Interview - VanRah, Glénat a trouvé sa louve

/ Critique - écrit par OuRs256, le 14/08/2015

Tags : manga vanrah tome glenat stray dog personnages

Alors que la création française commence à faire son trou en France, chaque éditeur lance son propre projet même si peu réussisse à vraiment marquer le monde du "manga français". VanRah, jeune auteure du sud de la France a décidé de frapper fort chez Glénat avec une série qu'elle a commencé comme un fanzine : Stray Dog.

Interview - VanRah, Glénat a trouvé sa louve
STRAY DOG © 2015 VanRah / Editions Glénat

Bonjour, pour commercer, est-ce que tu peux te présenter en deux mots et nous révéler une information sur toi que tu ne donneras dans aucune autre interview ?

VanRah : Je suis VanRah, l’auteur de Stray Dog, entre autres, j’ai la chance d’être publiée chez Glénat cette année. Je peux aussi te dire que j’ai deux perroquets chez moi, l’un d’eux s’appelle Koda et l’autre s’appelle Mélo.

On ne connaît encore pas très bien donc... qu'est-ce que tu lis ?

VanRah : Enormément de comics, beaucoup plus que de manga, donc beaucoup Batman, également beaucoup les Young Avengers et énormément Green Lantern que j’adore depuis Recharge

Quels sont les auteurs qui t’ont poussé à faire du manga et pas de la BD ?

VanRah : Miwa SHIROW avec Dogs, Hiroyuki ASADA avec I’ll Generation Basket et Masashi KISHIMOTO avec Naruto. J’adore Naruto, sauf le gaiden. Le style de dessin est vraiment très bon jusqu’au volume 25 environ. Après, il a changé mais c’est de moins en moins bon. Il y avait des idées excellentes et le rythme scénaristique était sympathique. En plus, les ennemis ont un vrai but. 

Tu as déjà pas mal d'expérience en dessin et on a pu voir tes créations sur DeviantArt notamment. On peut donc presque dire que tu es plus connue à l'internationale qu'en France, non ?

VanRah : C’est vrai et ça a toujours été le cas, puisque, à la base, je suis autodidacte et en France, c’est toujours difficile de se faire connaître. C’est en passe de changer et c’est une chance pour tous les autodidactes qu’on ne prenait pas trop au sérieux. 

En réalité, qu’on ne sorte pas d’une école de beaux-arts ou d’une formation vraiment cadrée n’a pas beaucoup d’influence à l’étranger puisqu’ils regardent le résultat avant tout. Ce qui compte, c’est le produit, la motivation. Ils s’intéressent également aux projets possibles, aux prix et si on arrive a trouver des arrangements sur tous les points, en général, ils sont partants.

Tes fans internationaux n’ont pas été un peu déçus de ne pas avoir la série en relié ? 

VanRah : Stray Dog est une série qui a été commencée en France, en tant que fanzine donc vraiment en amateur. Comme je suis autodidacte, je n’arrive pas à voir mon niveau par rapport aux autres, donc il fallait que je sache si la série était viable et si c’était intéressant donc moi j’ai choisi de la placer sur une plateforme de bd en ligne à l’internationale.

Elle s’est fait connaître via cette plateforme et les gens me demandaient très souvent si j’allais la publier en format relié, si ça sortirait un jour sur le sol américain. Comme le site était également éditeurs aux Etats-Unis, ils m’ont proposé énormément de fois de la publier.

Pour ma part, j’avais vraiment espoir qu’elle soit publié sur le sol français avant dans la mesure où, avoir des fans étrangers c’est super et je le souhaite à tout le monde, mais c’est très dur de les rencontrer in vivo. En France, on peut avoir des gens en chair et en os donc c’est beaucoup plus parlant niveau contact donc plus intéressant pour moi.

Interview - VanRah, Glénat a trouvé sa louve
STRAY DOG © 2015 VanRah / Editions Glénat.

D’ailleurs, ravie de la première réaction de tes fans français ?

VanRah : Je travaille depuis des années, ça fait plus de 15 ans que je travaille en tant qu’illustratrice ou en tant qu’auteure sur la scène fanzine donc Stray Dog avait déjà son panel de fans, que ce soit à l’étranger que ce soit France. 

