L'interview du mois d'Octobre : Les auteurs de Lastman font le show !

Japan Expo, c'est l'occasion de découvrir de nouvelles choses et de faire des rencontres. Je suis tombé plutôt par hasard sur Lastman, un titre que Casterman mettait largement en avant sur son stand, ce qui a piqué ma curiosité. On me propose d'essayer et là, c'est le gros coup de coeur. C'est ainsi que je me démène pour obtenir une interview des trois auteurs, présents le dimanche sur le salon. Avec un timing un peu off des deux côtés, l'interview commence avec Michaël Sanlaville seul mais n'ayez crainte, il sera rejoint assez rapidement par ses deux compères !


Balak, Vivès et Sanlaville.

Salomon IFRAH (SI) : Bonjour Michaël, pour commencer, est-ce que tu peux te présenter rapidement pour les lecteurs qui ne te connaissent pas ?

Michaël Sanlaville : Je m'appelle Michaël Sanlaville. Je suis auteur de bande dessinée mais aussi animateur ou chara-design sur des séries animées de temps en temps. J'alterne les deux en fait : production animée et BD. Récemment, avec Bastien et Yves, on s'est lancés sur le projet Lastman qui nous occupe à plein temps. On y est depuis un peu d'un an et demi et c'est parti pour durer puisque Casterman nous suit sur les douze premiers tomes. Il y a une bonne base, ça commence assez bien donc il faut que l'effet série se mette en route et tout devrait bien se passer.

SI : Qu'est ce que vous lisez dans la production actuelle de manga ?
Michaël Sanlaville : Je vais paraître un peu "rétro" mais je reste sur de vieux titres Dragon Ball, Hokuto no Ken (NdR : pour ceux qui sont intéressés, la série ressort en édition deluxe chez Kaze). En ce qui concerne les titres plus récents, j'ai découvert Berserk qui est toujours en cours (NdR : Et qui est toujours chez Glénat)...
SI : Ah ben voilà les deux autres.
Yves "Balak" Bigerel : On vous a acheté des manga un peu olé olé !
SI : En voilà une bonne info ! Elle sera retranscrite tiens !
Balak : Tant qu'à faire !

SI : Bon donc, je vous refais la première question : une petite présentation s'il vous plait ?
Balak : Je m'appelle Balak, j'ai travaillé dans le dessin animé et la bande dessinée, j'ai fait les Gobelins (NdR : une école parisienne dédiée aux métiers de l'image) comme Michaël et comme Bastien. J'aime bien les gros seins.
Bastien Vivès : Je m'appelle Bastien Viviès. Pour le reste c'est un peu comme Balak, j'ai aussi fait les Gobelins mais je n'ai jamais travaillé dans le dessin animé. Depuis six ans, je fais de la BD même si, jusque là, c'était plutôt de la BD franco-belge.

SI : La deuxième question que j'ai posé à Michaël concernait ses lectures manga donc même chose pour vous, qu'est ce que vous lisez comme manga ?
Bastien Vivès : Pour ma part, je lis Hokuto No Ken et c'est fou que Tetsuo Hara soit en France aujourd'hui. Je lis aussi Berserk.
Michaël Sanlaville : J'ai aussi balancé mes vieilles références et je cherchais des nouveautés mais au final, je me rends compte qu'il n'y a pas vraiment de grosses séries qui m'ont donné envie récemment.
Balak : Moi, la dernière série qui m'a bien plu, c'est Sun-Ken Rock (NdR : série qui paraît chez Doki-Doki). Sinon, je ne lis pas grand chose de récent.

SI : Compte-tenu de votre passé et donc de votre expérience dans la BD franco-belge, pourquoi avoir choisi de faire un manga plutôt qu'une BD ?
Bastien Vivès : À la base, l'idée, ce n'est pas juste de copier les codes japonais et de faire un manga en tant que tel, c'est surtout de s'inspirer des codes de travail. Pour l'instant, on a mis "manga à la française", enfin... Ça a été dit comme ça pour marqueter un peu le produit et pour que les gens qui aiment le manga aille voir le titre et les gens qui aiment la BD franco-belge vont voir le style et venir jeter un oeil aussi. En fait, c'est surtout le format : raconter une grande histoire fleuve avec beaucoup de pages et une sortie de tome tous les quatre mois.

SI : Justement, pourquoi ne pas l'avoir découpée en chapitres cette histoire ?
Bastien Vivès : Eh bien, en fait, tout est découpé en chapitres pour la prépublication sur la plateforme Delitoon mais ça n'apparaît pas dans les volumes reliés car il n'y a pas la page de début de chapitre.
Balak : Ce sont les ellipses temporelles qui permettent de repérer les coupures de chapitres dans les volumes reliés.
Bastien Vivès : C'est quelque chose dont je n'étais pas forcément fan dans le manga. À chaque début de chapitre, on est obligé de réexpliquer un petit peu ce qui s'est passé dans le chapitre d'avant. Pour moi, quand on lit un tome complet, ça casse un peu le rythme et c'est un peu dommage.
Balak : Mais la série a bien été écrite en chapitres de 20 pages, comme les manga.


