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Genzo le Marionnettiste

Le rideau s'ouvre... un ballet de personnages s'adonne à reconstituer une scène réelle avec maintes mimiques en prenant des positions dignes d'une situation existante. De vrais acteurs faisant passer un tas d'émotions souvent assez primitives dans un décor de pacotille. Pourtant, quelque chose reste dérangeant avec ce regard vide qui continue de fixer loin devant lui les spectateurs venus assister à la représentation et cela du début à la fin.

Maintenant, le rideau se ferme... et les acteurs gardent toujours autant ce regard vide, à croire que plus un seul souffle de vie ne sort de leur bouche. C'est alors qu'un homme, au physique bien plus imposant que ces acteurs, arrive pour tous les prendre dans ses bras devant moi, apparemment heureux de la prestation de ces protégés, certainement le metteur en scène... La question est pourtant évidente, pourquoi un tel succès ? A bien y réfléchir, dans le théâtre, les enfants s'esclaffaient en manifestant fortement leur opinion tandis que les adultes se regroupaient au fin fond pour parler entre eux. Comme une fiction qui dépasserait la réalité, c'est toute la magie des marionnettes qui m'était présentée...

A manipuler avec précaution

Gzneo le marionettiste
Gzneo le marionettiste
Une princesse, garçon manqué sur les bords, qui découvre que son futur mari est décédé et un marionnettiste à l'esprit turlupiné pleurant à chaudes larmes la perte de sa bien aimée... a priori à part la mort de leurs conjoints respectifs, ses deux personnages aux classes sociales antagonistes n'ont rien à faire ensemble, pourtant avec un peu d'imagination et beaucoup d'ingéniosité, tirer une histoire potable de cette base paraît possible à Yuzo Takada pour pondre Genzo le Marionnettiste.

La base est simple mais l'évoquer plus concrètement revient à manipuler avec dextérité les fils d'une intrigue qui mélange les thèmes d'amour aussi bien que ceux de la vengeance froide et de la solitude. Le rapport à la mort est omniprésent et le sentiment se fait constamment ressentir car à travers chacun des chapitres, un profond malaise apparaît pour l'impression que celle-ci fait partie intégrante de l'existence. Déroutant, au premier abord, Genzo le Marionnettiste s'éteint pourtant à petit feu jusqu'à ne plus être qu'une petite braise qui ne se consume même plus...

Le contexte est simple, 1595 est une époque où les crimes et les autres complots pour le pouvoir prennent sans cesse une plus grande ampleur mais au milieu de tout cela, des hommes essayent de mettre en scène des histoires s'inspirant de ces faits réels, les marionnettistes. Plongé dans son passionnant travail, Genzo réalise les plus belles marionnettes du royaume, la dextérité de ses doigts est sans égal, si bien qu'il est un véritable artisan et artiste qui parvient à rendre vivante chacune de ces représentations. Il obtient une forte renommée et reste au service de son maître Seibé dont il a épousé la fille Saki. Ses créations font le beau jour des plus grandes fêtes jusqu'au jour où Saki décède brutalement. L'amour était tellement fort entre les deux que Genzo n'est plus qu'un zombie attendant de voir la faux de la Mort venir le chercher. Désabusé et n'ayant plus goût à la vie, son travail s'en ressent. Seul faire revivre Saki compte à ses yeux et pour cela, il a une petite idée derrière la tête...

La princesse Kiku (dit Kikuhime) a instamment besoin elle aussi de faire revivre son mari. Celui-ci est décédé brutalement et un second prétendant se dresse avec beaucoup moins de classe. Cherchant à tout prix à éviter ce mariage désagréable, Kiku se lance à la poursuite de Genzo dans l'espoir qu'il crée une marionnette de taille humaine représentant son époux décédé dans ses moindres traits. Après beaucoup de tergiversations, Genzo accepte à la seule condition que la princesse lui offre son corps... pour modeler une partie de la marionnette qui permettra de redonner vie à Saki. Pur délire d'un amoureux transi par la nécrophilie ou folie furieuse d'un homme qui a soif de vengeance sur la mort ?

