8.5/10

Ghost in the Shell 2 : Innocence

Présenté au festival de Cannes comme le budget le plus onéreux de l'histoire de la japanimation, Ghost in the Shell 2 : Innocence arrive sur nos écrans comme l'anime le plus attendu de cette fameuse fin d'année 2004, bien remplie dans ce domaine. Annoncé comme un sommet dans tous les registres et fort d'un véritable mythe créé autour du premier opus, le film touche aux domaines récurrents de nombreux animes en présentant un monde alliant cyborgs et humains. Tiré d'une extrapolation du manga éponyme de Masamune Shirow, GITS 2 pourrait ressembler à une énième prospection de mécha en tout genre mais si Mamoru Oshii en est resté le réalisateur, c'est pour amener une touche philosophique qui fait toute la différence...

I, Cyborg

S'il n'est pas essentiel de voir le premier film, il est tout de même conseillé d'avoir les bases pour appréhender au mieux ce second volet. Depuis le décès du major Kusanagi, le cyborg Batou erre quotidiennement dans son job d'enquêteur comme un fantôme désespéré de rejoindre sa coéquipière. Autour de lui, le monde est noir, plus rien n'a de sens commun, le policier de la section 9 se meurt peu à peu... seule une affaire comme celle qui allait lui tomber dessus pouvait le tirer de sa torpeur. Privés de toute agressivité lors de leur conception, les cyborgs sont normalement des êtres dociles au service des humains jusqu'à l'incident. Plusieurs humains ont été retrouvés tués et le principal suspect est justement un être sans âme. Détail troublant, son visage est le même que celui du major... Accompagné de Tokuza, un ancien collègue peu enclin à se mettre en danger, Batou part sur les traces d'une filière de machines programmées pour tuer.

S'appropriant les fondements principaux déposés par Tezuka avec Astro Boy, certaines mauvaises langues pourraient comparer GITS 2 à de nombreuses oeuvres de la japanimation ou même à I, Robot. Pourtant, le scénario ne s'embarrasse pas de comparaisons et nous embarque dans une enquête qui va chercher à nous dérouter toujours un peu plus entre rêve et réalité virtuelle. Mamoru Oshii n'est pas à l'origine d'une histoire particulièrement innovante mais il signe ici une fiction déstabilisante, inquiétante à plus d'un point sur la place de l'homme et de ses créations dans le monde. Et ceci à travers des personnages qui pensent plus qu'ils n'agissent car ce deuxième volet est plus orienté réflexion qu'action, du coup moins de fusillades et beaucoup plus de développement sur le rapport philosophique à la vie, à la mort et bien d'autres thèmes.

Etre ou ne pas être... la bonne question

La difficulté d'aborder Innocence se trouve certainement dans le fait que le ton pris par les personnages rend rapidement déroutant l'approche de la réflexion voulue par Oshii. Les citations sont nombreuses et prennent le pas sur l'action pure et dure. Mon interprétation retirée lors du premier visionnage était confuse, une seconde scéance l'a un peu plus éclairée. En abordant mort et vie d'un seul tenant, les thèmes principal de GITS 2 ne sont pas étrangés au monde du cinéma mais la brillante mise en scène de Oshii arrive à mettre en valeur le personnage de Batou. En étant le mieux placé en fonction de son statut cybernétique pour enquêter sur cette affaire, notre héros s'embarque dans des réflexions où l'humanité n'a plus grand-chose à voir avec celle que nous connaissons. Il existe en chacun des personnages croisés une part de vide, un manque, une déshumanité croissante.

Déluge visuel qui emprunte aussi au chara design très marquant et à une modélisation 3D fantastique de couleurs et de précision, GITS 2 nous emmène aussi dans un paradis cacophonique. L'OST, signée Kenji Kawai, est déterminante et joue les premiers rôles dans l'aventure de Batou, en étant à la fois énigmatique et retranscrivant à souhait l'intensité visuelle. Même s'ils sont sensiblement les mêmes que ceux du premier épisode, les rythmes sont forts, dérangeants, fixant à souhait notre attention sur la mise en scène du réalisateur qui enchaîne quantité de plans somptueux. Nombreuses sont les scènes marquantes : le globe terrestre de Kim, la scène du carnaval, le chien de Batou et le poisson...