Sachant que le volume est sorti hier pour Japan Expo, c’est dur pour moi de voir mais d’après ce que j’ai entendu dire et vu le monde hier en dédicace, je pense que les gens apprécient. Les libraires chez Glénat m’ont dit qu’ils avaient un bon débit de ventes, et apparemment les tickets scène Japan Expo sont partis en trente minutes donc je ne peux qu’espérer que ça continue comme ça. 

Peux-tu nous décrire ta façon de travailler ? Plutôt à la française, très libre ou à la japonaise avec un éditeur tout le temps sur ton dos ? Des assistants ?

VanRah : Je dirais entre les deux parce que question psychopathe effectivement je travaille énormément, plus de 18h par jour… tous les jours ! Je suis comme Batman, je fais des micro-siestes et ça m’aide à me régénérer en très peu de temps.

Après je travaille sur plusieurs projets en même temps, donc c’est cool pour moi et ça reste un plaisir même si je ne vais pas faire une page par jour si j’ai envie et si j’ai le temps entre deux parties de Devil May Cry… 

Une page me prend entre 6 à 8 h de travail, ça dépend la page. Chaque jour, je fais donc entre 2 à 3 pages. C’est mon rythme de base après encore une fois, Stray Dog était donc déjà en ligne. Pour me garder en éditions là-bas, ils me demandaient un rythme de page très soutenu puisque c’est à l’américaine ; que je bosse toute seule ou en studio, il fallait 30 pages à la fin du mois.

En lisant Stray Dog, ce qui m'a le plus marqué, c'est le design des monstres, presque sortis d'une grosse production anime comme Mai HiME. Quelles sont tes inspirations ? 

VanRah : Mai HiME, j’en ai entendu parler mais je ne pourrais pas t’en dire beaucoup plus. Niveau manga, je suis excessivement limitée. En fait, il y a très peu de manga que j’aime bien dans la mesure où, pour qu’une œuvre me plaise, en comics ou en manga, trois choses doivent êtres réunies. ll faut que le scénario soit vraiment bien bien fourni, il faut que ce soit original et aussi que le dessin me plaise. 

Sinon, ça peut être la meilleure série du monde, j’aurais du mal à la lire. Une série que je lis en ce moment, c’est Tokyo Ghoul. Je ne dis pas ça parce qu’elle est chez Glénat mais parce que l’histoire est super. J’avais commencé en version originale et j’ai poursuivi en France. Le rythme est très nerveux, très soutenu et moi qui ai horreur justement des zombies, ça m’a fait changer d’opinion. 

C’est ce genre de série qui va réussir à nous faire changer d’opinion parce qu’il y a un truc en plus qu’on n’a pas ailleurs. En plus, le zombie est très à la mode en ce moment, que ce soit dans les films, la bande dessinée, le jeu-vidéo ou dans la littérature.

Donc au final, quelles sont tes inspirations pour ce qui est monstrueux ?

VanRah : Elle se trouve plutôt dans les films et les jeux-vidéos, mais aussi les reproductions et lithographies des mythes et légendes qu’on voit dans les civilisations. Il y a énormément de peintures de faites, énormément de représentations. 

Dans l’histoire, à un moment donné, il y a un des héros qui invoquent une hydre que j’ai repris de l’image d’une hydre qui était sur un fronton en Grèce, parce que c’est une image qui m’a plu avec une hydre cuirassée. Tout ce que je vois dans le domaine me permet de trouver mon inspiration au moment où je le vois. 

Tu aurais pu piocher n'importe où pour parler de loups-garous et de monstres donc pourquoi la légende de la bête du Gévaudan, tout simplement parce qu'elle est typiquement française ? 

VanRah : De base j’adore les loups, c’est un animal qui me fascine. En plus, je ne suis vraiment pas une fille qui aime les trucs de filles. J’aime tout ce qui est énigme policière, tout ce qui est mythe et légende.

La légende de la bête de Gévaudan rassemblait tout ces points en une seule histoire parce que c’est une énigme judiciaire qui n’a jamais été élucidée qui mettrait en scène un loup dans une région très prés de chez moi sachant que je viens du sud de la France. Entre les nombreuses explications proposées et les traces de la bête encore présentes maintenant dans les villes… j’avais de quoi faire !

Est-ce que tu penses rajouter un petit guide détaillé dans des bonus ?

