Japan Expo 2012 - Conférence de Naoki Urasawa et de Masao Maruyama

Le vendredi 7 juillet à 15h30, la scène Japan Expo accueillait deux grands du manga et de l'animé : le mangaka Naoki Urasawa et le producteur Masao Maruyama. C'est avec naturel, bonhomie et sincérité qu'ils nous ont parlé de leur rencontre, leur travail et de leur projet…

 

Leur première « rencontre » :

C'est avec beaucoup de nostalgie que Naoki Urasawa nous parle de sa première rencontre avec monsieur Maruyama. C'est en 1969, en regardant Ashita no Joe, que le mangaka remarque pour la première fois son nom au générique. Ce qui a influencé Urasawa dans Ashita no Joe, ce sont les traits épais des personnages.

D'où viennent ces traits caractéristiques ? C'est monsieur Maruyama qui nous donne la réponse. Il se remémore ses premières collaborations et notamment avec Shingo Araki, décédé l'année dernière. La technique utilisée était très à la mode à cette époque. Ils utilisaient au départ un crayon HB mais qui a été très vite remplacé par un 2B, une mine beaucoup plus épaisse et grasse. La technique était d'ailleurs la même que celle des 101 dalmatiens, où l'on voit les traits de crayon. C'est par cette influence que, dès l'âge de 9 ans, Urasawa a acheté des crayons 4D, ses crayons préférés. Et voici comment il en a fait usage :

« Je dessinais des sourcils très épais comme ça avec des crayons tout noirs. J'ai encore à la maison ces cahiers où je dessinais quand j'étais petit. Je les ai tous gardés et quand je regarde tous les personnages avec ces énormes sourcils, ma main devient toute noire ».

Voilà ce que nous confie le mangaka en souriant. Par la suite, il affirme avoir « été extrêmement influencé par ces traits très typiques qui ont révolutionné le milieu de l'animé ». Le temps est passé et c'est en 1986 qu'il commence à dessiner Yawara !.

 

Yawara !


by URASAWA Naoki/Shôgakukan
Yawara !
a eu un énorme succès au Japon et a été adapté en film et en animé. La demande d'adaptation animée a été faite par le studio Madhouse. Urusawa ignorait encore qu'il allait voir son rêve se réaliser : celui de travailler avec la personne qu'il admirait tant, Masao Maruyama. En France, la série Yawara ! est encore inédite, le générique nous a donc été projeté.

Urasawa était très étonné que la série ne soit pas diffusée/publiée en France, pays où le judo est pourtant très populaire. Parallèlement à la série, une personnalité a beaucoup marqué les japonais à cette période : Ryoko Tamura, la championne de judo qui a décroché une médaille d'argent aux Jeux Olympiques de Barcelone. La réalité et la fiction se sont mêlées : Ryoko Tamura est devenue Yawara. Beaucoup de japonais pensent que le manga et l'anime ont été créés en son honneur. Mais ils se trompent car ils datent bien d'avant les exploits de la sportive.

 

Echange avec le public :

C'est toujours avec bonne humeur que nos deux invités ont répondu aux questions du public. Voici une retranscription :

Spectateur (un expert en judo) : Pour Yawara !, avez-vous fait des recherches particulières sur le judo ?

Urasawa : Oui, pendant que j'écrivais Yawara !, j'allais souvent voir des combats de judo. Je m'asseyais à la place de l'arbitre et du coup, je passais souvent à la télé (rire).

Public : Pourquoi vos œuvres récentes n'ont pas été adaptées ?

Urasawa : Monsieur Maruyama devrait pouvoir vous expliquer… Il y a toujours pleins d'idées et de projets mais à cause des sponsors, de l'argent, tout est très compliqué.

