5.5/10

In the Clothes Named Fat

In the Clothes Named Fat fait directement penser à la nouvelle vague de manga pour lecteurs avisés. En outre, l'oeuvre de Moyoco Anno comporte tous les défauts et toutes les qualités relatif à ce genre, revendiqué en France comme la branche "intellectuelle" de cette sous-culture japonaise. Penchons-nous sur cette bande dessinée qui, à défaut d'être un chef-d'oeuvre indestructible, ne se laisse pas submerger par des fautes de genre, clichés et autres écueils dans lesquels se complaisent bien des classiques du genre.

In the Clothes Named Fat
In the Clothes Named Fat
Noko est une femme dotée d'un certain embonpoint, qui lui vaut les remarques de ses proches et les railleries de ses amies, sans pour autant qu'elle en soit vraiment incommodée. Tout ça parce qu'elle a Saito, son petit ami, depuis presque dix ans. Et bien évidemment, tout bascule le jour où une collègue de travail de la pauvre Noko laisse entendre qu'elle a une relation avec Saito. Noko se met à croire que sa surcharge pondérale est responsable du fait que son petit ami la délaisse et décide de maigrir coûte que coûte. S'ensuivront dilemmes amoureux, déchéance sociale et anorexie, entre autres.

In the Clothes Named Fat est un manga glauque au possible, se revendiquant comme réaliste et "psychologique". Pas facile de voir jusqu'où ces adjectifs ne sont en fait qu'une simple justification pour traiter de manière crue et négative une histoire en elle-même plutôt basique. La première chose qui frappe dans ce manga, et comme dans tous ceux qui appartiennent au récent mouvement "d'européanisation" des mangas : l'érotisme qui est très présent en quantité. Nudité et scènes explicitement sexuelles s'enchaînent sans réellement être nécessaires (parfois même pour illustrer les pensées des personnages !), dépréciant grandement la qualité du propos et surtout sa crédibilité.

A coté de cela, on soulignera l'aspect volontairement ordurier des dialogues, peut-être dû à la traduction, mais que l'on retrouve là aussi dans tous les manga du genre. Nous interprétons ce phénomène, avec l'érotisme à outrance, comme une manière d'habiller l'oeuvre de manière se revendiquant ouvertement comme adulte, à défaut de pouvoir être mature. De cette espèce de dilemme identitaire résulte un problème au niveau du public : si les plus jeunes ne peuvent pas lire des mangas comme In the Clothes Named Fat en raison de ses dessins presque désagréables (mais pas mauvais pour autant... l'influence européenne est ici très visible à l'image de ce que faisait une Erika Sakurasawa sur Entre Les Draps), de ses scènes bien trop explicites ; que penseront les autres d'une histoire tirée par les cheveux, surdramatisée et manquant clairement de piquant, et ce en dépit du coté provocateur ? Voilà bien des défauts qui conviennent à des shônen, des shojô, mais qui sont justement ce dont les lecteurs de seinen essaient d'éviter le plus possible.

A vrai dire, la question sort ici peut-être un peu trop du sujet fixé pour la critique, car In the Clothes Named Fat n'est clairement pas le plus mauvais de tous ces mangas en manque de reconnaissance intellectuelle. Les personnages ne sont pas rigides comme dans les manga de Ebine Yamaji, et sont même très bien réussis. Le personnage de Noko, bien sûr, qui sombre peu à peu, non seulement dans l'anorexie, mais dans la folie, à partir d'une stabilité mentale déjà plutôt précaire. Mais aussi le personnage de Saito, parfait exemple de l'homme faible qui se laisse manipuler par les femmes. Il y a quelque chose de très crédible dans ce couple qui, ont le sent bien vite, n'a que trop vécu et repose sur des bases devenues malsaines.
Par contre, tous les autres personnages ont un aspect caricatural les reléguant au rang d'outils dramatiques purement et simplement, ce qui amène à se dire que le manga se veut plus être une sorte d'étude de personnage, celui de Noko en l'occurrence. Le problème vient du fait que l'histoire ne décolle jamais vraiment, entre les déboires sociaux de l'héroïne, ses soucis de poids et son petit ami. Tous les sujets sont reliés, certes, mais en voulant montrer tous les aspects de la déchéance de son héroïne, l'auteur en devient trop démonstrative et endort son lectorat avec des sous-conflits de bas étage ou des histoires complètement inutiles et indignes de quelconques égards dans cette critique. Du coup, ce qu'il y avait à craindre arrive, et la conclusion tombe mollement comme un escargot finissant péniblement son "sprint" quotidien.

Se voulant être un cliché sulfureux de notre époque dans le déclin et de la vraie souffrance des victimes de la société de consommation, In the Clothes Named Fat tombe en partie à plat. Mais, moins enragé dans la bataille sociale que la plupart de ses concurrents directs - dont les références parsèment la lecture de cette critique -, le manga de Moyoco Anno dissimule d'autres qualités comme ses dessins atypiques, son humour léger même dans les pires moments et la substance réellement digne d'égard de ses deux personnages principaux. Juste, à ne pas lire si les clichés sur l'anorexie et ses développements annexes vous énervent...

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