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Gokinjo, une vie de quartier

Cette jolie blondinette à l'air franchement pas sympa est l'héroïne de Gokinjo, la série relatant l'adolescence de Mikako. Si vous avez lu Paradise Kiss, alors son joli petit minois ne vous est pas inconnu car il s'agit de la grande soeur de Miwako mais aussi de la styliste de la célèbre marque Happy Berry. Mais avant d'arriver jusqu'aux marches de la gloire et de la reconnaissance, le chemin fut long pour Mikako.

Gokinjo
Gokinjo
L'adolescence est une période importante et douloureuse surtout au niveau sentimental. C'est pourquoi Tsutomu et Mikako semblent s'éloigner inexorablement l'un de l'autre. En effet, ces deux-là sont amis d'enfance, voisins de palier et fréquentent en plus la même école d'art. En clair, ils sont constamment l'un sur l'autre et s'étouffent. Alors pour renouveler son oxygène, Tsutomu va voir ailleurs et joue de sa popularité auprès des filles grâce à son petit air de ressemblance avec une célébrité. Mais finalement, la fuite en avant n'est pas la meilleure des solutions et ses sentiments pour Mikako ont tôt fait de le rattraper. De son côté, la blondinette ne semble pas être sur la même longueur d'onde que lui et a bien du mal à faire la différence entre amour et amitié. Enfin qu'importe car pour l'instant, son objectif premier est de faire ses premiers pas dans le monde de la mode, grâce à sa marque hybride : Happy Berry. Avec un petit groupe d'amis, aussi sympathique qu'hétéroclite, les jeunes talents se réunissent pour créer une association connue sous le nom d'Akindo. L'occasion pour ces artistes en herbe de se faire connaître dans leurs différents domaines de prédilection. Mais un tel regroupement a tôt fait de faire naître différents sentiments : amitié bien sûr mais aussi amour et rivalité.

Autant vous prévenir d'entrée : ne vous attendez pas à retrouver la même qualité scénaristique que Nana avec Gokinjo. La comparaison serait même stupide car Gokinjo est issu du Ribon, un magazine destiné à un public écolier voire jeunes collégiens. C'est donc en connaissance de cause qu'il faut lire ce manga au risque d'être fortement déçu dans le cas contraire. Ceci dit, il faut avouer que Gokinjo tire plutôt bien son épingle du jeu. Même si Ai Yazawa s'adapte à la tranche d'âge son lectorat, elle y incère tout de même certains éléments cruels et durs heureusement compensés par le côté édulcoré de l'oeuvre. Gokinjo aurait pu être une oeuvre naïve et niaise mais s'avère tout simplement rafraîchissante. On sent même déjà la tendance de la mangaka à faire en sorte que tout ne soit pas rose dans ce qu'elle dépeint. Et en effet, certains de ces personnages se verront infliger une petite leçon de vie qui les fera évoluer ou du moins réfléchir. Côté sombre mis à part, la bonne humeur domine dans ce manga où les situations comiques foisonnent toujours signées de l'humour mordant Ai Yazawa. Chaque protagoniste apporte sa pierre à l'édifice marquant le manga de sa présence et de sa petite touche personnelle. Même si certains sont relégués à l'arrière plan, on ne peut que trouver cette jolie palette de personnages attendrissante et attachante. Tous ces éléments habilement mélangés font donc de Gokinjo une comédie sentimentale aussi mignonne qu'explosive qui se savoure tranquillement. Avouez que ce serait dommage de s'en priver.

Et comme il est bon de retrouver le dessin d'Ai Yazawa, Gokinjo nous permet de découvrir un style plus ancien et donc pas dénué de défaut certes, mais qui nous montre que l'auteur avait déjà à l'époque un bon coup de crayon qui ne demandait qu'à évoluer. Preuve est faite, entre chaque volume le trait s'affine et s'affûte et l'on commence à y voir un début d'esquisse du style que la mangaka adoptera plus tard avec Nana et Paradise Kiss. D'ailleurs avec Gokinjo sa charte graphique est toujours le même : un découpage des planches bien personnel, des cadrages appropriés pour renforcer l'émotion et toujours de magnifiques plans sur les visages. Malgré quelques défauts, Ai Yazawa a apporter comme d'habitude un soin particulier à peaufiner jusque dans les moindres détails Gokinjo, manga qui reste sa dernière longue oeuvre publié dans le Ribon.

Akata-Delcourt a fait le pari risqué d'éditer Gokinjo, une oeuvre plus vieille et peut-être plus difficile à traduire que Nana ou Paradise Kiss. Pourquoi ? Et bien parce qu'un bon nombre de subtilités passe par l'emploi des suffixes japonais (-san, -kun, -chan et compagnie) et l'éditeur a été confronté à un choix difficile. L'éditeur a donc décidé de garder tous ces suffixes ce qui n'est pas un mal étant donné qu'il nous gratifie une fois de plus de son habituel lexique détaillé et fourni en fin de volume. L'édition globale de Gokinjo est quant à elle tout aussi bonne que la traduction, Akata-Delcourt fait bien les choses avec une couverture sympathique (malgré le dessin pas trop attrayant), une adaptation graphique de qualité et une impression plutôt bonne. L'encrage se fait même plus habile que sur certaines oeuvres même s'il s'avère des fois légèrement trop sombres, les anciennes erreurs de l'éditeur ne se répètent pas toujours, tant mieux. Bref, on est bien content que l'avenir de Gokinjo soit passé à travers les mains d'Akata-Delcourt qui soigne et chouchoute ce manga pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Pour conclure... Gokinjo c'est sain, c'est frais et c'est vitaminé en plus alors n'hésitez plus et mangez-en ! La série ne comptant que sept volumes ce serait bien dommage de laisser passer cette petite douceur, n'est-ce pas ?

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3 commentaires

  • "L"

    04/07/2006 à 10h46

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    C'est pas ce manga ou les 7 couvertures juxtaposées forment une fresque rigolote ?

  • aonako

    04/07/2006 à 10h55

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    Oui, c'est bien celui là

  • Anonyme

    21/10/2009 à 22h28

    Répondre

    Des "défauts" de dessin dans Gokinjo ?? c't'e blague ... C'est juste extrêmement bien fait ! Un style différent de celui qu'elle a aujourd'hui certes, mais un style particulier et super moderne que certains (comme moi) trouveront plus intéressant que le style + "léché" et + classique vers lequel elle évolue...

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