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Free Soul

Après Love My Life et Indigo Blue, Free Soul est le troisième one shot d'Ebine Yamaji. Le succès de l'auteur auprès de la critique et du grand public (nomination à Angoulême pour Love My Life) permet désormais l'exportation d'autre oeuvres de ce genre quelque peu décalé : le yuri. Free Soul est donc avant tout une histoire d'amour entre femmes racontée de manière on ne peut plus explicite, clairement destinée à un public autrement plus mature que le simple fan de Pokémon.

Free Soul
Free Soul
Keito s'est enfuie de chez elle à cause de conflits parentaux au sujet de son homosexualité et se fait recueillir par une vieille artiste excentrique, Rui Take'uchi. Elle se consacre à la création d'un manga dont Angie, l'héroïne, serait une chanteuse black à l'homosexualité émancipée. Tout en dialoguant avec Angie, Keito s'interroge sur ses sentiments pour Niki, une trompettiste qu'elle aime profondément mais qui ne veut vivre sous les contraintes d'une relation stable.
Un bon nombre de sujets sont abordés dans Free Soul. La liberté à travers les personnages d'Angie et Niki, la place de l'auteur dans son oeuvre, entre autres. Free Soul est en parfaite continuité avec les oeuvres antérieures de Yamaji. Et à nouveau, la même impression que cet auteur se démarque en tous points des autres, de manière parfois un peu forcée, il faut dire.

Et c'est bien ça qui frappe en lisant les premières pages de Free Soul : des dessins d'un minimalisme presque abstrait et des dialogues posés, à la limite entre prétentieux et érudits. Il ne faut que quelques minutes de lecture pour se rendre compte que la sensation éprouvée à la lecture d'Indigo Blue se retrouve ici décuplée ; une forte impression que cet exotisme graphico-philosophique n'est en fait qu'un artifice, une tentative d'illusion cherchant à dissimuler une toute simple histoire d'amour. En lisant Free Soul, on se rend compte que le fond de l'oeuvre ne demandait pas un tel accompagnement, qui relève avant tout de l'esthétique. En toute logique, c'est cet aspect artificiel qui empêche le lecteur de prendre Free Soul au sérieux et gêne l'auteur dans sa démarche. Et voici pourquoi.

Les dessins ne sont pas mauvais en eux-mêmes. Il s'agit après tout d'un style en soi, certes peu détaillé et dont le coté ‘modern art' peut choquer, mais dont l'appréciation relèvera au final d'une simple affaire de goût. Pas d'ombres, le strict minimum de détails, et des arrière-plans - bien entendu - inexistants, faisant la part belle aux personnages, dessinés avec des traits clairs et fins.
Tout le problème réside dans le fait que les personnages, justement, sont toujours dessinés de la même manière, leurs visages éternellement figés et condamnés à répéter un schéma d'expressions convenues auxquels ils ne dérogent que trop rarement. Leurs corps restent droits, en contradiction totale avec le dilemme émotionnel auquel ils sont soumis. En définitive, impossible de saisir, d'appréhender en profondeur l'ampleur d'un tel conflit à cause de dessins d'une froideur inappropriée.

Quant aux dialogues, il est difficile de savoir quelle part joue la traduction, mais ils sont parfois tellement convenus que cela en devient comique. Derrière des expressions soigneusement formatées pour faire jeune et naturel, des ‘hey !' et des ‘girl !' à tout bout de champ, une tentative de créer une ambiance blues/jazz en citant deux ou trois titres d'époque et en montrant une trompette, semble se miroiter, non un vide abyssal comme on pourrait le craindre, mais juste des idées totalement sclérosées par ces clichés très lourds.
Le manga intelligent, profond et unique que l'on aurait obtenu autrement n'est en fait qu'une histoire d'amour à la banalité toute proche de celle du shônen ou du shôjo ; la prétention, les dessins bizarres et l'érotisme en plus.

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