A voir deux ou trois fois pour en saisir pleinement la portée (est-ce possible ?), Innocence relève d'une sublime inquiétude, un futur terrifiant où les progrès technologiques sont devenus si énormes qu'ils en sont devenus dangereux pour l'homme, la réflexion apparue sous la plume de Mary Shelley avec Frankenstein possède encore de beaux jours devant elle. Car à vrai dire, entre inquiétude et sublimité, y a-t-il un plus beau paradoxe ?

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8 commentaires

  • Getter

    22/12/2004 à 23h49

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    aaah, enfin quelqu'un qui n'a pas peur de dire que le film n'est pas facile a comprendre. J'ai un ami, fan d'Oshii pourtant, qui a adore le film, mais qui pense que le principal passe au-dessus de la tete du public
    Du coup, j'ai des questions plein la tete.

    Mais juste un truc : peut-on m'expliquer pourquoi le pro de cette critique reprend l'orthographe anglaise, alors que tous ceux qui ont fait du jap savent que Masamune Shirow s'ecrit en fait Shirou, ou mieux, avec un seul o barre ?
    Idem pour Batou, qui du coup, mystere, ne s'ecrit pas Batow comme Shirow. Mais en bon jap, Batou s'ecrit avec un o barre (en haut, pas de travers comme en Norvege).

  • juro

    23/12/2004 à 01h35

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    La VO sous titré français indique Batou sous cette forme, je l'ai donc repris simplement. De même pour Masamune Shirow mais je suis d'accord avec toi, la véritable orthographe est en -u .

  • Getter

    23/12/2004 à 14h33

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    soo omotta...

    au fait, j'aime bien ton supaaman de Dr.Slump.
    Mais il est a l'envers, le 'su' pointe dans l'autre sens.
    G le meme probleme pour mon avatar, vais trouver autre chose...

    a, mata

  • juro

    23/12/2004 à 14h55

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    Le plus grand des superhéros

  • Djak

    23/12/2004 à 18h23

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    La VF française écrivait bien pour GITS 1 Bateau

  • Bzhnono

    23/12/2004 à 22h27

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    J'ai vu ce film il y a un bout de temps (le jour de sa sortie je crois bien) et je l'ai trouvé excellent. Je suis un grand fan d'Oshii (même si je n'ai pas vu tous ses films, honte sur moi^^).

    J'ai trouvé que ce second opus était vraiment très bon, quoique un poil en deça du 1. J'ai eu l'impression que Oshii n'allait pas vraiment au bout de sa pensée, peut être ai-je mal saisi.
    Par contre l'idée (géniale je trouve) a été, non pas de ré-inventer complètement un monde et une trame philosophique mais plutôt de reprendre là où on nous avait laissé pour approfondir, car j'ai bien l'impression que les thèmes philosophiques abordés dans Innocence sont les mêmes que ceux développés dans GITS mais en plus approfondis.

    Je ne parlerai pas des graphismes absolument sublime. La musique de Kenji Kawaï dans le premier opus était fantastique, là on approche de la perfection.

  • ghinzdra

    04/03/2007 à 13h52

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    GITS 2 se résume en 2 mots : pensum bavard!

    trés honnetement magré des qualités indubitables le film ne mérite pas mieux qu'un 6/10 .

