La deuxième interview du mois de Septembre - Pam dans ta gueule avec l'auteur de Warlord, Kim Byung Jin

Ki-oon a frappé un grand coup cet été lors de Japan Expo puisque deux auteurs étaient invités. Alors que l'on nous fait rentrer un peu plus tôt dans la salle, il nous attend en compagnie de sa femme (coiffée d'un superbe chapeau pour l'occasion) ainsi que de l'interprète Kette Amoruzo et la co-fondatrice des éditions Ki-oon, Cécile Pournin. À l'occasion de la sortie du tome 4 de Warlord, nous allons revenir sur un entretien avec ce dessinateur coréen étonnant à bien des niveaux.


Salomon IFRAH (SI) : Bonjour Byung Jin Kim. Pour commencer, qu'est-ce que vous pouvez révéler sur vous aux lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ? Ça peut être n'importe quel détail.

Byung Jin KIM (BJK), en souriant : Bon, ne le prenez pas trop au sérieux mais je suis un peu le champion de l'équipe nationale coréenne de manwha puisque j'ai reçu deux prix du ministère coréen de la Culture pour mes titres. D'ailleurs, sans être prétentieux et même sans prendre en compte les prix, je les recommande fortement ! (NdR : Les deux titres en question sont Chonchu et Warlord). 

SI : Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de votre parcours ? 

BJK : Je vais essayer de vous répondre de manière aussi complète que possible. Déjà, j'ai grandi dans un environnement où on trouvait beaucoup de manwha donc la bande dessinée était quelque chose d'assez familier pour moi. Quand j'en lisais, j'avais envie de dessiner aussi bien que ces artistes que j'admirais. Je m'y suis essayé et comme j'ai vu que je recevais de nombreux compliments, je me suis dit "Tiens, je vais explorer tout ça". Après l'adolescence, je me suis rendu compte que c'était le plus beau métier du monde. C'est quand je dessine que je me sens le plus passionné, que je ressens une certaine plénitude. Finalement, mes efforts ont été payants puisqu'au début des années 1990, j'ai reçu un prix de Daewon (NdR : un des leaders du manwha en Corée). En 2002, j'ai reçu le premier des deux prix du ministère de la Culture dont je parlais auparavant. Ensuite, j'ai travaillé au Japon quelques années (NdR : période pendant laquelle il a réalisé Jackals) et pile dix ans après, en 2012, j'ai reçu le deuxième des deux prix du ministère de la Culture, pour Warlord cette fois. Grâce à ces succès, j'ai la chance de revenir en France pour vous rencontrer dans le cadre de Japan Expo. 

SI : C'est plutôt moi qui suis honoré de vous rencontrer. 

BJK (solennel) : Oh, merci beaucoup (NdR : En français, s'il vous plait !). 

SI : Quelles sont vos principales sources d'inspiration ? Quels manwha lisiez-vous ? Est-ce que vous lisez plus de manga depuis votre passage au Japon ?

BJK : Très sincèrement, j'aime tout quand il s'agit de manwha et de manga. Pour ce qui est de mes sources d'inspiration quand j'étais plus jeune, j'ai commencé à feuilleter des livres avant même d'apprendre à lire. Tous les dessins sont dans ma tête mais je ne saurais pas vraiment donner de titres ou d'auteurs. Si je dois quand même vous donner un nom, il y a un monument de manwha en Corée qui s'appelle LEE Hyun Se (NdR : Ses oeuvres Angel Dick, Armageddon ont été publiées en France par Kana et Nambul et Le Sang du loup ont vu leur publication commencée mais jamais terminée par l'ex-éditeur Kami). C'est mon idole, sans aucun doute. Au Japon, j'aime beaucoup tous les auteurs qui font des dessins un peu stylisés et qui sont axés sur l'action. J'ai d'ailleurs eu un gros coup de coeur pour Tetsuo Hara qui est présent sur le salon. 

SI : L'une des choses qui frappe quand on ouvre l'une de vos oeuvres, c'est ce graphisme au dynamisme impressionnant qui vous caractérise. Quelle est votre méthode de travail préférée pour obtenir un tel résultat ? À la main ou à l'ordinateur ? 

BJK : En fait, j'emploie deux techniques. Pour tout ce qui est esquisse et travail préparatoire, je le fais à la main. Une fois que tout est prêt, je scanne mes planches et je me met à travailler sur ordinateur pour pouvoir avoir un maximum de détails. 

SI : Warlord n'est pas votre première série publiée par les éditions Ki-oon. Il y a eu Jackals auparavant. La différence, c'est que c'était un manga et non un manwha. Est-ce que les méthodes de travail pour une publication japonaise et une publication coréenne diffèrent beaucoup ? 

BJK : C'est une opinion purement personnelle mais d'après mon expérience, le monde de la publication japonaise m'a fait penser à une gigantesque machine de trait bien huilée et très performante. On est très encadré. En Corée, c'est plus la passion qui prime.

SI : Vous êtes donc un peu plus libre lorsque vous écrivez en Corée ? 

BJK : Oui, tout à fait. Ma marge de manœuvre est beaucoup plus large et je peux donner libre cours à mon imagination. Du coup, je m'amuse beaucoup plus quand j'écris en Corée. 

SI : Du coup, comment avez-vous pris la décision de dessiner Jackals ? Quel est l'élément de la série qui vous a fait penser "même si je m'amuse un peu moins, je veux dessiner ce titre" ? 

BJK : En fait, tout dessinateur honnête reconnaîtra que c'est une chance de pouvoir travailler au Japon. Comme je l'ai dit précédemment, c'est un gros marché avec un système qui est très bien organisé. Ils ont de gros moyens pour faire du marketing et également pour produire et gérer tout ce qui tourne autour des produits dérivés. C'est quelque chose qui est unique au monde donc je me suis dit que ça serait une bonne expérience pour moi et je me suis lancé. 