Maruyama : Il n'y a qu'une seule raison : c'est que les œuvres de monsieur Urasawa sont très longues ! Au Japon, les séries animées durent en moyenne 12 épisodes et 24 si on prolonge. Une série de 12 épisodes correspond à 3 mois et une de 24 correspond à environ 6 mois. Réaliser un animé n'est jamais facile : il y a les sponsors et beaucoup de problèmes d'argent… Il y a aussi une autre raison ! Lorsqu'une série est trop longue, il y a possibilité d'écourter l'animé en enlevant des parties de l'œuvre originale. Mais pour les œuvres de monsieur Urasawa ce n'est pas facile car tout est important et lorsqu'on adapte, il faut absolument garder le fil du manga.

Urasawa : Le projet miracle où rien n'a été enlevé, c'est l'œuvre que je vais vous présenter maintenant : c'est Monster.

 

Projection de la bande-annonce de Monster

 


Monster
Urasawa
: Lorsqu'on a commencé le projet, la série durait 100 épisodes, plus

d'un an et demi ! C'est très rare de partir sur une période aussi longue pour un animé. Au final, il y a eu énormément de succès.

Public : Il y a un article dans lequel on disait que vous vous opposiez à la publication de vos anciennes œuvres que vous considériez mauvaises. En France, on a pourtant publié Histoires courtes… Est-ce que le journaliste avait mal interprété ou est-ce que vous aviez changé d'avis entre temps ?

Urasawa : Je n'ai jamais dit ce genre de propos… C'est juste une rumeur.   

Public : Quels conseils avez-vous donné à monsieur Maruyama pour l'adaptation de votre série ?

Urasawa : Quand il y a une adaptation, je vérifie toujours le scénario et le design des personnages avant de donner mon feu vert. Pour Monster par exemple, certains personnages européens avaient un corps trop fin et frêle. J'ai donc fait quelques corrections avec de nouveaux dessins car selon moi, les européens ont un corps un peu plus épais.

Public : On entend souvent dire que les mangaka sont effrayés par l'animation. Vous au contraire, vous êtes impliqué. Avez-vous envie de devenir réalisateur ?

Urasawa : C'est vraiment une chance de travailler avec quelqu'un d'aussi fantastique que monsieur Maruyama. S'il y a une adaptation en animé, je participe un peu, j'assiste à des réunions, je donne des conseils… J'ai envie de participer et non réaliser, pour diffuser au monde de belles œuvres et pour créer de meilleures choses. Je sais que mon point fort, c'est le manga. Il y a des professionnels pour l'animé, des gens formidables comme monsieur Maruyama qui me conseillent toujours de ne pas venir dans ce côté obscur (rires). Il y a aussi ma femme qui me dit : « Si un jour, tu passe de l'autre côté en tant que réalisateur, tu vas tout laisser tomber alors non, ne fais pas ça ».

Maruyama : Un génie de cette dimension ne doit pas passer dans le monde de l'animé ! Ne pas écrire de manga pendant un an, c'est vraiment du gâchis... C'est quelqu'un de formidable, s'il vient dans le monde de l'animé et qu'il ne revient pas au manga, ça ne sera pas bon. Ecrivez des mangas s'il vous plaît.

Public (à Maruyama) : Monsieur Urasawa nous a expliqué ce qui l'avait influencé dans votre travail. Pouvez-vous nous décrire, vous professionnel de l'animation, ce que vous voyez de si unique dans l'œuvre d'Urasawa ?

Maruyama : Tout ! Le design des personnages, la façon de mener l'histoire, les petits détails, absolument tout ! En tant que réalisateur, c'est vraiment très difficile d'adapter son manga. Pour moi, c'est un défi à relever, j'ai vraiment envie d'adapter son manga.

Public (retour vers Urasawa) : L'intrigue de vos œuvres (20th Century Boys, Monster et Billy Bat) est beaucoup centrée autour de complots qui dépassent souvent vos personnages. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous diriger vers ce type de manga très sombre ?

Urasawa : On me le dit souvent, c'est vrai. Tout être humain peut être enrôlé par ce type d'organisation mystérieuse et notre société est vraiment faite ainsi. C'est ça qui donne le côté humain. Dans Happy!, il y a les yakuza qui viennent toujours demander de l'argent… ça paraît sombre mais ce fonctionnement de société est réel. Dans Monster, il y a aussi quelque chose de très proche du comique. Moi je trouve que Monster est une œuvre comique (rires).