SI : Et donc, quelle est la fréquence de la pré-publication sur le site ?
Bastien Vivès : En fait, vu que le format n'existe pas trop, on teste. On va donc arriver à un stade où on va commencer par sortir le bouquin et ensuite on va plutôt faire de la post-publication. Toutes les semaines, on a un chapitre qui va tomber. Ce qui fait que ceux qui ont envie d'acheter le bouquin et de tout lire d'un coup pourront le faire. Ceux qui veulent attendre auront le droit à un chapitre de 20 pages chaque semaine.

SI : Le délire des stickers, ça vient de qui ?
Balak et Michaël, en coeur: Bastiennnnnnn !!!!!!! Monsieur Cheveux !!
Bastien Vivès : On cherchait une idée parce qu'on voulait développer l'univers de Lastman et un peu le merchandising qui vient avec et tout ce qui était à notre portée... C'était des stickers. On commence donc on est petit, hein ? T'as lu toute la BD sur internet et quand t'achètes le tome, t'as les petits bonus de fin de volume ainsi que les stickers, c'est tout bénèf'. C'était marrant de dire "On a des stickers que l'on va coller dans l'album" et puis, ça redonne de la valeur au papier. Balak : C'est un peu la troisième noblesse du livre !
SI : Je suis le premier à dire que c'est une bonne idée mais il y a quelque chose qui fait peur : Est-ce que tous les stickers seront dans le livre ou est-ce qu'il y en aura d'autres à obtenir par d'autres moyens ?
Bastien Vivès : Dans l'édition collection, il y a forcément des stickers collector et après, quand il y aura des petits spin-of à droit et à gauche, ils auront aussi leur(s) petit(s) sticker(s). Le but, ça serait quand même d'arriver un jour à l'album Panini, il y a une vraie idée de collection là-dessous.

SI : Vous touchez tous plus ou moins à un domaine dans le graphisme, est-ce que vous vous répartissez les tâches pour le dessin ou vous en laissez un faire le sale boulot ?
Michaël Sanlaville : En gros, on fait tout à peu près à trois mais on a quand même des casse-têtes parce que le travail en équipe fait naître des difficultés. Bastien a amené le projet donc il tient l'histoire du début à la fin.
Bastien Vivès : Je dirige un peu l'écriture, oui.
Michaël Sanlaville : Ensuite, Yves écrit le scénario en détails avec les rebondissements, etc.
Balak : Je m'occupe du storyboard en fait, ensuite, c'est Michaël et Bastien qui font la mise en page et ça continue avec un "ping-pong" qui aboutit au PDF qu'on envoie à l'impression.
Bastien Vivès, avec une voix un peu espiègle : Non, attends, faut changer cette case !
Balak : Comme toujours !

SI : Vous parlez d'une certaine Hitomi Tanaka dans vos petites errances de fin de volume. Est-ce qu'elle existe vraiment et quel est son rôle précis ?
Bastien Vivès : Elle existe vraiment et c'est une grande actrice japonaise (NdR : Une grande actrice pour les plus de 18 ans soit dit en passant). On l'avait contactée parce qu'on voulait la faire tourner dans un petit making of pour expliquer le projet (NdR : making of que vous pourrez retrouver à la fin de cette interview) et s'il y avait quelqu'un à faire venir du Japon, c'était elle. Elle a accepté et c'est devenue une très bonne copine à nous. On s'envoie des trucs et elle suit Lastman comme on suit son parcours, avec beaucoup d'intérêt. Hitomi Tanaka sera toujours dans l'aventure Lastman et je pense qu'on va la retrouver rapidement dans l'univers.

SI : Au niveau du rythme de travail, qu'est-ce que vous vous imposez ? Pas un rythme à la japonaise d'un tome tous les deux mois quand même ? Il me semble que tu parlais d'un tome tous les quatre mois tout à l'heure...
Bastien Vivès : On veut sortir trois albums par an. On veut essayer de faire le chapitre (les 20 planches) par semaine. Au niveau du tome 2, on y était mais on a encore poussé le dessin dans le tome 3 et on ne veut pas que ça se fasse au détriment de la qualité donc on ajuste et on doit être à environ 15 planches par semaine.
SI : C'est toujours meilleur que l'auteur d'Hunter X Hunter, vous pouvez être fiers !
Bastien Vivès : On essaie de rester au maximum réguliers quand même.

SI : Pour le moment, l'histoire tourne autour du tournoi, est-ce que vous avez prévue une phase un peu plus aventure ?
Bastien Vivès : Ah ben complètement.
Michaël Sanlaville : Le tournoi, c'était juste pour installer la série.
Balak : Après, toute l'idée, c'est de partir à l'aventure dans des environnements qui changent et des univers différents.
Michaël Sanlaville : De toutes façons, Lastman est une quête, un parcours initiatique donc il faut forcément de l'aventure.
SI : Pour le moment, on a pas encore beaucoup de renseignements sur les personnages et notamment sur Aldana donc on se doute qu'il y a un truc pas net. Quoi qu'il en soit, mieux vaut ne pas trop en dire et laisser les lecteurs découvrir par eux-même.

