6/10

Cours, Bong-gu

Le marché du manga évolue, et les éditeurs l'ont bien compris. Depuis un certain temps déjà, quelques éditeurs ont étendus leurs catalogue aux séries d'auteurs, suivant bien souvent le modèle de Casterman. C'est le cas entre autres de Kana, et de sa collection Made In. Apres Icare et surtout Le Sommet des Dieux, c'est au tour d'un petit manhwa d'être publié : Cours, Bong-gu !

L'hiver à Séoul. Un paysage quotidien pour des milions de coréens, mais pas pour Bong-Gu et sa mère, tout fraichement arrivé dans la capitale, à la recherche d'un mari pour elle, et d'un père pour lui, parti travailler à la capitale. Tout droit sortis de leur petite île, nos deux personnages se retrouvent confrontés au froid, mais surtout au quotidien d'un petit vieux, mendiant, mais s'occupant d'une petite fille de l'âge de Bong-Gu.

Cours, bong-gu, cours
Cours, bong-gu, cours
Autant le dire tout de suite : le gros (et le seul) point faible de Cours Bong-Gu, c'est l'histoire. On a droit à une jolie petite histoire, pleine de bon sentiments, d'un peu de misère humaine, de pauvreté, mais surtout de fraternité et de gentillesse. Une histoire pas banale certes, mais un peu creuse. En lisant ce manhwa, on apprécie l'histoire, mais elle ne nous implique jamais. On regarde les personnages s'agiter un peu, c'est gentil et amusant, mais c'est tout. On reste totalement extérieur à la non intrigue, et ce malgré un réel effort fait sur la narration. Il faut dire qu'en à peine 100 pages (95 pour être précis), en utilisant les codes narratifs des mangas/manhwas, il est dur d'arriver quelque part. Le pari est osé, et est revendiqué, comme l'annonce le sous-titre (Un petit manhwa), mais il n'est qu'a moitié gagné. L'histoire est agréable mais creuse.

Alors laissons un peu de coté l'histoire pour voir le plus important, le plus magique : le dessin. Habituellement, un manga ou un manwha, c'est des pages en noir et blanc, précédées parfois d'une ou de deux pages en couleur. Ici, tout est en couleur. Et quelles couleurs ! On est à des lieux de la colorisation sans âme à laquelle les quelques pages couleurs de début de tome nous avaient habitué. Ici, les aquarelles règnent en maîtres, qu'elles soient en couleur ou en nuances de gris. Jamais on ne croise une trame, jamais on ne rencontre le trait propre, droit et aseptisé que l'on nous sert d'habitude. C'est tout simplement beau, bien que l'on soit très éloignés des canons du genre. Le trait reste très caricatural, et ce n'est que sur certaines cases très (très) travaillées que l'on voit ce dont est capable l'auteur.

Pour se faire une idée, je ne saurais que trop recommander la visite du site web de Byun Byung Jun, ou l'on découvrira ses aquarelles. Dites vous ensuite qu'une grande partie du manga est dans ce gout là.

Alors, doit on ou pas se ruer sur ce manhwa ? La question reste posée : on est a l'opposé du manga ou manwha traditionnel. On sort de l'oeuvre prépublié, objet de consommation de masse, pour passer dans le domaine du bel objet, celui que l'on garde, et que l'on montrera à ses amis parce qu'il est différent et beau. L'édition sert parfaitement ce livre, et c'est en tout point une réussite. 12€50. C'est le prix d'un beau livre au pays du manhwa. Un peu cher peut-être. Mais ce manhwa aura au moins eu le mérite de faire découvrir un auteur à suivre de près.

A découvrir

Azamaru

Partager cet article
A voir

Heaven Eleven

A propos de l'auteur

    0 commentaires

    Participer à la discussion

    Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

    Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

    Chez Krinein Manga et animes, c'est la culture japonaise qui est mise à l'honneur grâce à des critiques de shonen, shojo et autres termes bien connus des vrais fans. Toi même tu sais.

    Rubriques