune Anna. Un bon coup de balai, voilà ce qu'il faudrait pour débarasser la ville de toute cette pègre malfaisante. Mais personne n'ose se mettre sur le chemin de Pedro, pas même Père Gerardo, celui qui a élevé le muchacho de ses propres mains. Ce qu'il faudrait dans cette ville, c'est un étranger sans peur, qui passerait un bon coup de ménage avant de reprendre son chemin, laissant la belle derrière lui... Ce qu'il faudrait, c'est...

Claws of darkness
Claws of darkness
Chuck Norris ? Non, trop poilu. Clint Eastwood ? Trop vieux... Puis ce n'est pas le genre de la maison. Ici, c'est pas Hollywood, c'est une BD chinoise. Tu t'es trompé de rubrique, petit. Ce n'est pas pour autant que Jet Li va débarquer dans l'intrigue (quoique depuis Roméo Doit Mourir, il a sa licence de héros guimauve). Il s'agit en fait de Nicholas Bane, le héros à la lame en faucille. Nicholas (Nick pour les intimes) est un dhampir. En fait c'est un moitié homme, moitié vampire. Il fallait au moins ça, me direz-vous, pour lutter contre un vendeur de drogue surpuissant. Question de culture, chez certains c'est Superman qui s'y colle, chez d'autres c'est le fiston de Dracula. De plus que le méchant semble ici avoir quelques affinités avec les figures démoniaques locales... Vu comme ça, tout se complique.

Vous l'aurez compris, Claws of Darkness est un immense saloon à références de tous les horizons. Le manga avec Vampire Hunter D, le comic, le cinéma fantastique (Blade et Vampires de Romero en tête), et j'en passe et des meilleures... Et là où il y a matière à applaudir, c'est quand on voit que le mélange, réellement hétérogène, prend superbement bien. Les auteurs évitent les clichés trop gros, évitant le piège de l'oeuvre trop sûre de ses références, mais sachant prendre ce qu'il faut là où il faut. Ainsi, notre Nicholas Bane est sans aucun doute inspiré du personnage solitaire et sombre de D (Vampire Hunter D), mais tout en faisant démonstration d'une personnalité, une quête directrice que le héros japonais n'a pas, et qui le rapproche plus de son homologue américain, le brave Blade.
En somme, on retrouve un équilibre entre chaque référence qui fait de Claws of Darkness une oeuvre réussie et très bien dosée. Le scénario est ici superbement bien maitrisé, avec une petite touche de kitsch chinois qui apportera (volontairement ?) la dose d'humour nécessaire. Ainsi préparez-vous à rencontrer le premier loup-garou activiste anti-drogue de l'histoire du monde - rien que ça -, où encore le premier chaton tueur de vampire...

Graphiquement, Claws Of Darkness ne fait pas dans la dentelle, montrant cadavres pourrissant sous le soleil de Santa Anna et décapitations à vif assez explicites pour vous faire régurgiter votre petit déjeuner d'il y a trois jours. On reste néanmoins dans le bon goût (comprenons-nous), et si certaines scènes sont clairement 'à réserver à un public averti', les auteurs nous épargnent les scènes de viol ou assimilés. La bande dessinée n'en est pas pour autant glauque ou sombre, et peut-être pourra t'on ici déceler son principal défaut, à savoir le manque d'ambiance. Peut-être pas trop génant lors de la lecture, mais assurément un handicap sur l'appréciation à long terme.

Le style opère un sympathique mélange entre comic (la mise en page, les couleurs, l'absence totale de cohérence corporelle sur certains dessins, mais aussi un dynamisme que les orientaux peinent en général à transmettre) et bande dessinée chinoise (les visages principalement, mais encore le soin apporté aux détails, à la couleur, et bien sûr le choix de la peinture à l'huile sur l'intégralité de l'oeuvre), ce qui nous amène une bonne fois pour toute à nous poser des questions sur l'origine des auteurs. Si Jerry Cho peut passer pour un pseudo cantonais, qu'en est-il de celui de Josev, son collaborateur ? Peut-être avons nous affaire à des auteurs moins chinois qu'ils ne le prétendent...

Quoiqu'il en soit, Claws Of Darkness est une réussite, intriguant et surtout plein d'idées sympathiques. Au final, ce seront les amateurs de fantastique qui s'y retrouveront le mieux.

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Diu Diu

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