7.5/10

Demain les Oiseaux

Oeuvre d'anticipation avec de grands « oeufs », Demain les Oiseaux s'inscrit dans la tradition des oeuvres fatalistes d'Osamu Tezuka, légèrement désabusé par une humanité manquant de répondant et de respect envers la nature. Lorsque les dominants deviennent les dominés, le progrès n'est pas significatif car les nouveaux maîtres de la planète vont établir un régime prenant les mêmes lignes directrices. Ce récit de science-fiction du célèbre mangaka s'inspire très largement de plusieurs oeuvres (Les Oiseaux d'Hitchcock entre autres) et revisite les époques, les histoires et les mythes humains. Comme une parabole de la dégénérescence de l'humanité...

Oiseau de malheur

Demain les Oiseaux
Demain les Oiseaux
Les oiseaux sont devenus intelligents, grâce à une substance répandue sur la Terre par une civilisation extraterrestre. Fatigués d'être opprimés par cette engeance inférieure qu'on appelle les hommes, ils se révoltent. L'humanité n'est bientôt plus réduite qu'à quelques milliers d'individus retournés à l'âge de pierre et réduits en esclavage par les oiseaux. Mais le paradis universel de la civilisation Oiseau ne dure qu'un temps et le parallèle avec l'âge d'or humain ne tarde pas à apparaître...

Riche à plusieurs points de vue, Demain les Oiseaux est une aventure évoluant chronologiquement à travers des milliers d'années, retraçant la conquête du monde par les volatiles au détriment des humains asservis en esclavage puis l'établissement de leur société. A travers des chapitres indépendants les uns des autres, laissant supposer un fort parallèle à travers les âges avec la construction de la civilisation humaine, l'intrigue démarre fort, proposant sans cesse un renouvellement. La première partie consacrée à la prise de pouvoir délivre le message que la domination et l'existence humaine sur Terre n'est pas irréfutable et que à l'instar des dinosaures, les bipèdes pourraient être rayés de la carte par un stratagème quelconque. S'inspirant du cinéma d'Hitchcock et de récits d'anticipation comme O.M.S en Série de Stephen Wul, Demain les Oiseaux prend un sens véritable après quelques chapitres, délivrant des éléments dans lesquels la société volatile progresse, et inversement pour les humains. La cohabitation, la guerre puis l'esclavage jusqu'à l'extinction totale et une vision noire du futur caractérise l'oeuvre. Prendre les extra-terrestres aurait pu paraître facile mais le choix se justifie pleinement à la dernière histoire courte. Encore une fois, la narration est l'élément appréciatif déterminant de cette nouvelle parution tezukienne en nos contrées.

Demain, la fin de l'humanité

Dans sa seconde partie, les allusions du mangaka aux humains sont parlantes en utilisant des histoires servant de paraboles au mythe du Christ, à l'histoire de Géronimo, Johnathan Livingtsone le Goéland de Richard Bach et même à la romance de Roméo et Juliette. Et plus précisément, la société oiseau se base sur ses découvertes, ignorant tout ou presque de ses prédécesseurs mais se découvrant elle aussi des vices internes. Et le peuple idyllique terrestre désigné par des entités supérieures va montrer des inaptitudes graves à tenir son rang, une véritable leçon au lecteur sur les dangers qui nous entourent au quotidien : la société du profit, de l'individualisme et des classes sociales. Dans ce monde dominé par le côté obscur, Tezuka fait rejaillir son humanité, montrant des personnages positifs, combattant les a priori et les conventions, se dressant comme des remparts à la « normalité », avec la volonté de faire progresser les mentalités.

En délivrant des croquis de personnages à plumes réalistes en introduction ou en bordures de page, Tezuka sublime son talent de dessinateur, pour le reste il s'agit d'un grand classique mettant en scène son trait spécifique au profit d'oiseaux devenus bipèdes. Pas vraiment de révolution visuelle dans ce one-shot de trois pages caractéristiques des éditions Akata pour ces oeuvres publiant les oeuvres du maître. Demain les Oiseaux force le respect à tout niveau.

Une oeuvre abordable par tous, choquante parfois devant la cruauté imposé mais avec des histoires valant le détour surtout lorsqu'elles parabolent les humains. Un one-shot intense dont on reste imprégné longtemps. On ne verra plus jamais le ciel comme avant...

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Otogi Matsuri

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