SI : Entre nous, maître Jansen, c'est lequel parmi vous trois ?
Balak : Je crois que c'est moi... Pourquoi lui ?
SI : Oh, c'est juste que c'est un personnage qui m'a beaucoup fait rire en fait en train de pleurer.
Michaël Sanlaville : Là-dedans, y'a un peu de nous trois en fait. Pourquoi tu crois que je me suis retrouvé à faire de la BD ? Parce que ça ne marche pas avec les meufs ! (rires) De toutes façons, on nous a souvent qualifiés de puceaux donc... (rires)

SI : J'ai particulièrement aimé les dialogues dans Lastman, est-ce que vous vous y mettez à trois pour les écrire ?
Michaël Sanlaville : L'écriture made in Vivès fait beaucoup pour moi.
Bastien Vivès : Il y a aussi la mise en scène et Yves installe énormément de dialogues. Après, on fait des relectures et quand Michaël va faire ses planches, il va les revoir une fois de plus en se disant "J'ai déjà fait passer pas mal de choses, pas besoin d'en rajouter" et donc alléger le texte, etc. Parfois, quand on fait un changement, on ne prévient même pas les autres. C'est plus vers la fin, quand on doit revoir, on dit "Ah tiens, j'ai changé ça au début, relis" pour voir si ça marche mieux.
Michaël Sanlaville : Il y a aussi une seconde lecture qui rend le titre plus accessible aux jeunes comme aux vieux. C'est l'une des spécialités de Bastien. Mixé avec notre façon de faire un peu plus classique, ça donne un super mélange.
Bastien Vivès : Dans les dialogues, il y a une espèce de soupe qui s'est mise en place et je ne sais plus vraiment dire si c'est moi ou Yves ou Michaël qui a fait tel ou tel dialogue. On a l'impression que les personnages sont vraiment bien installés. Quand Marianne dit cette phrase, on sait qu'elle en dira pas une autre !
SI : C'est ce qui donne cette impression de fluidité poussée au maximum. On ne voit pas de raccord d'écriture et je pense que c'est une grosse force du titre. Le tout s'harmonise parfaitement alors qu'il y a quand même trois auteurs dessus.
Bastien Vivès : On a quand même un mec qui est concentré que sur la mise en scène et c'est pas le dessinateur ou le scénariste qui va prendre le pas à un moment. C'est lui qui a le contrôle et je pense que c'est très très important.

SI : En voyant Grégorio, j'ai l'impression de voir tout les petits abrutis qui se la pètent au collège et qui récupèrent toujours les nanas, est-ce qu'en le ridiculisant vous avez pas voulu vous venger de ce genre de type ?
Bastien Vivès : Non, j'ai toujours un peu d'affection pour ce personnage. Alors oui, il prend une pêche et il est nul mais on va le retrouver après et ça sera un personnage qui devrait être beaucoup plus attachant.

SI : La mère d'Adrian est trop badass', vous vous êtes un peu mis la pression pour vos prochains personnages féminins, non ?
Balak : On a d'autres personnages féminins qui arrivent qui sont super badass' aussi, pas de soucis là-dessus.
Bastien Vivès : Dans tous mes albums, j'ai toujours des héroïnes et j'adore dessiner des nanas qui sont fortes et qui prennent des positions. Ce sont des choses qui reviennent et pour Michaël aussi.
SI : La dernière scène du tome 2 (sans trop spoiler) est quand même exceptionnelle !
Bastien Vivès : Ah ça, c'est une sacré scène oui !

SI : Aldana, c'est un peu un mélange entre Bruce Willis et un catcheur. Pourquoi en avoir fait une telle brute ?
Michaël Sanlaville : Il y a un peu de ça, je suis bien d'accord.
Bastien Vivès : La mise en scène est très blockbuster et donc l'influence a déteint sur le personnage qui devient super-testostéroné. Cependant, ce n'est pas tout, on va bientôt voir qu'il est assez sensible et différent de cette image qu'il renvoie.

SI : Pour la dernière question, si vous deviez donner un seul mot pour donner envie aux gens de lire Lastman, ça serait lequel ?
Bastien Vivès : Défonce ! Non... Séduction !
Michaël Sanlaville : Carburation.
Balak : Nichon.
SI : Il n'y en a pas tant que ça pour le moment...
Balak : Ça viendra.

Merci à Kathy Degreef pour avoir rendu possible cette interview en dernière minute (moi et l'organisation, c'est toujours pas ça !) et aux trois auteurs de Lastman pour leur disponibilité et leur sympathie. N'hésitez pas à suivre leur série avec intérêt, c'est du tout bon et c'est pour ça qu'elle a été choisie pour le Zoom de la semaine paru il y a deux jours. 



 

A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

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