7.5/10

Gestalt

Quand on fouille au fond de ses tiroirs, on trouve parfois de bonnes petites surprises. C'est le cas pour Gestalt, un court OAV qui mélange les genres heroic fantasy et "magical girl"...

Gestalt ne surprendra pas les fans de fantasy japonaise, loin de là. Tous les ingrédients d'un bon OAV très orienté vers l'univers de la fantasy qu'on aime tant sont en effet réunis ici. Beaucoup d'entre vous seront certainement très heureux de retrouver cette vision si particulière de l'heroic fantasy vue par les nippons : très proche de leur vision de la culture médiévale fantastique présente dans les jeux vidéos (un des personnages féminins, muette, parle d'ailleurs dans un rectangle type des jeux vidéos, un petit détail rigolo qui détend l'atmosphère), et ce postulat est ostensiblement revendiqué par les créateurs de Gestalt car on a même le droit à la mention "continue" au début du second épisode, comme si on passait au second niveau d'un jeu vidéo. Une invitation des plus plaisantes à entrer dans l'univers de cet OAV bien meilleur qu'il n'y parait au premier abord. Ne vous laissez pas berner par les apparences !

Messiah, un jeune prêtre de l'ordre de Vassaria, en appelle à l'aide à une elfe noire afin de retrouver le père Olivier qui a disparu après avoir quitté les ordres. Il était parti à la recherche du continent perdu appelé Gestalt, du nom du dieu maléfique qui avait autrefois trahi le dieu Salsaroa. Il est avant tout en quête de l'unique vérité, celle qui doit sauver le monde des forces du Mal. Mais il n'est pas autorisé à se rendre sur Gestalt, et va devoir combattre pour son libre-arbitre. Accompagné par Ohri,une jeune muette, il affrontera de nombreux dangers sur son chemin et devra régler de nombreux problèmes au cours des étapes de son périple, car sa sagesse et sa droiture le poussent à défendre les démunis. De plus, il va découvrir qu'Ohri n'est pas vraiment une jeune fille comme les autres...

Au premier abord, tout ce qu'on voit ce sont les cheveux violet, rose ou turquoise, les coiffures ridicules et les personnages masculins souvent effeminés, le tout gravitant au sein d'un univers excessivement coloré... Pas de doute, Gestalt présente un style bien démodé, une sorte d'hybride entre comédie frivole et heroic fantasy dantesque qui puise ses bases dans toutes les mythologies, un univers ou le Bien et le Mal se retrouvent exacerbé et où les dieux côtoient les elfes et les dragons. Un univers qui nous rappelle fortement celui des premiers Bastard (avant que ça devienne un peu n'importe quoi, quand l'aspect comique des protagonistes avait encore sa place). On y retrouve aussi les designs et les personnages types de séries comme Les Chroniques de Lodoss, Maze Megasburst Space ou encore Slayers, de cette japanimation de l'époque de la fin des années 1990, très portée sur l'heroic fantasy et le genre "magical girl" (mettant en scène de jeunes sorcières).

Du grand classique, on l'aura compris. D'ailleurs on ne s'y trompe pas en entendant la musique très ancrée dans son temps, mélange de rock des années 1980 et de sonorités celtiques et médiévales. La guitare électrique et le synthé omniprésents laissent entendre leurs accords désincarnés avec un lyrisme détonant, un peu vieillots et néanmoins très beaux. Les mélodies très variées et très nombreuses s'écoutent avec bonheur, et rien n'est à jeter, un vrai régal.
Ce n'est pas le cas pour les graphismes, plus inégaux, car autant on est agréablement surpris par de très beaux décors au design très classique, avec un trait de crayon léger et détaillé, une vraie réussite, servie par une inventivité (les dessins enfantins par exemple) qui donne une crédibilité intéréssante à l'atmosphère fantasy de l'anime ; autant on est déçus par d'autres aspects sincèrement démodés et très limités.
Les expressions des personnages par exemple sont peu crédibles (ah là là les bonnes vieilles expressions faciales des animes d'antan, tout ce que les personnages savaient faire c'était fermer les yeux avec un grand sourire ou faire une petite bouche ronde en signe de surprise - bon d'accord là j'exagère). La faute aussi a un character design assez peu développé, rarement détaillé (surtout au niveau des corps), sauf pour les gros plans (les personnages ont des yeux magnifiques, surtout Ohri). Malgré tout l'aspect des personnages n'est pas désagréable et correspond bien à leur caractère, et le constat est similaire quand à l'animation : quelconque voire laide pour les scènes banales de marche ou de dialogue, elle tient tout à fait la route dans les séquences d'action, sans pour autant jamais être somptueuse. Quand aux sorts magiques, ils sont variés et originaux, mais ne disposent malheureusement pas toujours de bons effets visuels. Encore une fois, c'est un peu trop "cheap", mais les amateurs de duels magiques ne seront pas déçus par la débauche d'énergie et d'envie démontrées ici.
On s'en contentera aisèment, car les meilleurs atouts de Gestalt sont à l'évidence plus centrés sur les dialogues et l'ambiance très sympathique qui se dégage du couple Olivier-Ohri.

Et pourtant, le scénario n'est vraiment pas très fourni, mais c'est dans une narration bien rythmée que Gestalt puise toute sa force : nous suivons à la fois les aventures du père Olivier durant son périple à la recherche de Gestalt, et l'enquête menée par Messiah et Suzu pour retrouver sa trace, tandis que de nouveaux personnages secondaires apparaissent et que le spectateur tente de comprendre les motivations d'Olivier et le mystère qui plane sur le continent de G. Car il faut dire que le suspense est bien introduit, tout ce qu'on sait se résume à : un continent situé très au Sud, aux antipodes, une terre maudite dont le nom ne peut même être prononcé. On la nomme donc G et le mot Gestalt a été banni de toutes les lèvres.
Avec un soupçon de mystère, beaucoup de combats et un second degré hilarant, Gestalt remplit parfaitement son contrat et notre temps. On ne s'ennuie pas, car tout au long du voyage on a droit a des scènes bien comiques (plus ou moins volontaires), notamment autour de situations incongrues provoquées par la jeune muette, frivole et chipie comme pas deux. Le pauvre père Olivier en est tout décontenancé et nous, on s'esclaffe devant sa gêne. Du classique certes, mais du bon.

Du bon, car les créateurs de Gestalt n'ont absolument pas cherché à construire un scénario en deux OAV de 30 minutes, car ce format trop court ne le leur permettait pas. Et c'est exactement sur ce point que réside l'efficacité de Gestalt, un OAV à la fois dépaysant, drôle et explosif, qui est parfaitement adapté à sa courte durée. Pourquoi en effet s'embarasser d'un scénario qu'on n'aurait pas le temps de développer ? Bien sûr on aimerait connaître la suite des aventures du père Olivier et d'Ohri, mais le concentré d'action et d'humour contenu dans ces deux OAV est tellement accrocheur et passionnant qu'on ne peut qu'être très satisfait du résultat. De plus, après qu'une petite note hilarante soit venue clôturer un final du tonnerre où les combats et les rires s'enchaînent sans relâche pour notre plus grand plaisir, les révélations sont faites durant le générique de fin, et on comprend pourquoi cet OAV se suffit à lui-même, et que le récit est plus étoffé qu'on ne le croit.
Pour peu qu'on soit amateurs de fantasy et de magie, Gestalt nous réserve donc un très bon moment à passer et ne nous laisse que sur de bonnes impressions. Un OAV surprenant et rafraîchissant.
Une bonne dose de fun à petit  prix (10 euros en promotion cet été chez Anima), je vous invite a y jeter un coup d'oeil.

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