Dans la peau de Yuzo Takada

Genzo est un héros schizophrène passant du marionnettiste malheureux au personnage manipulateur et démoniaque prêt à tout pour se venger et obtenir son dû. Il partage la joie comme la peine des êtres qu'il aide, se rappelant au passage sa propre histoire. Il aide seulement par ses talents les personnages qui peuvent lui fournir une contrepartie intéressante dans sa quête. De plus, sa proximité avec le monde des morts lui permet de voir les fantômes qui entourent les meurtriers notoires et ainsi d'obtenir un avantage considérable sur eux.

Après s'être ouvert un peu plus aux autres, après avoir obtenu une réponse à ses interrogations, il va faire plus ou moins équipe avec Kikuhime qui va le suivre à la trace dans tous ses déplacements. C'est une guerrière impitoyable au sabre qui essaye de séduire par tous les moyens le marionnettiste et à la source de nombreux gags. Ils seront plus tard rejoints par Otsuru, une femme devenue sauvageonne à la suite d'un accident. Par moment, on a l'impression d'assister à des passages dignes du Nouvel Angyo Onshi avec cette équipe de trois personnages prêts à aider les autres mais surtout pas en tant que bons samaritains.

Le manga est lui aussi schizophrène puisqu'il change radicalement en passant de courtes histoires lors des deux premiers volumes au lancement de ce qui semble être le véritable scénario à partir du troisième. Mais les multiples personnalités amènent aussi à faire considérablement évoluer le personnage principal lors du changement radical de l'histoire. En effet, au début, Genzo est tout simplement sombre et très énigmatique et par conséquent très intéressant. Son goût pour l'avidité de pouvoir jusqu'à obtenir satisfaction à sa quête en reconstituant le corps de sa défunte épouse tient en haleine mais l'évolution du scénario va le conduire à le rendre plus ouvert et le faire passer souvent au second plan au détriment d'un scénario alambiqué où les rebondissements se ressemblent étrangement d'un chapitre à l'autre. Le manque d'imagination de Takada semble lui avoir fait cruellement défaut pour essayer d'imaginer des stratagèmes diversifiés. Pour résumer simplement en une seule phrase, soit le mangaka va droit dans le mur (ce qui paraît le plus probable), soit il prépare un retournement de situation exceptionnel (beaucoup moins probable). L'auteur de 3x3 Eyes nous a déjà habitué à des passages à vide impressionnants qui laissent préfigurer un avenir sombre à Genzo...

Question dessin, il n'y a rien à dire, les traits sont nets et précis, le remplissage est conséquent avec des détails foisonnants et les personnages possèdent une palette d'expressions assez impressionnante. La qualité du dessin s'améliore au fil des volumes. Pourtant, un petit quelque chose de dérangeant fait constamment son apparition lors des scènes de combat où la mangaka semble s'embrouiller (et nous avec !) en confondant vitesse et précipitation. Elle essaye de rendre plus grandiose des scènes qui méritaient plus de simplicité. Elle en fait trop et ça se ressent. L'effet se répercute sur le scénario qui évolue au détriment des personnages charmants au début. A vrai dire, la répétitivité des effets de surprise rend parfois inintéressantes des histoires qui avaient pourtant bien commencé, dommage !

Il faudra rajouter aussi que Takada pourra décourager certains lecteurs avec l'épaisseur de son premier volume étrangement court (120 pages) et une histoire indépendante en prime pour combler ! La mangaka se rattrape en développant un peu plus le scénario mais sans atteindre des sommets. Le total de ces points négatifs fait de Genzo le Marionnettiste une série atteignant juste la moyenne dont on demande à voir instamment sous peu les résultats bénéfiques d'un changement brutal du scénario, sous peine de désintéressement rapide.

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2 commentaires

  • juro

    03/05/2005 à 18h50

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    Une fin à la va-vite qui finit un peu comme le manga avait commencé, un peu flou ni dégoutant ni sublime, bref moyen.

  • Anonyme

    30/05/2009 à 20h29

    Répondre

    jaime beaucoup je viens de commencer le premier volume et je trouve que c'est bien écrit ! il y a juste le niveau de language qui e parfois difficila comprendre mai l'histore est vraiment bien

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