Public : Dans Monster, l'histoire se passe en Allemagne et en Europe de l'Est. Est-ce que c'était difficile de reproduire un pays étranger ?

Urasawa : Ce qui est compliqué, c'est dessiner des choses autour de moi qui sont réelles. Il faut donc prendre tous les détails, réaliser le réalisme déjà présent. Pour pouvoir m'exprimer, j'ai besoin de ces détails et de ce réalisme de ces mondes complètement différents : celui du XXVe siècle dans Pluto par exemple, ou de la vie quotidienne dans l'Europe de l'Est.

Public : N'avez-vous pas envisagé d'adapter Pluto en animé ?


Pluto T.1
Maruyama
: J'étais à Madhouse que j'ai quitté pour créer MAPPA. J'ai 71 ans cette année et je pense pouvoir rester encore 5 ans dans le monde l'animation. Il y a beaucoup d'œuvres que j'aimerais réaliser et Pluto en fait partie. Ce serait bien si la France contribuait un petit peu, ça nous aiderait quoi (rires des spectateurs) ! Il est difficile d'adapter Pluto car un épisode est l'équivalent d'un volume en manga. J'espère que d'ici ces prochaines années, je pourrais dire à monsieur Urasawa : « veuillez contribuer s'il vous plaît ». Lorsque Pluto a été publié pour la première fois, en magazine, réaliser l'animé est la première chose qui m'est venue en tête. C'est un retour à monsieur Tezuka Osamu et j'espérais que le manga soit assez court pour en faire une adaptation filmique. Mais comme vous avez pu le constater, Pluto est une œuvre très volumineuse et riche. Il est donc impossible de le faire en film. Parmi ce peu de temps qui me reste, j'espère pouvoir adapter une des œuvres de monsieur Urasawa en film.

Urasawa : Ne dites pas ça… Je vais vous faire travailler encore pendant 20 ans ! (Rires)

Public : Lorsque vous avez collaboré avec monsieur Maruyama sur Monster, comment avez-vous travaillé pour retranscrire ce rythme narratif, très proche du cinéma ?

Urasawa : Le réalisateur de Monster, monsieur Kojima, a fait en sorte de garder les mêmes angles que dans le manga et a recherché le mouvement idéal pour pouvoir transmettre cet univers. Dans le film de 20th Century Boys, le réalisateur, monsieur Tsutsumi, a aussi fait le même travail.

 

D'autres questions restent sans réponses car le temps imparti est écoulé. Les deux maîtres remercient leur public et se retirent en souriant. La conférence est terminée. Ce qu'on espère maintenant, c'est la publication et la diffusion de Yawara ! en France !

A propos de l'auteur

16 commentaires

  • Islara

    22/06/2012 à 12h35

    Répondre

    Rôôô, "sports de combat", "tir à l'arc". Si les Japonais te lisaient OuRs, tu n'aurais déjà plus de tête.

    On dit "arts martiaux japonais" (aïkido, ju-jitsu, judo, karate-do etc...) et kyudo pour la discipline à l'arc.

    http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19046.html

  • el viking

    22/06/2012 à 14h22

    Répondre

    Le guess compositeur de musique me fait étrangement penser à un elton john japonais...

  • OuRs256

    22/06/2012 à 15h05

    Répondre

    Islara a dit :
    Rôôô, "sports de combat", "tir à l'arc". Si les Japonais te lisaient OuRs, tu n'aurais déjà plus de tête.

    On dit "arts martiaux japonais" (aïkido, ju-jitsu, judo, karate-do etc...) et kyudo pour la discipline à l'arc.

    http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19046.html


    Alors, je peux pas ecrire arts martiaux japonais parce que si jamais c'est comme l'annee derniere, il y aura de nouveau du catch et c'est loin d'etre japonais ou meme un art martial ;D

    Pour le Kyudo je te l'accorde mais je me suis dit que si des non-inities lisaient le topic, ils ne comprendraient pas (il aurait fallu que je traduise entre parentheses et je suis trop paresseux pour ca ;P)

    El Viking, si seulement Elton John pouvait composer ce qu'il compose ;P C'est autre chose que Candle in the Wind ;D

    PS : Desole pour les accents et les cedilles mais le clavier anglais que j'utilise en a pas xD

  • froo

    22/06/2012 à 15h24

    Répondre

    Ptin, mon prof d'italien c'est le sosie de Naoki Urasawa, mais avec les cheveux courts !


