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Dômu, rêves d'enfants

Un an avant Akira, Katsuhiro Otomo créait Dômu, rêves d'enfants dans lequel il posait les bases de son oeuvre principale. Imposant le fantastique au sein d'une intrigue centré sur un polar, le mangaka réussit à présenter un one-shot en tout point remarquable. Exorcisant la cruauté de l'enfance à travers une intrigue profondément inquiétante dans laquelle la violence frappe les êtres les plus inquiétants, l'auteur tend à offrir un manga à plusieurs lectures, des plus intéressants... Attention, la suite peut contenir des spoilers...

Du rêve au cauchemar

Dômu
Dômu
Dans une banlieue japonaise modeste, se côtoient les classes sociales moyennes les plus diverses et parmi elles, des intouchables sur lesquels les ragots circulent. Depuis peu, une série de meurtres ou suicides inexpliqués ne cesse de défrayer la chronique au point que la police s'en morde les doigts. Aucune explication, pas une seule explication mais des événements paranormaux pourrait en être la cause. Ceux-ci seraient provoqués par une origine inattendue, les enfants...

Katsuhiro Otomo est un maître. Sa narration rythme à merveille un manga dont l'essence même réside sur le mystère continue. Le mangaka tient en haleine son lectorat à chaque nouvelle case en développant une intrigue reflétant la société contemporaine dans ses handicaps (autisme, échec...) et ses troubles les plus graves (alcoolisme, folie...). Les enfants ne sont que l'instrument de l'élimination de cette population d' « intouchables ». A ce titre, l'ensemble des personnages du manga forme un tout cohérent à tel point qu'aucun protagoniste ne ressorte clairement, seul les différents inspecteurs de police se succédant joue le rôle de fil rouge. La cité en devient le personnage principal, ce tout urbain mute en un complexe oppressant et démesurément glauque dans lequel l'intimité de chacun sera révélée. L'ajout de super pouvoirs donne la connotation fantastique accrochant le lectorat pour intensifier le récit.

Combat générationnel

Otomo est un maître de la narration, insufflant une énergie folle à cette intrigue sans pour autant qu'il y ait besoin d'énormément de dialogues, l'essentiel passe dans le regard des personnages. Ces mêmes personnages présentent des caractéristiques recouvrant tous les aspects et comportements de la société au point que l'auteur se permette une véritable critique à peine voilée de ses semblables. La violence caractérisant l'intrigue est irréelle, insupportable car poussant à bout le lecteur cherchant des explications rationnelles. Pour peu qu'ils en trouvent, celles-ci ne se dévoileront que par bribes pour exploser dans un dénouement intense.

Question graphisme, l'auteur délivre un manga qui est encore d'actualité plusieurs années plus tard. Le chara design est impressionnant car fourmillant de formes et détails les plus divers. Mais c'est bel et bien le découpage de manière extrêmement cinématographique qui frappe les esprits, Otomo arrivant à ménager avec suspense les moments d'intensité, créant des ellipses insoutenables. A tel point que le manga se lit d'une traite, sans relâche.

Dômu trouve un écho car menant avec brio une intrigue policière peu habituelle dans la production de masse d'aujourd'hui. Avant Akira, Katsuhiro Otomo possédait déjà tous les talents, en particulier une narration hors du commun qui fait de ce manga un polar de bonne qualité.

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Shiori & Shimiko

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2 commentaires

  • Tony Clifton

    25/10/2006 à 16h51

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    Que dire de Dômu ?

    Une merveille, un petit chef d'oeuvre ... avant l'immense chef d'oeuvre qu'était Akira !

    L'intrigue est prenante, le dessin est magnifique (avec des vue en perspective d'immenses immeubles, des mouvements de personnages parfaits), l'intrigue est glauque, les enfants sont terrifiants ... pleins de colère et de tensions ...

    J'avais acheté une re-édition il y a de ca 1 ou 2 ans: un grand format, bien épais, parfaitement découpé (contrairement à pas mal de mangas, tronqués à droite à gauche ...).

    A posséder d'urgence !

  • Prospero

    26/10/2006 à 16h28

    Répondre

    Rien à dire. Les humanoîdes associés font toujours preuve d'un bon goût effrayant dans le choix de ce qu'ils vont publier.

    Du point de vue du scénario et du dessin, c'est du meilleur Otomo, avec une fin qui m'a laissée pantoise. L'édition est propre et agréable à lire. Bref, je le conseille à tous les Akiraphiles.

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