    - Le défaut écrasant de GITS2 c'est cette volonté désesperée et si évidente de passer pour une oeuvre structurée par une réflexion profonde , de se mettre au niveau de GITS .
    Le problème c'est qu' accumuler les citations (Milton , la Bible , Shakespeare,.) n'est pas un passe droit à une réflexion cohérente et structurée .
    L' idée selon laquelle l'humanité a évolué , l'individu est de plus en plus perdu dans ce monde totalement déshumanisé n'est qu'un théme ou au mieux une thése . Ca ne constitue pas le traitement qui doit être l'objet de la critique artistique . Or je ne vois dans GITS2 que des réflexions sans queue ni tête ou plus simplement qui enfonce des portes ouvertes sur l'enfant . Element le plus révélateur: j'ai même bien du mal à me rappeler précisement des propos tenus par la légiste devant batou ou bien par batou devant les corps d'enfant sous capsule bien que je sache qu'il s'agissait de propos relatif à la notion d'enfance et au rapport avec le robot . Lorsque je compare à GITS 1 dont je me rappelle toutes les théses et le traitement (le major katsuragi s'interrogeant sur son humanité sur la petite corvette au large de la cité en contemplant un océan noir qui pourrait l'engloutir , le programme discutant avec le major sur la définition de la vie devant l'arbre de l'évolution dans le musée) ça ne fait que me confirmer .
    Or cet exercice de déclamation est extremmement dangereux : la réflexion dans un film , qui est avant tout image , devrait idéalement s'imposer naturellement sans besoin de ces grands monologues . Si l'on court le risque de s'adonner à cette pratique à priori rédhibitoire au rythme du film et plus simplement à la valeur de l'oeuvre comme film alors il faut vraiment avoir du matériel derriére : c'était le cas de GITS qui fait figure de classique dans la réflexion du cyber-punk sur l'évolution de l'homme . Ce n'est pas le cas de GITS2 qui cite les grandes oeuvres avec autant de grace et d'à propos qu'un Trimalcion .
    Je pourrais être aussi critique de certains passages lents du film dont le festival chinois est l'apothéose et qui à contrario de GITS (avec la préparation de la mission finale et ses 5mn en musique et sans dialogues ) ne sont que des scénes pour "faire artistique" . Des gros machins aussi intéressants et gracieux
    - une intrigue dont le ressort est faible et qui ne semble qu'un prétexte à l'accumulation de scénes qui prises individuellement sont de bonnes qualités . Problème : sauf à s'appeler Tarentino (et même lui a montré ses limites ) la construction en lego c'est pas ce qui se fait de mieux pour faire un film .

    Maintenant qu'on a en fini avec qui fache
    - l'animation est bien sur de tout premier ordre : un régal .
    - comme dit précedemment beaucoup de bonnes idées autour de ce nouveau monde déshumanisé , des scénes qui employés par un vrai réalisateur avec une vrai vision des choses , de ce qui est important et de ce qui ne l'est pas , de ce qui doit être dit ou simplement suggéré par le pouvoir des images , qui comprend la dynamique d'un film et ses contraintes auraient donné un grand film digne de son prédecesseur et non pas un raté verbeux .
    les implants et leur faiblesses : batou qui pirate la vision des yeux de ses adversaires , batou qui sombre dans la paranioa et se finit par se tirer sur lui .
    cette impossibilité de discerner le vrai du faux : la séquence du chat , du supermarché et celle de la maison avec la répetition en 3 variations de la scéne du maroir et du cadavre .
    Ces passages qui sont ceux où les personnages imposent le moins une réflexion sont pourtant ceux qui traduisent le message le plus convaincant du film :A tout confier à la technologie l'homme n'est plus sûr de rien ne contrôle plus rien , à commencer par son propre corps et sa perception de son environnement .

    En fait je pourrais dire que 2 mots c'est encore 1 de trop pour qualifier GITS2 , 1 seul suffit : Dommage....

  • Wax

    04/03/2007 à 22h51

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    Malgré la claque que j'ai pris avec le premier GITS, le 2ème m'a encore plus scotché, surtout parcequ'il pousse la réflexion là ou aucun film n'a osé le faire avant. Alors oui, ça peut paraitre rébarbatif, verbeux etc... n'empêche que c'est exactement la façon dont des machines penseraient: de façon stéréotypée et en faisant sans cesse appel à des références.
    Très franchement, je comprend qu'on s'emmerde devant GITS2 mais il gagne beaucoup à être revu pour ses qualités philosophiques mais également cinématographiques (ex: la scène du piratage du cerveau de Togusa est fabuleusement montée)
    Bon je dois préciser que je pense qu'Oshii est un authentique génie donc l'objectivité n'est clairement pas de mise ici.

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