5.5/10

Indigo Blue

Rutsu Nakagawa est une jeune écrivain qui sort avec son responsable d'édition et ancien ami de fac, Ryuji Inui. Se prenant elle-même pour sujet de ses oeuvres, elle transpose les histoires d'amour qu'elle aurait voulu vivre, dans un but plus ou moins cathartique.
C'est la nouvelle ‘Instants Fugaces' qui interpelle Tamaki Yano, une journaliste. L'histoire y met en scène une étudiante et Y, un artiste mystérieux qui passent une nuit ensemble. C'est l'identité de Y qui pose problème à Yano, qui en fait part à Nakagawa : ce Y est-il un homme ou une femme ? Cette question paraîtrait farfelue à beaucoup, mais trouble énormément l'auteur.
A l'aide de Yano, Rutsu redécouvrira son homosexualité refoulée, et trompera allégrement Ruiji, alors même que lui commence à avoir des idées de mariage. Toute l'histoire de Indigo Blue tourne autour de ce conflit, lui-même irrémédiablement lié au personnage de Nakagawa, dont le caractère indécis est la raison d'être du triangle amoureux.

Indigo Blue
Indigo Blue
Ebine Yamaji nous entraîne dans le monde merveilleux du yuri, ce genre de manga traitant de l'homosexualité entre femmes. Vaste sujet, souvent mal compris des masses et en pleine expansion dans le domaine du manga. A vrai dire, Indigo Blue va plutôt confirmer les a priori négatifs que l'on peut avoir sur le sujet.
Après une introduction de l'éditeur insistant grandement sur l'aspect littéraire de l'oeuvre, le premier contact laisse sceptique. Des dessins minimalistes assez particuliers, parfois agréables, mais quelque peu gênants notamment au niveau des visages. Et, comme toujours, un vide dans les décors, qui prend ici des proportions affolantes. Beaucoup de cases sont composées d'un simple visage et d'un fond blanc, et les plans purement contemplatifs se comptent sur les doigts de la main, ce qui veut dire que l'on est face aux personnages du début à la fin du manga.
Et que font-ils ces personnages ? Ils parlent pour la plupart du temps (quand ils ne couchent pas ensemble, diront les mauvaises langues). Pas beaucoup d'action dans ce manga, ce qui n'est pas - toujours - un mal. En effet, faute d'être réellement transcendants, les dialogues ont de quoi intéresser, et dans le pire des cas, Indigo Blue saura vous divertir. Seulement, du coup, l'aspect graphique passe totalement à la trappe : les dessins se résumant à montrer les protagonistes assis, debout ou couché, pas beaucoup d'intérêt, si ce n'est celui d'admirer le style approximatif de Yamaji.

Pas beaucoup d'action ? Des dessins un peu moches ? Mais c'est normal, l'éditeur avait dit au début que c'était un ‘roman graphique' ! ... Passons donc le coté ‘graphique', pour s'attacher au ‘roman'. On imagine tout de suite des propos hautement intellectuels, des réflexions pertinentes sur l'homosexualité et l'amour en général. Au final, bien peu de tout cela, pour la simple et bonne raison que Indigo Blue tourne autour du personnage de Nakagawa, et ne traite pas vraiment de l'homosexualité en général, mais de l'éveil de la jeune femme à sa propre homosexualité. Intéressant, mais tout ceux qui ne sont ni femme ni homosexuel auront du mal à porter un regard autre que critique sur le personnage.
Nakagawa est une femme influençable qui se laisse séduire par une femme plus forte et trompe celui avec qui elle était depuis plusieurs années. Ce résumé pourtant exact du manga ne saurait retranscrire ce qui se passe réellement entre les personnages de Indigo Blue, et Ebine Yamaji réussit ici à camper des caractères, qui à défaut d'être réellement attachants, sont réussis, et donc intéressants. Chacun laisse transparaître ses faiblesses et certainement le lectorat approprié pourra se sentir touché par cette histoire d'amour. On ressent superbement bien le manque d'attention de Ruiji envers Rutsu, non pas que le pauvre homme ne soit pas assez à l'écoute, mais parce qu'il y a cette part de la femme qu'il aime qu'il n'arrivera jamais à contenter quoiqu'il arrive. Dans ce sens, Rutsu est destinée à devenir lesbienne. Le coté purement humain du manga est donc une réussite, et que l'on apprécie ou non le personnage de Rutsu, on ne peut que lui reconnaître cette part d'humanité très poignante.

Néanmoins, en ce qui concerne l'aspect littéraire tant decrié, l'oeuvre se résume à des dialogues sur des généralités. Il sera très difficile pour le lecteur d'apprécier Indigo Blue pour autre chose que son histoire d'amour entre femmes. La réflexion engagée sur la place de l'auteur dans son oeuvre ne va pas plus loin que les stéréotypes sur le sujet, et sont très mal amenés dans la conversation, ce qui donne au manga un aspect un peu pédant. Dans le même genre, Sing ‘Yesterday' for Me se base sur un sujet analogue pour aller beaucoup plus loin.

Du coup, Indigo Blue n'arrive pas à se démarquer des préjugés amassés ici et là sur les yuris : histoire d'amour téléphonée et érotisme sensiblement racoleur. Pourtant, il est sûr qu'Ebine Yamaji est loin d'avoir fait un mauvais boulot en ce qui concerne ses personnages.

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Yongbi

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