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Hansel et Gretel

Tout bon professeur de sciences politiques vous dira que les contre cultures sont au moins tout aussi intéressantes à étudier, si ce n'est plus, que les cultures elles-mêmes. Que ce soient les phénomènes underground ou les mouvements protestataires de masse, ils reflètent souvent des comportements sociaux, et s'inscrivent en général paradoxalement dans le sens de l'histoire plutôt que contre lui (ce qui est d'ailleurs un pléonasme, car avec le recul, tout va dans le sens de l'histoire). Enfin, ce Hansel et Gretel nippon s'inscrit dans le cadre de la contre-culture actuelle, s'érigeant contre la société de masse. De la à dire que Junko Mizuno est la réincarnation en dessinatrice de Janis Joplin (en tout aussi trippée, en tout cas), à vous de vous faire votre propre avis, mais le parallèle n'est pas si biscornu qu'il peut en avoir l'air.

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Hansel, lycéenne armée d'un sabre en bambou, et son frère Gretel, enfant obèse aux cordes vocales surpuissantes, doivent affronter une sorcière aux tendances cannibales qui s'amuse à faire engraisser les habitants de leur ville afin de les manger.
Cette interprétation très libre autour du conte d'Hansel et Gretel n'est pas sans rappeler un autre manga de Junko Mizuno, Cinderalla. Même dessin assez étrange et même parti pris de taper sur les codes les plus subtils de la culture japonaise.

Graphiquement, Hansel et Gretel à du mal à séduire. Des personnages quasiment tous dénudés, aux proportions irréelles évoluent dans un monde haut en couleur et hautement merveilleux. Ce style graphique réellement repoussant est en réalité volontaire, une caricature très réussie de l'univers chatoyant du manga pour enfant et adolescents. Aucune violence explicite, mais dans le fond l'oeuvre est profondément choquante, et son ambiance des plus malsaines.

Une connaissance assez approfondie du monde du manga est nécessaire pour comprendre qu'Hansel et Gretel n'est en réalité qu'une vaste critique du genre qu'il copie, peut-être légèrement exagérée, mais assez exacte dans ses propos et dans sa dénonciation de l'aspect tordu sous-jacent à bien des mangas pourtant destinés à un public jeune. Hansel et Gretel est clairement une oeuvre à l'ironie mordante, assez convaincante pourvu qu'on en saisisse le bon bout, ce qui n'est pas donné à tous.

Néanmoins, le problème d'Hansel et Gretel est celui posé par Cinderalla il fut un temps : Quel peut être l'interêt d'acheter un manga délibérément repoussant, dont la seule et unique intention est la dénonciation d'une perversion d'un système commercial pourri qui n'est pas le notre ? A nouveau, l'on se dit que Junko Mizuno est une artiste réellement talentueuse, et qu'elle mérite d'être reconnue cent fois plus que l'auteur d'un énième Love Hina-like, mais vu le prix du manga (12 euros) et le peu d'intérêt que suscitera le sujet chez le lecteur de manga français...

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1 commentaires

  • Anonyme

    06/05/2010 à 13h24

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    c'est unbelievable !!! 

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