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Ghost talker's Daydream

Qui a dit que les histoires de fantômes et le SM ne faisaient pas bon ménage ? Personne. Parce que personne n'en avait encore eu l'idée (à juste titre ?), si ce n'est dans Ghost Talker's Daydream...

4 OAV soit 100 minutes d'érotisme, de gore, de bondage, de spiritisme, d'enquêtes et de... euh 100 minutes pour suivre les aventures d'une médium râleuse en combinaison de latex très suggestive... voilà ce que vous réserve Ghost Talker's Daydream, qui comme le dit bien son titre, traite d'une femme qui peut voir et parler aux esprits. Ce qu'on ne vous dit pas tout de suite, c'est qu'elle est également dominatrice... Le concept vient du mangaka Saki Okuse, et l'adaptation animée confiée à Osamu Sekita (Ichigo 100%, Shin Captain Tsubasa, Beyblade 2002) qui se contente du format assez court de 4 OAV pour nous conter l'histoire de cette médium très particulière. Un anime évidemment déconseillé aux plus jeunes, destiné aux otakus les plus gravement atteints, et encore...


La pauvre Misaki n'a pas de chance. Médium le jour et dominatrice SM la nuit, elle n'a jamais de temps pour elle. En sortant de la salle de fitness Utopia Ogikubo, elle est harponnée par son ami Soichiro, qui s'occupe de ses activités. Elle est appelée à intervenir auprès d'Ai, une jeune fille dont la petite soeur Miku a été tuée par un malfrat. Afin de la libérer du fantôme de sa soeur, Misaki va tenter de découvrir la vérité sur cette terrible perte. Avec l'aide de Soichiro le jeune salary-men terrorisé par les fantômes, et la participation malencontreuse de Mitsuru, un jeune lycéen photographe voyeur en herbe, elle va encore une fois devoir faire usage de ses pouvoirs pour tenter de démêler cette histoire et permettre à ces esprits errants de quitter notre monde...


Si le thème de cet OAV, la présence de fantômes dans le quotidien des gens, des âmes qui apparaissent n'importe où et déambulent car elles ne peuvent reposer en paix, est un thème très familier dans les productions nippones car ancré dans cette culture, l'originalité de cet OAV réside dans les aventures rocambolesques de son héroïne Misaki, dont les orientations SM surprennent au premier abord. A quoi s'attendre ? En effet, le côté SM de la garde-robe de Misaki surprend un peu, néanmoins dès que l'histoire commence, on rit beaucoup et l'atmosphère délétère fait son petit effet. Et ce n'est pas un luxe pour détendre le spectateur un peu embarassé devant les scènes de SM ridicules et gênantes à la fois, ou devant l'étrange quête de poils pubiens de Misaki... L'humour est d'ailleurs essentiellement basé sur des scènes ecchi (surtout aux dépends de la pauvre Misaki qui devient la proie des voyeurs contre son gré, un grand classique de la farce nippone...pas très original mais toujours efficace !), mais aussi sur le personnage de Soichiro, une sorte de cousin sérieux du Onizuka de GTO (pour les grimaces délirantes dont il est affublé !), un salary-man au caractère insaisissable et au comportement incohérent, véritablement drôle et attachant.
Mais le côté ecchi reprend toujours le dessus, et l'aspect résolument trop fan service de Daydream n'est pas toujours justifié : en effet chacun des OAV commence par une vision de Misaki dans toute sa nudité, et celle-ci n'en est pas avare au cours des épisodes. On atteint parfois le fond de la perversité japonaise, (pas le fond du fond, ils peuvent aller bien plus loin) et c'est assez déconcertant.
Cet érotisme justement participe d'une dualité surprenante au sein de Daydream, car autant la violence et l'érotisme de certaines images sont dérangeants, autant les passages montrant l'apaisement des esprits et leur libération sont d'une douceur extraordinaire et d'une beauté graphique touchante. Cet état de fait définit bien le caractère indéfinissable de Daydream, dont le scénario et les scènes passent du coq à l'âne sans prévenir. Difficile de fixer son attention sur une narration aussi elliptique.


