Dragon Ball a 30 ans - Bon anniversaire Goku !

Il y a 30 ans, jour pour jour (numéro du 03/12 mais comme, à l'époque, le Jump arrivait deux semaines à l'avance...) paraissait le premier chapitre d’une série qui est devenue le manga le plus connu dans le monde. Je veux bien sûr parler de Dragon Ball. Avec mon ami Rukawa de Manganimation.net, on avait décidé de rendre hommage au titre à notre manière. Plus qu’un rappel sur ce qu’est la série ou une énième analyse, je vais profiter de cet article pour me replonger dans le passé. Evidemment, comme mon esprit est un peu tordu, je n’ai pas voulu trop structurer et donc il est possible que je parte un peu dans tous les sens. Je m’en excuse d’avance !

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Dragon Ball (on ne sait jamais), je me permets de vous remettre le résumé : Dans un monde fantastique semblable à la Terre et peuplé de créatures plus étranges les unes que les autres, un petit garçon à la force herculéenne et doté d'une queue de singe croise un jour la route d'une jeune fille. Celle-ci s'est lancée à la recherche de sept mystérieuses boules de cristal. Car il est dit que quiconque les réunira pourra appeler le dragon sacré et exaucer son vœu le plus cher. En chemin, ce duo d'aventuriers peu commun se heurte à un cochon transformiste usant de ses dons pour kidnapper les jeunes filles d'un village, puis à un vagabond solitaire adepte des arts martiaux que la simple vue d'une jeune femme suffit à tétaniser sur place. Ce n'est que le début d'une grande aventure riche en péripéties, en humour et en combats extraordinaires…

Comme je l'ai dit dans l'introduction, c'est Rukawa qui m'a proposé d'écrire en hommage à la série. Il l'a fait lui aussi et vous pourrez retrouver son article en suivant ce lien. N'hésitez pas à aller y faire un tour !

Pour moi, réaliser la prouesse d'Akira Toriyama avec ce titre n'a rien de difficile. J'imagine un citoyen du monde lambda qui serait interrogé sur ses connaissances en matières de bande dessinée japonaise. Si c'est un amateur du genre, il pourra bien évidemment citer de nombreux titres mais bon nombre de gens pour qui tout ça fait office de japoniaiseries pourront presque vaguement vous citer un titre, Dragon Ball ou un nom, Goku. Pourquoi ? Comment ? C'est intéressant de voir à quel point une oeuvre peut avoir un impact fort sur un public et il est évident que ce n'est pas quelque chose que l'on voit tous les jours. 


Assez parlé du monde, parlons plutôt de moi ou plutôt de ma génération. Comme tous les gens nés dans la fin des années 80 et le début des années 90 (le tout début), j'ai grandi avec le Club Dorothée. Vous ne souvenez pas d'eux ? Rappelez-vous, cette bande de fous qui s'est attirée les foudres de Ségolène Royale parce que leur programmation contenait trop de « violence ». Point de GTA à l'époque, le problème premier des politiques, c'était les dessins animés montrant du combat, Dragon Ball Z en première position. Malgré les multiples censures dans les anime diffusés à l'époque, c'est une foule de gamins impatients qui se met devant sa télé tous les mercredis matins pendant plus d'une dizaine d'années. Force est de constater que, malgré les Power Rangers, Ken le survivant, Les Chevaliers du Zodiaques, Sailor Moon (parmi tant d'autres), Dragon Ball Z reste le souvenir le plus vivace dans ma mémoire. Je me souviens encore de ce que je faisais à chaque épisode clé de la série mais aussi où je me trouvais et presque même de mon état d'esprit en regardant ces vingt minutes de pur bonheur. 

C'est indéniable, la série était capables de prouesses sur l'esprit des jeunes garçons. Evidemment,   le petit ours256 avait envie d'en savoir plus sur Goku et ses amis et achetait avec avidité les magasines D. Mangas avant de tomber sur les premières éditions, en sens français, de l'oeuvre originale. Le lieu ? Le magasin Leclerc local. Les personnages ? Le petit ours et sa mère dont la première réaction fut « Oh, ça ressemble aux mickeys que tu enregistres toutes les semaines. ». Pour les plus jeunes, autant le dire tout de suite, je ne l'enregistrais pas sur ma box mais sur des cassettes qui se lisaient dans les magnétoscopes (quelques reliques survivent encore dans ma cave avec pas mal de cassettes toujours intactes contenant des épisodes de Shurato, Fly, Dragon Ball Z… avec le joli logo de la chaîne sur laquelle ils passaient mais aussi les pubs !). Retournons à Leclerc où le petit ours tente de glisser subtilement plusieurs tomes de la série (qui ne coûtaient à l'époque pas beaucoup plus de vingt francs soit moins de quatre euros) et qui s'en tire avec les trois premiers volumes. Victoire ? Totale ! 