VanRah : Dans l’histoire, il y a toutes les références qui viennent des documents écrits. Il y a même une double page où j’avais fait des reproductions de photos des documents officiels qui mettait en mots l’intégralité des victimes de la bête. C’est  donc dedans mais sous une forme un peu différente de « bonus de fin de volume ». 

Un peu comme la légende, le premier tome à un ton très sombre. Est-ce que tu as prévu un peu de lumière à un moment ?

VanRah : C’est une question difficile pour moi dans le sens où je n’ai pas de genre prédéfini par rapport à cette série. Je ne vais pas faire de shôjo parce que j’ai envie de mettre une romance dedans, je ne vais pas faire un passage shônen parce qu’il y a un personnage qui va devoir avoir une expérience au niveau d’un certain combat.

Je me place toujours en tant que narratrice extérieure, qui ne prend pas parti au niveau de l’histoire. Je raconte des faits et je les montre tels qu’ils sont. Ca sera noir si ça a besoin d’être noir, si les personnages sont dans des états de pensés sombre ou si il y a des faits relatés qui se sont passés dans l’histoire qui sont assez lugubres.

Au contraire, ce sera lumineux si on se trouve dans un passage où les personnages sont dans un état d’esprit plus léger. Pour moi, ça marche comme ça. Je ne cherche pas vraiment à cibler un public particulier comme les 12-25 ans. Je raconte une histoire et je prends aucun parti, ni pour les lycans, ni pour les humains. 

Interview - VanRah, Glénat a trouvé sa louve
STRAY DOG © 2015 VanRah / Editions Glénat.

Malgré l'atmosphère très dark, tu parviens quand même à introduire un peu d'humour. Tu fais au feeling ou tu dois y réfléchir un peu au préalable ? 

VanRah : Je voulais des personnages les plus humains possibles histoire que les lecteurs puissent essayer de s’identifier. On n’est pas en mode déprime toute la journée donc les personnages ont des changements d’humeur en fonction de ce qui leur arrive et puis il peut y avoir des passages ou ils sont en mode très joyeux ou très tristes et même très en colère.

Pour moi, ce premier tome n'est qu'un gros prologue puisqu'on ne découvre la raison de la collaboration entre les deux protagonistes uniquement à la fin. Pourquoi les avoir fait aussi opposés ? Est-ce qu'ils ont au moins un point commun ?

VanRah : C’est une relation de confiance, à la base on part sur un héros qui a été vraiment déçu par le genre humain et il va se retrouver confronté pour la première fois de sa vie à un humain qui n’a aucun préjugé sur sa race ou sur sa condition et qui a des valeurs qu’il croyait inexistantes dans le genre humain. 

C’est aussi pour ça que l’un accorde sa confiance à l’autre progressivement. De son côté, l’autre ne cherche pas spécialement à gagner la confiance du premier puisque pour lui, tout est naturel, il n’y a pas de faux semblant et c’est justement ça qui plait au héros. De plus, vous le verrez par la suite mais cette relation est vraiment la clef de toute l’histoire. 

Jusqu'ici, on n'a pas encore vu beaucoup de personnages féminins. Est-ce que tu voulais donner cet air très patriarcal à l'univers que tu as créé ? Quelle est la place d'une femme dans un tel univers ?

VanRah : Il y aura des personnages féminins, autant que des personnages masculins. J’ai choisi de commencer par cette histoire parce que j’ai horreur de faire des flashbacks où on insère les souvenirs du personnage. C’est efficace mais moi je voulais raconter ce qui s’était passé une fois pour toute dès le départ. 

L’idée, c’est que je vous explique les fais et ça vous permet, à vous lecteurs, d’avoir les clefs de tout et d’être capable de poser un regard extérieur. D’autre part, ça permet de comprendre les réactions de beaucoup de personnages dont le héros.

Après, je n’ai pas choisi un personnage masculin par hasard pour être le maître de Tôru. C’est évidemment lié au mystère de la bête du Gévaudan. Si le personnage a qui je fais référence avait été une femme, j’aurais mis une femme.

Tu mélanges pas mal de genres : du donjon moyenâgeux à la technologie anti-monstres presque futuriste tout en passant par du fantastique avec l'apparition de créatures surnaturelles... Bref, il y a de tout. Selon toi, lequel prédomine et avec lequel tu préfères travailler ? 

