7.5/10

Eurêka - Mais c'est bien sûr Archimède !

La nouvelle parution des éditions komikku est un seinen d’un auteur déjà publié en France par Glénat dans le passé (avec le titre Parasite). Vous l’aurez tous compris, il s’agit d’Hitoshi Iwaaki qui abandonne les univers fantastiques pour nous raconter une histoire qui semble très ancrée dans la réalité avec Eurêka.


Au IIIe siècle avant J.C., les Romains et les Carthaginois s'affrontent lors de guerres sanglantes. Eurêka ! prend place lors de la seconde guerre punique, juste après la montée en puissance du grand Hannibal Barca. Arrivé proche de Rome suite à de nombreuses victoires, le stratège ne peut cependant pas vaincre la cité, faute de renforts. L'armée romaine prend alors le dessus et assiège la ville de Syracuse ! Mais malheureusement pour lui, le général romain Marcus Claudius Marcellus va devoir faire face à une ville fortifiée et habilement protégée par les multiples inventions d'Archimède. Comme tous les grands savants, Archimède est généralement présenté avec une légende qui lui colle à la peau. Qui n'a jamais entendu l'histoire de cet homme découvrant la fameuse poussée d'Archimède dans son bain et qui, extasié par sa découverte, court nu à travers toute la ville en criant « Eurêka ! »… ? Dans cette histoire, vous découvrirez Archimède sous un autre jour. En effet, à la fin de sa vie, ce scientifique, physicien, mathématicien, ingénieur et inventeur a permis à Syracuse de résister longtemps aux attaques des Romains. Grâce à ses inventions ingénieuses et novatrices, le siège de Syracuse ne fut pas une mince affaire pour l'armée romaine !

Vous l'aurez compris mais contrairement à la précédente série de l'auteur, il ne faut pas vraiment s'attendre à des parasites venus de l'espace ou autre élément de science-fiction. Par contre, de l'ingéniosité, il y en a à revendre. Ici, le contexte historique est particulièrement soigné et on peut voir que l'auteur a passé beaucoup de temps à faire des recherches puisqu'il prend pas mal de temps à expliquer les raisons du conflit, la topographie des lieux et ce qui rend Carthage propice au siège, les stratégies militaires utilisées des deux côtés… On sent vraiment qu'un travail colossal de documentation a été effectué, ce qui plaira aux plus pointilleux du genre. Iwaaki nous démontre aussi qu'avec plusieurs petites inventions, quelques soldats vont pouvoir mettre en péril la toute puissante armée romaine. Cependant, ne vous attendez pas trop à voir beaucoup de combats. Les quelques scènes se déroulant sur le champ de bataille sont violentes et crues (il suffit de regarder au début du tome pour s'en convaincre) alors que l'on voit les hommes commettre toutes les atrocités « populaires » en temps de guerre.

Ce n'est pourtant pas sur ce point que l'auteur insiste mais plutôt sur les vieux jours d'Archimède (époque où il n'était plus totalement lui-même pourrait-on dire). Ce savant qu'il n'est plus nécessaire de présenter est devenu une sorte d'excentrique qui passe son temps à inventer des choses que personne ne comprend. Personne ? C'était sans compter ses fidèles disciples qui apparaissent et disparaissent avec le temps. Le dernier en date, Damippos, est amenée par Claudia, une amie du maître. Son nom étrange lui vaudra de nombreux sobriquets tous plus ridicules les uns que les autres. Petit regret ici, on ne voit pas vraiment de développement dans la relation maître/disciple qu'entretiennent Archimède et Damippos. Alors oui, on le voit prodiguer des conseils rapides mais c'est surtout Damippos qui parle et son maître qui semble être un peu à l'ouest. Iwaaki n'a pas vraiment creusé le rapport humain qui unit les deux hommes même si on entrevoit une admiration certaine du jeune homme envers le vieil érudit. 

Au contraire, l'auteur insiste beaucoup sur les liens qui unissent Claudia et Damippos. Alors qu'au départ, on pense juste à des amis mais très rapidement, on se rend compte des sentiments de l'un envers l'autre. Ce sont ces mêmes émotions qui pousseront Damippos à protéger Claudia et donc à tenter de la faire libérer lorsqu'elle se fait prendre par Epicydès. La jeune femme ayant des origines romaines, elle est arrêtée pour servir de bouc-émissaire à un chef de guerre qui ne sait plus quoi faire pour rassurer sa position aux yeux du peuple (acte qui pourrait d'ailleurs rentrer la catégorie « horreurs de la guerre »).

Au niveau de l'édition, on sent que komikku essaye de faire les choses bien et ils ont prouvés qu'ils savaient faire de très beaux ouvrages, notamment avec les tomes de Malicious Code et leurs superbes couvertures. Là où on sent une petite faiblesse, c'est au niveau de la correction puisque quelques petites erreurs se sont dissimulées ça et là (plusieurs fois, il manquait des mots) mais aussi une faute d'orthographe aussi grosse que le nez au milieu de la figure en tout début de volume et il faut avouer que ça… ça fait très mal. 

Au final, ce ne sont que très peu de petits défauts pour ce premier one-shot de chez komikku qui, je l'espère, annonce une potentielle sortie d'Historie, le manga que deux des mangaka que j'ai rencontrés (Interview d'Hikaru Nakamura et Mamiya Takizaki) suivent encore à ce jour. En tout cas, avec son contexte historique bien défini et ses personnages sympathiques, Eurêka est une très bonne lecture seinen (un peu plus de 250 pages et avec 4 pages couleurs) qui n'a pas à pâlir devant les autres titres du genre (Cesare, Les Trois royaumes, Cantarella, Joséphine Impératrice, ...) : le titre ne subit aucun temps mort et se dévore d'une traite. Une très bonne pioche pour komikku. 

A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

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