7/10

Geneshaft

On aura beau se taper dessus, dire qu'on aime ou qu'on aime pas, critiquer, aduler, détester, s'agenouiller devant, et plein d'autres trucs, on ne pourra jamais nier que l'animation japonaise est divisée en deux périodes distinctes : l'avant et l'après Evangelion. Shinji Ikari est et restera le prototype de toute une génération de personnages jeunes et torturés.

Geneshaft fait très clairement partie de l'après Evangelion. Pas de doute là-dessus, rien que le générique - une série d'images du plantureux Shaft, mécha de service de la série, sur un fond musical des riffs de guitare assez post-moderne - en dit long sur ce que l'on s'apprête à voir : un clash du pauvre entre Macross et Evangelion. D'ailleurs, toute la pire mauvaise foi du monde a bien du mal à se contenir pendant les premiers épisodes de Geneshaft, tant ils cumulent toutes les maladresses qu'ont pourrait imaginer d'une série animée.

Geneshaft se déroule dans un futur distant, où les hommes sont créés et classés suivant leur patrimoine génétique. A chaque classe une couleur, à chaque couleur un profil psychologique. La couleur noire correspond à la capacité d'apprentissage la plus développé, et les codes génétiques noirs sont les stars de la société, considérés par tous comme des êtres supérieurs. Reste le code génétique ‘blanc', qui reste un mystère pour tous.
C'est la couleur du génome de Mika Seido, pilote de mécha débutante (sic) et récemment assignée à une mission spéciale comme pilote de support. Cette mission consiste à se débarrasser de mystérieux anneaux qui apparaissent dans l'espace pour détruire des vaisseaux spatiaux.

Tout un programme, donc, agrémenté des indispensables conflits dans l'équipage et secrets mortels. On peut s'attendre bien entendu à une conclusion philosophique et existentielle. En définitive, on rigole bien lors des premiers épisodes, le coté dramatique inhérent à tout mauvais anime aidant pas mal. Mais, et c'est là qu'on se dit que dans la vie les apparences peuvent parfois faire très mal aux personnes médisantes, assez vite, Geneshaft gagne en originalité, avec un scénario de plus en plus engageant et surtout, des personnages très intéressants et souvent assez psychotiques.

Et oui, Geneshaft est une bonne série ! L'effet de surprise ne sera pas, car vous avez pu voir le petit smiley orange en haut de la page, mais sachez bien qu'il s'agit là d'un des plus grand revirement de qualité qu'il vous sera donné de voir dans le monde de l'animation. Alors que tout commence vraiment très très mal, Geneshaft se révèle être une série vraiment bien pensée et accrocheuse, et pour cause, les 13 épisodes se regardent à la chaîne.
L'histoire se joue avec brio des pièges et de la facilité, construisant une tension progressive, et se concluant sur une révélation assez stupéfiante en contrecoup total de sa visée d'origine, mettant en avant les personnages et les émotions à la manière - ben voyons - d'Hideaki Anno dans Evangelion.
Les personnages, justement, sont tous assez intéressants, et si on n'échappe pas aux flashbacks ou au thème de la recherche de soi de l'héroïne, c'est pour le mieux. En effet, ce genre de digression colle parfaitement avec l'ambiance de la série, car elle évolue peu à peu vers le huis clos presque malsain. Ce sont notamment les personnages masculins qui sont le plus intéressants, comme le capitaine du vaisseau, authentique taré névrotique en liberté. Les personnages féminins ne sont pas en reste, et fort heureusement, l'héroïne gagne un capital de sympathie insoupçonné au début de la série.

Ce qui ne change pas, par contre, et pour cause, c'est le design mal inspiré des personnages, et l'animation moyenne. On fera avec, d'autant que de sympathiques images de synthèse servent à illustrer les combats spatiaux (et oui, la guitare et ses vieux riffs viennent à chaque combat). On peut tracer un parallèle esthétique avec Xenosaga, un RPG sur Play 2, dans les costumes des personnages, les intérieurs des vaisseaux et certaines scènes de méchas. Geneshaft a au moins le mérite d'avoir de bonnes influences, qui sont pour le coup, très bien exploitées. Néanmoins, le coté graphique reste un point faible de la série. La musique, quant à elle, ne frappe pas vraiment, si ce n'est la fameuse guitare, donc.

Geneshaft est une bonne série, qui n'aura certainement pas l'influence ou la posture de plus grosses productions, mais propose une alternative très soulageante à ce que les Japonais nous refilent d'habitude (pas une seule petite culotte, si ma mémoire est bonne). Une perle rare, qui n'est pas sans quelques faux pas, mais rien de bien méchant, d'autant plus que le divertissement est agréable, et les exégètes en herbe pourront philosopher dessus pendant un moment, ce qui les changera du bon vieux Evangelion.

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