1.5/10

Don Giovanni

« Presque toutes les femmes mais quelques hommes aussi. En hiver les grosses, en été les maigres. Avec les grandes, il se fait câliner comme un bébé. Les petites, il les berce comme le ferait un père. Don Giovanni, séducteur impénitent. »

Cette petite mise en bouche faisant office de résumé du manga a le mérite de donner le ton de cette oeuvre. Le mangaka, Fukuyama nous propose ici sa version japonisée du célèbre mythe de Don Juan. En effet, Don Giovanni se déroule sur le territoire du soleil levant à l'époque médiévale.
Don Giovanni, notre héros, est un séducteur invétéré, grand amateur de la gent féminine. Une nuit il abuse de Donna Anna puis occit le père de la victime après un duel. Inconscient du crime qu'il vient d'accomplir, Don Giovanni se remet en route, accompagné de son serviteur : Leporello. A la recherche de nouvelles conquêtes, Don Giovanni va voir sa vie se compliquer avec l'arrivée de Don Elvira (toujours amoureuse de notre héros), la vengeance de Donna Anna, mais aussi la venue de Zerline et de la dame de compagnie de Don Elvira au goût de notre Don juan.

Une adaptation du mythe...

Don Giovanni
Don Giovanni
Après la lecture de ce manga, heureusement en un seul volume, on ne comprend pas vraiment ce que Fukuyama a voulu traiter dans ce one-shot. En effet, le manga part un peu dans tous les sens. Au final, on se retrouve avec une adaptation très très personnelle de l'histoire de Don Juan. Le ton est pourtant en partie gardé par l'auteur si on le compare à l'oeuvre de Molière par exemple. Ainsi, sur fond de tragédie classique, on assiste à une comédie qui se rapproche d'une grande farce. Fukuyama dans Don Giovanni n'hésite pas à mettre en avant l'absurdité des situations auxquelles est confronté Don Giovanni. A la manière de Molière, les dialogues entraînent immanquablement un comique de situation.
Les personnages sont eux aussi tirés du mythe original et la trame de l'histoire est grossièrement respectée bien que transposée dans le Japon médiéval.

...complètement détournée.

En effet, Fukuyama ne s'est pas contenté d'une simple transposition de cette oeuvre. Japonisée, l'oeuvre est aussi transformée. Le mangaka se sert ainsi de ce mythe pour mettre en scène des situations grotesques. Comme une pièce de théâtre, il découpe son histoire en actes où Don Giovanni accomplit ses méfaits.
Fukuyama, pour détourner cette oeuvre, utilise surtout les personnages. Ainsi, excepté Don Giovanni et Donna Anna, les autres protagonistes sont complètement différents. Leporello alias Sganarelle, le valet de Don Giovanni est un robot ! Au début de l'histoire on se dit qu'il ressemble simplement à un robot grâce à un masque mais très vite on comprend que le serviteur est réellement mécanique. On peut se demander alors pourquoi l'auteur a décidé de faire de Sganarelle un robot, d'autant plus qu'il a le même caractère (couard, menteur, hypocrite...) que le Sganarelle de Molière. Grâce à cette drôle d'idée, Fukuyama arrive à captiver quelque peu le lecteur qui attend tout au long de la lecture une raison, une explication à ce robot. Peut-être que l'auteur trouve que Leporello se comporte comme un robot et n'a pas un comportement humain ? Que seul un robot pourrait accepter de suivre Don Giovanni ? Le mystère reste entier.
Don Elvira a elle aussi droit à un traitement de faveur. Amoureuse de Don Giovanni, elle est transposée ici dans la peau d'un homosexuel stupide, caricaturé. L'ambiguïté du personnage est souvent synonyme de quiproquo et de situations salaces. Le mangaka s'amuse ici sûrement à vouloir choquer en fleuretant avec le yaoi.

Malgré ces quelques idées, qui si bien exploitées, auraient pu apporter un intérêt au manga, Don Giovanni se révèle une oeuvre fade et mal maîtrisée. Nulle part, on n'arrive à cerner les ambitions du mangaka, à comprendre sa démarche. Ainsi on s'ennuie très vite, on se lasse des situations scabreuses et du personnage immoral du héros. Les thèmes qui font la force du mythe original comme la religion, la liberté ne sont pas bien mis en avant et détaillés. L'auteur ne fait qu'effleurer ces thèmes au profit de dialogues se voulant drôles.
Pour ne pas arranger les choses, le dessin de l'auteur est très irrégulier. Certaines scènes sont agréables, le dessin de l'auteur est alors fin et précis. Mais bien trop souvent, on se retrouve face à un style graphique laid, on à l'impression que l'auteur ne s'est pas appliqué et qu'il ne nous propose ici qu'une ébauche de son travail, un croquis. L'encrage trop clair rend les scènes illisibles.

Une édition bâclée

Peut-être pour rester au même niveau que l'oeuvre, peut-être car ils s'en moquaient, peut-être car ils n'avaient pas la technique, Casterman nous propose une édition horrible de Don Giovanni. Certes, l'édition est vieille et la clémence est de rigueur mais tout de même... On ne peut reconnaître aucun talent à l'éditeur. Tout commence par la couverture aux couleurs retravaillées dans des tons sombres. Puis, le sens occidental de lecture, la qualité du papier indigne de figurer dans mes toilettes, les dialogues mis dans n'importe quelle bulle et n'importe quel sens...

Au final un gros ratage, que ce soit au niveau de l'histoire que de l'adaptation, qui nous permet au moins d'élucider un mystère... On sait enfin pourquoi ce manga n'a jamais bien marché dans notre pays.

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2 commentaires

  • juro

    18/08/2004 à 00h00

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    Revisiter le mythe Don Juan revenait à prendre un certain nombre de précautions mais Fukuyama nous a pondu un "truc" immonde qui ne ressemble à rien. Don Juan perd tout le charme de ses répliques, Elvire est transformé en homo, Sganarelle en robot obsédé... l'histoire y perd, on ne se focalise sur rien tant on se retrouve déboussolé par l'univers. Le dessin semble changer de style d'une case à l'autre passant de trait épias à fin, et inversement. Casterman nous présente le pire du manga en y rajoutant leur touche personnelle par une traduction plus qu'approximative et une édition pitoyable... Molière se retournerait dans sa tombe en lisant cela.

  • Anonyme

    26/05/2010 à 17h30

    Répondre

    le livre est sympa mais manque de détail.

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