L'interview du mois de Septembre : Keito Koume danse avec la louve

Le cadre : Japan Expo 2013. Les éditions Ototo firent un cadeau ultime pour les fans de Spice and Wolf avec l'invitation du dessinateur Keito Koume. À l'occasion de la sortie du volume 8, Krinein vous propose un petit entretien avec celui qui met en images les aventures d'Holo et de Lawrence.

Questions sur la louve et sur son maître.


Belle et espiègle : Holo.
Salomon IFRAH (SI)
 : Bonjour Keito Koume, pour commencer, j'aimerais savoir comment a débuté votre carrière de mangaka et si Spice and Wolf est votre première série.
Keito Koume (KK) : Je suis devenu pro alors que j'étais à l'université. J'étais membre du club de manga (NdR : Si jamais vous avez lu Genshiken, vous savez à quoi ce genre de club ressemble) et nous produisions de nombreuses oeuvres de très bonne facture mais, étant donné mon statut d'étudiant, je ne pouvais pas passer mon temps à dessiner. À la base, je voulais devenir agent territorial donc employé de la fonction publique mais j'ai malheureusement échoué. C'est à partir de là que je me suis tourné vers le dessin et donc vers le manga et que je suis devenu celui que je suis maintenant. D'ailleurs, Spice and Wolf n'est pas ma première série mais les autres sont inconnues en France. 

SI : Est-ce que vous avez préféré travailler sur l'adaptation d'un roman plutôt qu'une œuvre originale ou le choix s'est fait de lui-même ?
KK : L'idée de travailler sur Spice and Wolf ne vient pas de moi. C'est le monsieur assis juste à côté, Monsieur Ogino, qui est mon manager depuis mes débuts. Il m'a amené le projet mais moi, je n'étais pas trop motivé, je sentais que c'était quelque chose d'un peu trop lourd pour moi et j'ai refusé deux fois de suite. Au final, j'ai accepté et la série que vous connaissez est arrivée. 

SI : Est-ce que, pour vous, travailler sur l'adaptation d'un roman est différent de travailler sur une œuvre originale ? Est-ce qu'il y a certaines choses qui sont plus complexes ?
KK : La grosse difficulté d'une adaptation (par rapport à une œuvre originale), c'est que celui qui adapte porte une grosse responsabilité sur son dos puisqu'il retravaille l'oeuvre de quelqu'un donc il faut faire attention à ne pas la dénaturer, à ne pas trop la transformer. Au contraire, quand on fait une œuvre originale, on est plutôt libre (NdR : il regarde son éditeur d'un air espiègle), c'est un peu notre chose donc on en fait ce qu'on en veut. 

SI : Justement pour aider à ne pas dénaturer l'oeuvre, est-ce que vous faites des réunions avec l'auteur du roman pour discuter de certaines scènes ou est-ce que vous avez champ libre pour adapter comme bon vous semble ?
KK : En fait, je repasse à l'auteur original des crayonnés grossiers du manga et c'est avec ça qu'il va dire OK ou va demander à ce que certaines choses soient revues. C'est très léger et une chose est sûre, rencontrer l'auteur directement pour discuter avec lui est une chose très très rare.

SI : Le cadre de l'histoire est un monde médiéval, où est-ce que vous trouvez votre inspiration pour les villes et paysages ?
KK : Déjà, grâce à mon éditeur, j'ai accès à tout le matériel (NdR : dessins, illustrations, travaux préliminaires...) qui a été utilisé lors de la production de l'anime. C'est une grosse source puisque tout est déjà prêt. Je possède aussi des ouvrages de référence qui contiennent des photographies de paysages mais globalement, je me base sur les travaux de recherche effectués pour l'anime auquel j'ajoute ma propre touche pour réaliser les décors dans lesquels se trouvent les personnages. 

SI : Qu'est-ce que vous pensez du rythme auquel se développent les relations entre personnages dans le manga ? Ça prend son temps et tout se fait petit à petit, ce qui n'est pas pour me déplaire.
KK : Dans le manga, il y a un problème auquel je suis confronté : Spice and Wolf est une œuvre qui place énormément importance dans les conversations puisque toute l'intrigue se base sur celles-ci ; c'est une œuvre très verbeuse donc comment la retranscrire sans multiplier les pages qui contiendraient des pavés de texte ? C'est en réfléchissant à cet équilibre que je construis le rythme de l'histoire. Il vient donc, à la base, d'une contrainte technique ! Si jamais je voulais adapter le texte du roman à 100 %, il me faudrait plus de quinze pages avec des personnages autour d'une table (ou autour d'une charrette) avec d'énormes bulles de texte pour chaque scène. Cette adaptation est donc nécessaire !

