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Conan, le fils du futur

Quand il déclara devoir prendre sa retraite et que Princesse Mononoké était sa dernière oeuvre, Hayao Miyazaki était loin de laisser soupçonner qu'il lui restait en fait toute une facette de son art à nous dévoiler. Comparés au reste de sa filmographie, ses deux derniers films : Le Voyage de Chihiro et Le Chateau Ambulant sont deux long-métrages d'une toute autre portée littéraire et onirique. Neuf ans après sa soi-disant retraite, Miyazaki semble enfin prêt à nous sortir son chef-d'oeuvre ultime et la maturité qu'il aura acquise au fil de ses oeuvres se ressent profondément en les visionnant unes à unes. Conan, Le fils du futur est une série de 26 épisodes réalisée entièrement par Miyazaki avant la création des studios Ghibli en 1984.

Conan est un jeune sauvage qui vit seul avec son grand-père sur une île. Malgré son très jeune age, c'est sans conteste lui qui est au sommet de la chaîne alimentaire dans le coin. Sa force n'a d'égal que son agilité. Il file la vie parfaite jusqu'au jour où il tombe nez à nez avec une petite fille évanouie en rentrant de la chasse au requin. Notre brave Conan vient de faire sa première rencontre avec la jeune Lana, qui changera toute son existence.
Poursuivie par de vils soldats de la cité maléfique d'Industria, Lana sera enlevée aussi vite qu'elle sera apparu et le grand-père de Conan tué pour l'occasion. Plus rien ne rattache Conan sur son île et tout (c'est-à-dire Lana pour qui le coup de foudre ne s'est pas fait attendre) le pousse à enfin sortir de son cocon où il est le maître incontesté. Ainsi commence un long périple (26 épisodes) où Conan apprendra que la force ne résout pas tout.

Premier aspect incontournable de cette série : la dimension initiatique. Le premier contact entre Conan et Lana est plus comique qu'autre chose. Le petit barbare se rend compte pour la première fois de sa vie qu'il y a plus de deux habitants sur Terre, et que le troisième habitant n'est pas du même sexe que lui qui plus est. La mort de son grand-père est le point de départ de son voyage initiatique, et c'est tout naturellement qu'il part à la recherche de Lana. Au fil des épisodes, Conan se fera des amis, des ennemis, comprendra que la vie est bien plus subtile qu'un simple enchaînement de parties de pêche, et apprendra qu'il faut se battre sans arrêt si l'on veut vivre heureux.
Comme d'habitude avec Miyazaki, c'est la recherche d'un mode de vie simple et équilibré qui prédomine. Du coup, les méchants sont très méchants (pervertis par l'argent ou l'ambition pour la plupart), et Conan devient peu à peu un jeune héros pour qui tenir ses engagements et rester fidèle à ses amis sont les deux valeurs les plus importantes. Autour de lui, des personnages secondaires comme son meilleur ami, Gimsy, un sauvage totalement débile et délirant, ou le Capitaine, ne sont pas assez 'purs' pour être l'égal de Conan sur tout les plans, et leurs travers sont ce qui les rend très intéressants, notamment dans leur évolution.

Le personnage de Lana est quant à lui caractérisé par son absence d'évolution. Stable du début à la fin de la série, elle représente tout l'amour de la nature que l'on retrouvera dans les grandes oeuvres du réalisateur. Une candeur et une innocence poussée à l'extrême, rendant son personnage à la fois fort devant le danger mais pourtant extrêmement fragile et émotive. Lana est le personnage le plus touchant, le plus mystérieux.
Comment ne pas voir en Lana un protagoniste ontologiquement Miyazakien ? Cette faiblesse typique, cette innocence quasiment mystique ! Il manque néanmoins une dimension sauvage à la petite fille, attribut que l'on retrouvera plus tard chez les autres femmes-héroïnes de l'auteur (les exemples ne manquant pas, le lecteur s'en procurera lui-même de multiples). C'est parce que Lana est un archétype de la nature, faible et digne de protection.

Comment parler d'une oeuvre d'Hayao Miyazaki sans aborder deux aspects, à savoir : la nature et les cochons ? Eléments nucléaires de l'oeuvre du vieux barbu japonais, il serait impensable de passer à coté. Ici, les méchants sont ceux qui ont oublié le respect d'autrui, et ce car ils vivent éloignés de la faune et de la flore. Ainsi, Industria est une ville aux alentours désertiques, ou aucun arbre ne pousse et où l'aridité empêche toute culture. Cette même aridité que l'on retrouve dans le coeur des hommes qui ont été élevés dans le culte de l'argent et de la guerre.
Il faut ici tracer une distinction, néanmoins, entre le barbare qu'est Conan, qui vit comme un petit féroce, et les habitants de la ville d'où Lana est originaire, qui vivent de la nature sans en dépendre.
Quant aux cochons, leur présence est ici liée au personnage de Gimsy.

Plus qu'une oeuvre de jeunesse, Conan, le fils du futur est une oeuvre mature et intelligible. C'est constater la redoutable cohérence de l'univers littéraire de Miyazaki que de se pencher sur ses débuts.
On soulignera la qualité du doublage français, notamment la voix de Gimsy, débile à souhait et traduisant à la perfection l'essence même du personnage.

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