VanRah : Eh bien… Le steampunk soit l’hybride de tout ça ! Dans mes séries, je ne mets que ce que j’aime. 

Le shôjo, j’aime pas le genre si c’est trop mielleux mais j’apprécie le coté relationnel et mise en avant des sentiments des personnages donc je l’ai gardé dans mes oeuvres. Je trouve ça intéressant à un moment donné de s’arrêter sur l’état d’esprit de mes héros puisque ça explique l’action qui va se produire après.  

Dans le shônen, le personnage doit toujours monter de niveau, il sort d’un ennemi et il va vers un autre ennemi. Je n’aime pas cette idée que je trouve très redondante. Par contre, ce que j’aime bien, c’est l’action et la vivacité du récit donc je l’ai intégré dans Stray Dog

Après au niveau des époques, j’apprécie l’époque victorienne parce qu’il y a des costumes et pas mal de mécanique. Le moyen âge, je l’ai cité mais à part l’inquisition et les critères majeurs qui ont influencés notre civilisation… C’est vraiment au niveau de la religion surtout. 

J’ai aussi gardé le coté traditionnel japonais parce que j’adore les costumes et tous les codes qui lui sont associés. En réalité, je fais un pot pourri de tout ce que j’ai bien aimé dans ce que j’ai pu voir, lire ou expérimenter. 

La relation entre Tôru et son maître est longuement développée. Pourquoi passer autant de temps sur un mort en sursis ?

VanRah : Ce personnage n’a plus rien a perdre et ça lui permet justement de faire ce fameux pacte avec Tôru qui va ensuite déterminer toute la suite de l’histoire. Vis-à-vis de sa pathologie, il est condamné donc il « met a profit son sursit » et on verra que ça sert à beaucoup de chose.

Pourquoi des tomes aussi épais ? Tu sais déjà combien tu veux en faire au final ? 

VanRah : Quand je commence une série, je ne commence jamais quelque chose sans savoir vraiment ou je vais et comment je vais m’y prendre. Après si les tomes sont aussi gros, c’est parce que je ne sais pas combien de temps est nécessaire pour tout décrire. 

Je connais le contenu de chaque volume mais je ne sais pas combien de temps ca va le faire. Des fois, je gagne du temps, des fois j’en perds, tout dépend de la façon dont je vois l’action au moment de la dessiner. Tant que je n’arrive pas à la fin du volume que j’ai décidée, pour moi, il n’est pas fini !

Au niveau du nombre de tome, mon scénario est tablé pour être fait en 9 tomes mais encore une fois c’est une idée que j’ai donc si ça me prend plus de pages il y aura peut être un tome de plus, si ça me prend moins de page…  Je pense que ça peut aller jusqu'à 13, je me suis laissé une marge d’erreur.

Je voulais un rythme de parution assez carré. Je ne veux pas que les gens patientent un an et demi voire deux ans pour un volume. Niveau dessin, j’en suis au volume 4 que j’ai bien entamé. Les sorties restent à la discrétion de Glénat, on avait pensé sortir un volume tous les 6 mois.

Est-ce que tu peux nous donner une raison qui donnerait envie de lire Stray Dog à n'importe qui ?

VanRah : On n’a jamais eu de héros lycan de toute la sphère manga. Il y a des vampires, des goules… mais j’aimais de lycan

Portrait chinois de Krinein.

Un manga… VanRah : Naruto de Masashi KISHIMOTO

Un auteur… VanRah : Miwa SHIROW (mangaka auteur de Dogs

Un film…  VanRah : Pacific Rim

Une série américaine… VanRah : Arrow

Une série française… VanRah : Euh… Il n’y a pas de séries françaises ! Passe !

Un plat… VanRah : Les ramen !

Un artiste… VanRah : Jim Lee

Une marque de bonbon… VanRah : Haribo

Un dentifrice… VanRah : Sensodyne

Un animal… VanRah : Le perroquet

Un type de baguette… VanRah : Désolé mais je ne mange pas de pain !

Interview - VanRah, Glénat a trouvé sa louve
STRAY DOG © 2015 VanRah / Editions Glénat.

Remerciements : Fanny BLANCHARD et le staff des éditions Glénat (Compte Twitter) pour l'organisation de l'interview.

Interview réalisée par Salomon IFRAH - @OuRs256 sur Twitter pour Krinein.com