String de rigueur

Au niveau des graphismes, le constat est tout aussi indéfinissable. D'un côté la déception est au rendez-vous : une animation souvent lente et gauche, gênante et très peu réaliste, mal intégrée aux arrière-plans. Et pourtant les rares scènes d'action laissent voir un travail bien fait, car la manière de les faire ressortir en accéléré est bien marquante. Ajoutez à cela un character design étrangement bâclé à cause de corps inégalement proportionnés voire grossiers, des visages beaucoup trop simplifiés... mais là encore les graphismes inégaux laissent pantois, car les gros plans très détaillés sont très réussis (notamment les yeux rouges de Misaki, intriguants et angoissants) et les expressions des personnages sont bien rendues.
L'accent est bien entendu mis sur les formes des femmes (c'est un anime ecchi ne l'oublions pas) mais là encore les charmes de Misaki ne sont pas très bien mis en valeur, un peu décevant.
Au final, l'inégalité l'emporte donc toujours entre les défauts visuels bien trop visibles d'une part et de l'autre le sentiment d'une volonté d'originalité de la part des créateurs de Daydream, qui font montre d'une belle audace dans la mise en scène avec des effets inventifs et bien réalisés et une bonne variation dans les plans, sans parler des somptueux couchers de soleils de fin d'épisode.

Ces couchers de soleil correspondent au meilleur atout de Daydream, les apparitions des fantômes, qui sont soit terrifiantes, soit perturbantes, soit très poétiques et contemplatives, mais toujours réussies. On aurait aimé que le scénario se concentre sur ces enquêtes intriguantes et originales, mais celles-ci sont survolées à cause du format trop court des OAV. De plus, entre viols, meurtres, gore, fantômes et combat, c'est le gros capharnaüm, d'où le côté elliptique précité.
A vouloir en faire trop, l'anime en devient brouillon, et le résultat final après visionnage, loin d'être affligeant, laisse toutefois un goût amer. Daydream avait effectivement un certain potentiel dans son approche de l'exorcisme bien décalée et prenante, à la fois dramatique et comique, qui ne laissait pas indifférent. Mais à force de s'éparpiller dans son propos et à cause de son format trop court, le contenu de Daydream ne suffit pas à nous accrocher.


Jaretelles en option

A l'instar des graphismes et de la musique, on a du bon et du mauvais (la musique électronique est un brin démodée et banale, à l'exception du thème principal et d'un très bon morceau de piano particulièrement tragique), le tout emberlificoté dans un anime indéfinissable, pas vraiment passionnant et pourtant difficile à enterrer totalement car il y a nombre de bonnes choses à en retirer. N'hésitez pas à vous laisser tenter à suivre les aventures de Misaki la médium sexy aux yeux rouges remplis de mystère, une dominatrice intriguante et désabusée par ses pouvoirs, avec qui les fantômes n'ont qu'à bien se tenir ! Je confirme, pas besoin d'être une sainte pour parler aux fantômes !


Enfin, en ce qui concerne la galette DVD sortie par Dybex, il faut souligner la quantité de bonus intéressante de l'édition prestige (cartes postales, interviews, livret) mais on ne peut pas passer outre le monument de mauvais goût que représente l'espèce de menu/planétarium 3D outrageusement rouge montrant Misaki en tenue SM provocante crucifiée sur un énorme X tout aussi rouge... Et le comble, c'est le curseur SM ! Avec 4 positions différentes ! Bon, au second degré ça passe, mais le menu fait quand même bien mal à la tête...

Bref, autant dans la forme que dans le fond, Daydream est un OAV aussi original que dérangeant, dont on ne sait quoi penser... Indéfinissable, mais pas foncièrement mauvais, les curieux se laisseront tenter par ces OAV hors du commun.
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