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Combats

Il faut bien l'avouer, Yuichi Yokoyama n'a pas des antécédents très positifs sur Krinein. Notre très estimé collègue Weirdkorn a été sans pitié avec lui lors de sa critique de Travaux Publics. Tentons de porter néanmoins un regard sans préjugé sur Combats.
Combats est un recueil de plusieurs séquences ayant un titre, un thème propre. De longueurs extrêmement variables, elles mettent toutes en scène des affrontements entre individus. Le scénario est, bien entendu, inexistant. Seul le mouvement prime. Il ne s'agit pas de combats à main nue, les protagonistes employant des objets de leur environnement direct pour s'affronter, ce qui donne parfois lieu à des affrontements plutôt originaux. Dommage qu'on ait parfois l'impression que les images ‘sautent' des moments de l'action, ou que certains objets sortent de nulle part.

On se rend vite compte que le découpage des planches est extrêmement recherché, parfois résolument classique pour un manga (quoiqu'en dise l'auteur), parfois d'une originalité, et d'une efficacité impressionnante. L'initiative de Yokoyama semble être d'isoler le mouvement de tout autre élément, si ce n'est des lieux dans lesquels se déroulent les combats.
Impressionnant, certes, mais il n'empêche que les dessins de Combats ont vraiment l'air ridicules. Pour tout vous dire, certains personnages ressemblent à des planches de bois, et les objets sont tellement simplifiés que bien souvent on a l'impression qu'ils sont dessinés par des enfants de cinq ans. Alors, oui, les angles de vue sont multiples et impressionnants (la séquence ‘Livres' est à cet égard très représentatif), mais vu qu'ils représentent des figures géométriques - n'ayons pas peur des mots - de toute mocheté, cela n'a strictement aucun intérêt.

Comme il le dit dans l'interview publiée en fin d'ouvrage (et éclairante de bien des manières), Yuichi Yokoyama ne s'intéresse qu'au mouvement, et c'est bien dommage. Son talent de metteur en scène mis au service d'un dessin un peu moins ‘modern art' et, tant qu'à faire, d'un scénario, lui permettrait de faire des émules. D'autres mangakas comme Tsutomu Nihei (Blame ! , Noise) ou même Katsuhiro Otomo utilisent des grands angles dans leur mise en scène, et en profitent pour insérer un contenu minimum dans leurs oeuvres, ce qui n'est clairement pas le cas de Yokoyama.

Si son auteur n'a aucun complexe à qualifier Combats d'exercices de style pur et simple, est-il conscient que le potentiel commercial de son oeuvre est - en ce qui me concerne, du moins - quasiment nul ? Saluons néanmoins l'initiative des Editions Matière qui prennent le risque de ne pas plaire au lectorat habituel du monde du manga, et n'hésite pas à exporter autre chose que manga commercial.

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