SI : Quand je lis Spice & Wolf, l'une des choses que j'apprécie tout particulièrement, c'est le rythme de l'histoire. Tout se passe étape par étape. Cependant, quand les personnages se mettent à stresser, le lecteur s'affole. Est-ce que vous avez une technique particulière pour obtenir un si bon équilibre ?
KK : Je pense que ces variations sont dues à ma technique de dessin. Quand les personnages sont confrontés à un problème, j'essaye de faire ressortir leurs émotions au maximum via leurs expressions faciales, leurs attitudes mais aussi la façon dont ils vont bouger. On sent que le personnage a quelque chose qui est stressant en face de lui et donc le lecteur, s'il s'implique un peu dans sa lecture, le ressent également.

SI : Est-ce que vous aimeriez travailler un peu plus l'un des personnages secondaires, au hasard Nora, qui va disparaître puisque son arc narratif est terminé ?
KK : Effectivement... Vous avez parlé du personnage de Nora et si j'avais la possibilité, j'aimerais aller un peu plus loin mais en même temps, vous dîtes qu'elle disparaît mais...
SI : Ah mais je ne sais pas moi, je suis la parution française et tout est mis en scène pour un adieu !

SI : À votre avis, à quelle distance se trouve le pays d'Holo et surtout, est-ce que vous pensez que les personnages ont vraiment envie d'y arriver (puisque ça signifierait la séparation) ?
KK : Ce que je vais vous dire là n'engage que moi mais le problème vient plus de la façon de voir les choses des personnages : il y a Holo qui veut atteindre son pays et Lawrence qui s'est engagé à l'aider. Cependant, au fur et à mesure que l'histoire avance, les personnages évoluent donc, pour moi, le fait d'arriver dans le pays d'Holo pourrait signifier la fin mais puisque les héros ne sont plus les mêmes que lors de leur départ, on peut se demander si leur histoire s'arrêtera vraiment à ce moment là. Tout peut arriver... 

SI : Dernière question concernant Spice and Wolf, qu'est-ce que vous pensez de l'adaptation en animé ? Est-ce que vous l'avez vue ?
KK : J'ai effectivement vu l'animation et je trouve qu'elle est très bien faite. D'ailleurs, je retrouve tout le talent du studio lorsque je regarde les travaux sur les paysages pour dessiner les décors du manga comme je vous l'ai dit auparavant.

À l'aventure en France...

SI : Est-ce que c'est la première fois que vous venez en France ?
KK : C'est bien la première fois que je viens et j'ai eu le temps de faire quelques petites visites comme Notre-Dame, le Louvre... Je me suis promené dans la ville de Paris ! 

SI : Qu'est-ce que vous pensez des grands événements comme Japan Expo ?
KK : De ce que j'en ai vu, c'est différent des grands événements au Japon (ceux qui rassemblent des millions de fans). Si on pense au comiket, c'est plus basé sur le dôjinshi, (NdR : ce que l'on appellerait plus "fanzine" en France). À Japan Expo, je trouve qu'il y a un équilibre entre les marchands (les éditeurs) et les amateurs. C'est intéressant de voir les deux se
Intelligente aussi ?
côtoyer de la sorte sur un même salon et j'ai vu énormément de passion chez les fans français.

SI : Comment avez-vous trouvé le premier contact avec vos fans français ? Est-ce que vous aviez déjà rencontré d'autres fans étrangers avant ?
KK : J'ai déjà rencontrés d'autres fans dans d'autres pays mais ceux qui m'ont le plus marqué, ce sont les fans taïwanais mais pas forcément pour de bonnes raisons. À Taïwan,  les fans n'hésitent pas à vous bousculer, dans le sens littéral du terme, ils sont un peu rustres... Les fans français sont plus réservés mais on les sent extrêmement heureux de la venue d'un auteur et c'est un sentiment qui se communique bien. Je suis très content d'avoir ce genre de public. 

SI : Si vous ne deviez donner qu'un seul mot pour convaincre quelqu'un de lire Spice & Wolf, lequel choisiriez-vous ?
KK : Je vais plutôt vous donner une phrase d'accroche, un mot, c'est trop difficile ! Que diriez-vous d'aller faire un grand voyage avec un loup mystique ? 

Sur ces belles paroles, un grand merci:
-aux éditions Ototo pour avoir invité l'auteur et pour avoir proposé autant de possibilités d'interview,
-à Guillaume Kapp qui a organisé la rencontre avec brio,
-à Stéphane Tranchemer pour la traduction,
-et enfin Keito Koume lui même pour sa bonne humeur et son superbe dessin d'Holo. 

N'hésitez pas à lire les critiques de Krinein sur les différents volumes de Spice and Wolf si vous ne connaissez pas trop la série !

A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

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