SI : Dans Jackals (et même dans Warlord quand on y réfléchit bien) vous dessinez beaucoup d'armes blanches auxquelles vous apportez un soin tout particulier mais jamais d'armes à feu alors qu'elles pourraient avoir une place de choix. Est-ce que vous aimez particulièrement mettre en scène des combats à l'arme blanche ? 

BJK : C'est exactement ça, j'ai une nette préférence pour les armes blanches pour une raison simple : elles permettent d'adapter la mise en scène, de varier les actions. Avec des armes à feu, la gestuelle est limitée par rapport au corps humain. Or, mon but est de rendre les choses dynamiques et vivantes ; pour ça, les armes blanches sont parfaites. 

SI : J'ai souvent entendu dire que, pour obtenir plus de réalisme, les dessinateurs se mettent souvent dans la peau de leur personnage. Comment c'est d'être dans la peau de Nichol, surhomme au charisme impressionnant ? 

BJK : Je ne me focalise pas particulièrement sur des héros charismatiques ou surhumain. En fait, dès qu'il y a un personnage qui grimace, je fais la mimique et je me prends parfois pour modèle. C'est la même chose lorsque l'un de mes héros est triste ou rit de toutes ses dents. En fait, je m'identifie à chacun de mes personnages. 

SI : Avec la multitude de personnages que vous dessinez, vous devez faire de sacrés aller-retours émotifs, non ?

BJK (en riant) : C'est dur pour les nerfs, oui. Le seul problème, c'est que c'est plus fort que moi et plongé dans le dessin d'une page, il arrive que je n'entende pas ma femme m'appeler à l'heure du repas. C'est la bave qui tombe du coin de mes lèvres qui me ramène à la réalité. Du coup, je fais beaucoup rire mon entourage quand je travaille. C'est un vrai plaisir de rire et de pleurer avec mes personnages et j'aimerais que mes émotions soient transmises au lecteur. 

SI : C'est quelque chose qui est vraiment réussi. J'en parlais avec mon cousin (NdR : Il se trouvait avec moi pour m'assister lors de l'interview) et on sent bien le stress dans les situations dangereuses et le rire est généralement communicatif lors des scènes plus légères. 

BJK : Merci. C'est d'autant plus gratifiant que je considère le dessin comme une forme de communication au delà du langage donc si j'arrive à transmettre les émotions que j'avais en tête, c'est génial, ma mission est réussie.

SI : Pour finir sur Jackals, est-ce que vous pouvez nous parler un peu de la fin de la série ? Pour beaucoup de lecteurs, elle est assez frustrante puisque de nombreux éléments sont laissés en suspens...

BJK : Pour ma part, je ne m'occupais que du dessin et tout ce qui touchait au synopsis relevait de M. Murata. J'étais moi aussi un peu frustré car je n'avais vraiment aucune marge de manœuvre question scénario. En revanche, je pouvais dessiner, contrôler tout ce qui touchait au design. En fait, sur Jackals, je suis arrivé un peu tard et donc j'étais considéré un peu comme la cinquième roue du carrosse. Pour moi, la série se termine sur un "To be continued" et il n'y a pas forcément de conclusion. 

SI : Passons maintenant à Warlord. Cette série marque vos retrouvailles avec Sung Jae KIM qui avait déjà participé à l'écriture du scénario de Chonchu, votre première grosse série. Est-ce parce que vous préférez vous concentrer sur le dessin ? 

BJK : En effet, je considère que mon métier, c'est avant tout de dessiner. Cependant, par delà cet aspect, j'avais envie de retravailler avec l'équipe de Chonchu, une série restée un peu sur un point d'interrogation, dont je voulais raconter soit une suite, soit ce qui c'était passé avant. C'est pour ça que Warlord est en fait un prequel de Chonchu ; ses personnages sont des ancêtres lointains de ceux de cette série. Leurs univers sont très similaires et le sujet principal de Warlord sera les origines du mal. Pour en revenir à votre question, cet aspect de répartition des tâches joue bien évidemment, mais il s'agit aussi et surtout le plaisir de se retrouver. 

SI : Dans Warlord, vous multipliez les batailles impliquant de nombreux personnages alors que dans Jackals, c'était plutôt du 1 VS 1. Est-ce que ce genre de scène est plus difficile à aborder ? 

BJK : C'est évidemment beaucoup plus difficile de dessiner Warlord en raison des nombreuses scènes de batailles de groupe. C'est ce qui a rendu un peu obligatoire le travail à l'informatique pour vraiment soigner tous les détails. Pour vous donner une idée, Warlord me demande environ deux à quatre fois plus de travail que Jackals.  

SI : Bayren est un personnage ultra-charismatique mais malheureusement, on ne sait pas grand chose sur lui. Est-ce que vous avez prévu de nous le faire découvrir un peu plus avec un grand flashback ?

BJK : Je ne peux vous révéler qu'une seule chose : il y a une formidable histoire d'amour entre Bayren, une femme mystérieuse qui va bientôt apparaître dans l'intrigue, et Moyongso.

SI : Hum... Ça explique déjà pas mal de choses. J'ai donc hâte de lire tout ça !

Remerciements à Victoire de Montalivet pour avoir arrangé l'interview (et sans qui je ne peux décidément rien faire !), aux éditions Ki-oon pour avoir invité Byung Jin Kim et à Kette Amoruzo pour la traduction ainsi qu'à mon cousin Nissim Assaraf pour son assistance.

Toutes les images sont © KIM Byung Jin, KIM Sung Jae, Daewon C.I. Inc.

A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

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