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Inugami, le réveil du Dieu chien

Si on s'arrêtait au titre, beaucoup de mangas n'auraient pas un grand public. Inugami, le réveil du Dieu chien fait parti de ceux-là. Le titre n'est pas clinquant, peut-être même un peu long et barbant, les premières jaquettes ne reflètent absolument pas l'esprit de l'oeuvre et le lecteur peut tirer une moue dubitative. De plus, le titre du manga annonce des caractéristiques propres au shintoïsme dont les divinités se comptent par milliers, encore plus désorientant. A première vue, sans l'avoir encore ouvert, on pourrait se dire que ce manga devrait être relégué au fin fond des étagères des libraires... Rien de tape à l'oeil, ce n'est pas le genre de Masaya Hokazono qui préfère se concentrer sur une histoire et un dessin dignes d'intérêts.

A la laisse

Inugami
Inugami
Fumiki Shimazaki est un lycéen rebelle sur les bords, refusant la morne réalité dans laquelle il vit. Il s'en échappe grâce à la poésie qu'il écrit seul dans un hangar désaffecté. Ce qu'il ne sait pas, c'est que ce lieu est déjà l'espace de vie d'un chien particulièrement mystérieux, provenant d'un laboratoire. Un chien qui possède le pouvoir de parler... Oui, je vous vois venir, « c'est Lassie en puissance » mais le scénario est tout autre. 23 (puisque c'est son nom) est venu pour observer les humains sans aucune appréhension, en toute naïveté. Peu à peu, le lien crée entre les deux personnages va permettre à 23 de mieux comprendre l'Homme dans sa globalité à travers le caractère de Fumiki. Mais la complexité de l'humanité va amener l'extraordinaire chien à voir la face sombre du comportement des bipèdes. D'autant plus que ceux-ci sont à l'origine d'une menace qui risque bien de se retourner contre eux. Et dont 23 paraît être un rouage essentiel. Mais qu'est donc réellement ce quadrupède ? Un envoyé de Dieu ?

Ce ne sont pas des aventures de « gentil-chien-chien-qui-donne-la-papatte-à-ton-maimaître » dont Inugami fait preuve à travers son intrigue mais bel et bien un véritable scénario haletant. Sans doute dû à son goût prononcé pour l'ultra violence, le manga grave à jamais nombre de scènes ignobles dans la mémoire. Presque aussi violent que les seinens les plus noirs, c'est au travers de combats sanglants que l'action prend tout son sens. Pourtant, le scénario évite l'écueil de tomber dans la violence gratuite en ne proposant que des duels inévitables entre bêtes démesurément puissantes. Finalement, en touchant au fantastique et en s'approchant des limites du gore, Inugami va peut-être trouver un public.

Observer l'Homme

Oui, Inugami est vraiment très violent visuellement mais ce ne sont pas ses uniques caractéristiques. Hokazono a doté son oeuvre d'une « conscience », basé sur un scénario qui mêle plusieurs thèmes, plus ou moins originaux d'ailleurs. Commençons par le plus bancal : la relation chien/homme. Même si elle n'est pas un rapport de force de dominant à dominé, on a parfois l'impression de tomber dans le plus pur shônen lorsque la relation d'amitié entre les deux êtres se développent sur plusieurs pages. Heureusement, celle-ci évolue mais retombe quelquefois dans ses travers. Au rayon du « déjà vu aussi », les réflexions sur notre humanité et la nature de l'homme par rapport à son environnement immédiat n'apportent rien de bien nouveau.

Aussi peu original est le thème qui concerne le pouvoir des firmes pharmaceutiques. Ce n'est pas un des sujets principaux mais on ne s'attend absolument pas à voir ceci au programme dans Inugami, surprenant même ! Les horrifiques manipulations génétiques sont mises en avant pour montrer le goût pour le pouvoir de l'Homme. Un homme qui joue avec la biologie, la science de la vie, le domaine réservé aux divinités.

Le plus passionnant vient du fait de découvrir ce que cache l'intrigue principale. Plongeant au coeur du shintoïsme, Inugami touche aussi à la Génèse de la Bible, une part de mysticisme qui soulève bien des interrogations. Le mixage des deux ne se fait que par petites doses, le mystère reste parfaitement conservé, le manga possède ici un vrai fond de commerce. Les personnages secondaires alimentent ce scénario à la perfection avec le grand manipulateur, Kiryo, dont le rêve secret consisterait à faire appel à des êtres supérieurement puissants pour balayer l'humanité de la surface terrestre, parmi lesquels on pourrait trouver un autre chien nommé 0.

Graphiquement, le travail du mangaka n'est ni vraiment rebutant, ni réellement convaincant. Le style est plutôt clair, avec beaucoup de détails, d'une qualité constante mais les personnages sont assez inexpressifs. Par contre, les dessins sur les différents chiens ne sont pas toujours top, surtout lors des premiers volumes. Toutes les races de chien ayant un minimum de classe passent sous la plume de Hokazono (désolé pour les caniches).

Inugami, le réveil du dieu chien devient prenant au fur et à mesure des volumes et l'intensité de l'action ne diminue presque pas. Malheureusement, la fin du scénario ne réussit à déboucher sur une fin crédible, les deux derniers volumes étant totalement inutiles. On restera sur l'impression de n'avoir lu qu'un "bon manga".

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