7.5/10

Eagle

On va finir par le croire. Kaiji Kawaguchi aime créer la polémique. Avec ses précédentes oeuvres, le mangaka abordait des thèmes puissants qui n'étaient pas sans former une levée de boucliers riant son nationalisme démesuré. Affirmation bizarre puisque l'anti-manichéisme prévaut dans Spirit of the Sun ou Zipang. Néanmoins, cette publicité accouche d'une notoriété qui permet à l'auteur de voir chacun de ses mangas attendus comme une nouvelle découverte pleine de promesses. C'est le cas avec Eagle, sorte de voyage en terre de politique fiction au pays des cow-boys. Si un politique d'origine nippone se portait à la présidence étasunienne, quelle en serait l'issue ? Grâce à un excellent travail de recherche politique et des rebondissements haletants, Eagle se porte au rang des meilleurs mangas actuels. Sauf que...

American way of life

Eagle
Eagle
Takashi Jo se retrouve orphelin de sa mère qui lui avait promis de lui révéler un jour le nom de son père avant de mourir... Mais elle n'en eut pas le temps. Travaillant comme journaliste sur des faits divers de province, il est appelé à couvrir un événement exceptionnelle : la campagne électorale présidentielle d'un candidat aux États-Unis d'Amérique, un candidat nippo-étasunien. Le sénateur Kenneth Yamaoka a déposé sa candidature pour l'élection du 43e président du pays sans toutefois bénéficier d'une notoriété importante dans le parti démocrate. Chose exceptionnelle, c'est Yamaoka lui-même qui a décidé de faire appel à Takashi pour être le seul journaliste à le suivre dans sa campagne. La raison de ce choix reste vague pour le jeune homme mais celui-ci va très vite trouver un semblant de réponse lors d'un entretien choc avec le présidentiable... Dès lors, un petit jeu machiavélique s'organise entre les deux hommes. Beaucoup de questions se succèdent rendant la lecture passionnante : quel but s'est fixé Yamaoka ? Pourquoi avoir fait appel à ce journaliste débutant pour couvrir sa campagne ? A quoi rime toute cette mise en scène ?

La création de l'univers réaliste voulue par Kawaguchi est en tout point remarquable. Le mangaka nous mène par le bout du nez dans l'univers politique étasunien avec une maestria rare. La campagne d'investiture du candidat républicain démocrate pour la présidentielle se retrouve particulièrement prenante dès que son lancement fait d'arrangements et de trahison. Débat, meeting, coup de pression, alliance contrainte et révélations sont le fruit quotidien du clan Yamaoka. Le passé ressurgit fréquemment pour montrer un homme à double facette : héros de son pays et répondant aux valeurs familiales typiques de la bannière étoilée, il possède une face beaucoup plus sombre que Jo ne cessera de tenter de découvrir. La description du système et des rouages politiques sont décrits par bribes mais avec panache par une narration impeccable. Avec un ton sobre mais des rebondissements follement excitants, Eagle devient une lecture passionnante, attendue.

Who wants to be a president ?

Fidèle à lui-même, le mangaka ressert son trait arrondissant la plupart des visages. Si le trait paraît quelquefois figé ou disproportionné (mon Dieu ! Les oreilles de Mickey !), l'ensemble des émotions est représenté avec ferveur. Le découpage d'école est parfois sublimé par deux ou trois effets de style déjà appréciables dans les oeuvres précédents de Kawaguchi. Les pleines pages de dessin sont un régal et l'auteur se distingue par un ratio très probant de planches très agréablement réalisées. Les détails sont justement disséminés et le remplissage est plutôt convaincant.

Parfois, les éditeurs mériteraient le lynchage. L'édition de J'ai Lu est une HORREUR. L'apocalypse en terme d'édition avec un encrage odieux et surabondant ou pas assez appuyé mais jamais correct, de nombreux bouts de phrase détruisant complètement certains passages, une mise en page globale ne rendant absolument pas justice au manga et gâchant vraiment la lecture. Sans cela, Eagle aurait mérité de figurer au même rang que Zipang ou Spirit of the Sun... Heureusement, depuis le titre a été repris par Sakka pour un résultat diamétralement opposé et qui rend l'honneur perdu au titre.

Eagle se situe au même niveau que les meilleures oeuvres. Il mérite une attention particulière car ses rebondissements scénaristiques excitants créent une véritable addiction pour la découverte de la suite.

 

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Kirihito

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1 commentaires

  • Anonyme

    26/04/2009 à 13h43

    Répondre

    Super manga politique-fiction...


    On s'attache facilement aux personnages et au scénario, mais ce qui accroche, c'est cette sensation de suspense qui pousse toujours le lecteur à aller plus loin dans sa lecture, et le superbe coup de crayon de Kawaguchi =)

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