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Fils du Marchand (Le)

L'adaptation d'un conte traditionnel sous la forme d'une bande dessinée, quelle bonne idée ! Prendre une des légendes chinoises les plus connues pour la restituer sous une forme épurée à un grand public, bah, euh, c'est déjà une moins bonne idée. Sortez du cadre et prenez un ton enfantin en insérant des phases de sexe et de violence qui laissent dubitatif sur le public auquel le livre est adressé et vous avez devant vous Le Fils du Marchand de Chongrui Nie.

Renard, sacripant...

Le Fils du Marchand
Le Fils du Marchand
D'après les légendes et contes chinois, un animal demeure particulièrement nocif aux yeux de tous, le renard. Derrière son apparence malicieuse se cache un véritable satyre n'hésitant pas à copuler ardemment avec la gente féminine. Profitant de l'absence prolongé des maris, les renards se faufilent dans les tranquilles demeures pour s'immiscer dans le sommeil de leurs proies et les rendant à moitié folles, jusqu'au point de les rendre dépendante. C'est le cads de la mère de Petit Kou, fils de marchand lui aussi malicieux et bien décidé à rétablir la situation pour retrouver sa mère et sauver sa famille... la chasse au goupil est lancée !

En quelques pages, l'intrigue se lance et le ton prend une connotation extrêmement manichéenne qui ne le quittera plus jusqu'à la fin. Le gros problème du Fils du Marchand est son manque de profondeur scénaristique se résumant à chasser et tuer les vilains renards obsédés par leurs besoins « en dessous de la ceinture ». Forcément, il s'agit d'un conte mais les valeurs défendues tout au long du récit sont tellement communes que l'intrigue y perd tout intérêt. La défense de la famille par un héros peu charismatique et des situations vues et revues maintes fois à travers l'esprit qui se dégage des contes ne contribue pas à donner une envergure suffisante à celui-ci pour se développer. Néanmoins, tous les ingrédients sont retrouvables pour rentrer dans la « norme » des contes, exceptés certains passages diablement surprenants...

Marchandage

La violence et les scènes de sexe sont traitées sur un ton de la plaisanterie à tel point que l'histoire y perd gravement en intérêt. Petit Kou agit en enfant irresponsable entre deux scènes de violence et le lecteur y perd son langage, à savoir s'il lit vraiment un conte traditionnel ou une adaptation démesurément libre de l'oeuvre originale. En choisissant cette deuxième solution, le lecteur se rend vite compte que le travail scénaristique est un peu bâclé, fait va à la vite, inconsciemment... Aucun plaisir ne se dégage à la lecture, tout repose sur le dessin... et encore...

Graphiquement épuré, Le Fils du Marchand présente des cases en deux tons de couleur allant rarement provoquer un saut de joie par l'illustration. Seul le trait rendant chaque personnage unique donne une sensation agréable à l'oeil par ma diversité des visages et des physiques, les renards apparaissant d'ailleurs comme les plus travaillés. Les fonds unicolores collent à l'esprit de la bande franco-belge, tout comme le format BD qui permet de distinguer au mieux ces personnages. A noter, quelques très belles représentations en début de volume qui n'ont plus grand chose à voir avec la suite.

Au final, ce one-shot ne gardera pas une place faramineuse dans les mémoires par son manque d'envergure à moins d'être vraiment admiratif des contes chinois qui sont certainement mieux adaptés et retranscrit au cinéma que sous cette première mouture signée Xiao Pan. L'éditeur a déjà fait bien mieux avec Remember et My Street...

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