Toriyama adore les jeux de mots et en japonais, tous les noms de ses personnages ont un petit trait humoristique. Tous les saiyan ont des noms de végétaux (Vegeta, Raditz, Kakkarot, …) et beaucoup de noms sont aussi tirés de l'anglais. Eh oui, mon premier contact avec la langue de Shakespeare ne s'est pas fait à l'école (non, ils m'apprenaient probablement encore à découper droit ; ce que je ne parviens toujours pas à faire soit dit en passant) mais dans un manga. Alors que les notes de traduction n'étaient pas encore très répandues, il y avait quand même quelques indications, et c'est en faisant quelques recherches sur l'internet de l'époque (que de bons souvenirs avec l'ordinateur de mon père, son mobile 56k et la connexion AOL) que j'ai découvert le mot Bloomers (qui désigne une culotte bouffante), à l'origine du nom de Bulma (c'est la transcription japonaise du mot Bu - ru - ma). Alors oui, j'étais jeune et oui, beaucoup m'ont fait glousser et j'ai encore plus ri lorsque le premier voeu exaucé par le dragon Shenron est de donner une culotte à Oolong le cochon. Le lecteur que j'étais n'a même pas pensé à être scandalisé par cette arnaque qui reste l'un des plus gros coups de maître de Toriyama, son esprit était totalement accaparé par le fou rire provoqué. 

Aucun doute n'est permis, Dragon Ball possède des niveaux de lecture qui seront accessibles au même lectorat alors qu'il grandit. L'enfant voyait un gros délire sur le coup de la culotte alors que l'adulte y voit plutôt un gros doigt d'honneur à toutes les conventions du genre. Le lecteur qui a vieillit connaît l'histoire, il sait très bien ce que le premier voeu donnera mais le récit de Toriyama est tellement fort qu'on se perd à chaque fois dedans. Entraînés par l'action, complètement happé par l'aventure, on se retrouve tout penaud devant le fait accompli. Alors que l'adulte, du fait de ses nouvelles expériences de lecture mais aussi de toutes les connaissances qu'il a emmagasiné jusqu'ici, s'attend à quelque chose d'exceptionnel (car la situation est construite sur cette base), il se retrouve avec un objet particulièrement banal. On entendrait presque l'auteur nous hurler « DANS TA FACE !!! ». C'est son histoire et il la gère exactement comme il l'entend. Une lecture plus adulte permet aussi de déceler un nombre de répliques salaces assez fou (Bulma en est la championne), chose qu'un jeune garçon aura bien mal à comprendre. Le double sens est d'ailleurs l'un des points qui s'améliore avec la traduction. En relisant quelques unes des premières éditions, on se rend compte que la traduction est plus convenue, plus sage et forcément moins fidèle (sachant que celle qui se trouve dans l'édition Perfect est censée être celle qui se rapproche le plus de la version idéale). Cet autre niveau de lecture a donc peut-être été bridé pendant quelques années, peut-être à cause du côté enfantin de la série où encore de cette croyance idiote qui fait du manga un « art » pour enfant…


Une autre force du titre se retrouve dans sa narration. On peut dire ce qu'on veut, il est difficile de trouver un manga qui se lit aussi bien que Dragon Ball. Les scènes coulent les unes après les autres. Les combats sont dynamiques et Toriyama maîtrise à la perfection la position de ses personnages. Jetez un oeil à plusieurs affrontement et observez bien la façon dont se tient chaque combattant lorsqu'il se prend un type d'attaque bien défini (coup de poing, boule de feu…) et vous verrez que rien n'est laissé au hasard. L'auteur se permet aussi de renforcer l'ambiance de son titre grâce à un humour pipi-caca dont raffolent les petits japonais (bon, j'avoue, nos têtes blondes aussi adorent ça !). Certaines blagues sont complètement à l'ouest et viennent casser une tension palpable lors d'un combat. Toriyama ne se gène pas et n'hésite pas à casser ses propres effets. Des auteurs en vogue de nos jours n'hésitent d'ailleurs plus à le faire. Tamura en a même fait sa marque de fabrique dans Beelzebub. Pour discuter de l'héritage complet de Toriyama, il faudrait presque un autre article (peut-être pour les quarante ans ?) mais il est il ne fait aucun doute que l'oeuvre a laissé une trace visible dans le manga actuel. 

Dragon Ball est un titre qui ne cessera jamais de fonctionner. Le trait de Toriyama continuera de traverser le temps, avec sa simplicité caractéristique. En fait, l'auteur prouve qu'une oeuvre n'a pas besoin d'être compliquée pour être de qualité. Ses personnages sont très représentatifs, presque à la limite du stéréotype (regardez Chichi ou Oolong), et possèdent tous un charisme assez monstrueux. Pour faire en sorte qu'on se souvienne d'un personnage comme Yajirobe, Yamcha ou Mister Popo, il faut y aller… ! L'univers développé par l'auteur est riche, en personnages sans visages (les fameux faceless characters qui ne sont là que pour meubler) mais aussi en monstres divers et aliens variés. Qui ne se souvient pas de l'ami dinosaure de Gohan ou des différents habitants de l'enfer/paradis ? L'auteur prouve aussi qu'il ne se soucie pas des codes plus que ça. Avec son humour sous la ceinture omniprésent, il fait retomber la tension aussi vite qu'il la fait monter. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il peut le faire. Eh oui, Dragon Ball est un titre né de l'esprit d'un génie et qui restera dans les mémoires pendant encore longtemps.


A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

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