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Dispersion

Un Oda peut en cacher un autre. Si Eichiro cartonne avec One Piece, Hideji est un auteur plus discret avec ses récits courts et ses oeuvres en quelques volumes. Avant Terrain Vague, un manga était paru chez Casterman. Un manga qui comptait deux volumes mais dont un seul verra le jour à cause, en partie, du faible succès de la série. C'est seulement dix années plus tard que la branche manga de la grosse maison d'édition (Sakka) se décide à faire paraître ce deuxième volume, un peu perdu au fond des oubliettes, un peu classé dans la grosse pile de sujet « A voir », un peu dispersé... Car justement son titre est Dispersion et comme son nom l'indique le sujet s'éparpille sans nous en mettre plein les papilles. Un manga au goût de redondance avec ses bons et ses mauvais moments.

Poussières d'étoile

Dispersion
Dispersion
Pour son retour dans sa ville, Azami pensait être accueillie à bras ouverts par cet être si différent qui ne lui procurait que des joies lors de son enfance malgré son air profondément triste et solitaire. Katsuhiko, dit Katchan, n'était pas un petit garçon comme les autres. Bien des années ont passé mais le comportement est resté pour faire de cet enfant un marginal, un original, un autiste pour qui ses rêves l'amène à se disperser dans l'espace et devenir invisible comme l'air. Mais si ces rêves étaient bien plus réels que la réalité elle-même ? Un jour, Katchan disparaît à la suite d'une de ses expériences laissant derrière lui une seule malheureuse, sa seule amie, Azami. Apprendre à vivre sans lui au quotidien alors qu'il est l'être le pus estimé, un choc. Et pourtant, Katchan est toujours là, quelque part près d'elle...

Le manga possède une double face qui s'exprime de manière différente dans chacun des deux volumes de l'oeuvre. En premier lieu, les propos de Dispersion prennent rapidement une tournure centrée sur le couple d'amis Katchan/Azami. La jeune fille ne cesse de ressasser inlassablement la disparition de son ami tandis que celui-ci oscille dans une réalité parallèle comme un observateur, un veilleur sur sa compagne. L'impression de se retrouver dans le film Ghost fait son chemin et Azami prend progressivement la place la plus importante. Mais le revirement de situation ne se fait pas attendre pour suivre à nouveau le personnage le plus intéressant dans sa réapparition dans le monde et le suivre partir vivre à la recherche de l'utopie pour se rapprocher plus d'une présentation non exhaustive des différentes façades de notre planète. Katchan y fera des rencontres improbables, bonnes comme mauvaises, représentatives de la société actuelle dont le rejet se fait permanent pour ce héros. La source principale se rapprochant dès lors plus du Meilleur des Mondes.
Car le thème principal de Dispersion s'avère être le voyage à la recherche d'une perfection impossible, un doux rêve inexistant, une création élitiste pour un seul être bien compliqué à appréhender. Beaucoup d'autres thèmes sont évoqués mais pas véritablement traités, excepté celui de l'attente. En elle-même, la dispersion représente le seul moyen de fuir plus que de s'échapper. Elle est représentée par le vent mais surtout vécue comme une sorte de lâcheté ou de beauté par les différents personnages secondaires de l'oeuvre. Dans tout les cas, une certaine poésie onirique se dégage de ces moments... Tout comme une certaine lenteur latente.

Une fable tellement lente

L'essentiel du manga tourne autour du personnage principal, difficile à cerner à cause de son étrangeté et de son éternelle réserve derrière son couvre-chef. Son inaction se retrouve profondément retranscrite dans le manga à tel point que celui-ci est d'une lenteur sans égal. Le scénario tourne en rond, le temps passe et à moins d'apprécier les superbes planches au style très particulier d'Oda, l'ennui guette. Les personnages passent leur temps à s'inquiéter au détriment d'un être parti et qu'il ne comprenne plus. L'idée de proposer un scénario difficile est louable, l'idée du personnage principal intriguant aussi mais celle de confiner tous les personnages secondaires dans des rôles affligeants de naïveté et passablement têtes à claque l'est beaucoup moins. Le lecteur en vient à se demander s'ils ne sont pas des copier-coller les uns des autres malgré leurs différences culturelles ou sociologiques. Dispersion récolte les fruits d'un scénario moyen, fait de bric et de broc et justement très dispersé. Ajoutez-y quelques répliques mièvres et le soupir n'est plus très loin malgré quelques excellents moments de créativité artistique.

Néanmoins, il reste Oda et sa plume. Affublé d'un style où les cases sont remplies de beaucoup de trait de crayon, Dispersion se révèle chargé, très travaillé jusqu'au point de ne laisser plus de blanc. Le trait fin décrivant des proportions parfaitement justes avec de multiples détails rend particulièrement subtil les personnages. Assez impressionnant. Certaines planches sont de toute beauté mais le travail est inégal avec des défauts sautant aux yeux et des baisses dans la qualité des représentations (des personnages qui louchent notamment). L'impression est tout de même largement positive pour le dessin avec des personnages évolutifs et un découpage intelligent mal rendu par un cadrage bien moins subtil.

Au final, Dispersion doit s'appréhender à sa juste valeur avant la lecture car l'oeuvre ne se lit pas facilement et peut se vanter d'être un manga d'auteur qui mérite sa place dans la collection Sakka aux côté d'autres oeuvres du même acabit. Si la réflexion et le dessin méritent le coup d'être vus, Dispersion lasse parfois par sa trop grande lenteur et son acharnement à ressasser le même thème permanent. A vous de voir.

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1 commentaires

  • Anonyme

    06/04/2009 à 11h36

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    dispersion est un livre compliqué qui renforce ma mélancolie....... j'aimerais moi aussi trouver ce qui me manque...;  c'est long et très bien fait chapeau pour les dessins.

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