    OuRs256 a dit :
    PS : Desole pour les accents et les cedilles mais le clavier anglais que j'utilise en a pas xD

    Tiens, c'est cadeau
    Alt + 130 pour le é
    Alt + 133 pour le à
    Alt + 135 pour le ç
    Alt + 136 pour le ê
    Alt + 138 pour le è

    http://www.tedmontgomery.com/tutorial/ALTchrc-a.html

  • Islara

    22/06/2012 à 16h02

    Répondre

    OuRs256 a dit :
    Alors, je peux pas ecrire arts martiaux japonais parce que si jamais c'est comme l'annee derniere, il y aura de nouveau du catch et c'est loin d'etre japonais ou meme un art martial ;D


    Ah, mais comme tu le sais, avec notamment le manga Garôden, le catch fait désormais partie intégrante de la culture japonaise, au même titre que le base-ball d'ailleurs. C'est un peu comme le ju-jitsu : le ju-jitsu c'est né au Japon, mais une école brésilienne autonome a fini par naître.

  • el viking

    22/06/2012 à 16h37

    Répondre

    Toute cette recherche de l'exactitude, ça me fait penser à cette excellente émission de "Gameology" sur Naruto Shippuden ultimate ninja storm 2...

    Où est-ce que je l'ai vu déjà? Voyons... ah! la voilà: rigueur et exactitude (5:00, si vous avez la flemme de tout visionner).

  • OuRs256

    22/06/2012 à 19h39

    Répondre

    Islara a dit :

    Ah, mais comme tu le sais, avec notamment le manga Garôden, le catch fait désormais partie intégrante de la culture japonaise, au même titre que le base-ball d'ailleurs.


    Que ce soit partie intégrante de la culture, je l'ai jamais nié mais de là à le considérer comme un art martial ? Mouef mouef Le catch n'appelle pas une "voie" ou une discipline particulière et donc ne possède pas assez d'éléments qui permettent de le qualifier d'art martial selon moi

  • Ashura

    12/07/2012 à 13h53

    Répondre

    Parler du cosplay à Japan Expo sans parler des concours sur la scène principale, je trouve ça un peu dommage. Les plus beaux costumes ne sont que rarement dans les allées...http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19285.html

  • OuRs256

    12/07/2012 à 14h07

    Répondre

    Ashura a dit :
    Parler du cosplay à Japan Expo sans parler des concours sur la scène principale, je trouve ça un peu dommage. Les plus beaux costumes ne sont que rarement dans les allées...
    http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19285.html


    Je cherche pas les plus beaux cosplays du salon en l'arpentant. Je cherche à voir la diversité et les nouveautés amenés par les cosplayeurs amateurs. Mais c'est vrai que du coup je passe à côté du concours (je dois avouer que j'ai d'autres trucs à couvrir à Japan Expo ;P).

  • Islara

    12/07/2012 à 14h20

    Répondre

    Ouais, et puis encore faut-il y avoir accès au concours de la scène principale... ^^'

  • OuRs256

    12/07/2012 à 14h54

    Répondre

    Islara a dit :
    Ouais, et puis encore faut-il y avoir accès au concours de la scène principale... ^^'


    Euh, avec les passes presse, on passe partout t'inquiete
    C'est juste que, a choisir entre des interviews d'artistes et aller voir un concours de cosplay, ben... le choix est vite fait

  • Islara

    12/07/2012 à 15h41

    Répondre

    Oui, on passe partout, mais quand c'est blindé, c'est blindé, passe ou pas passe.

  • OuRs256

    12/07/2012 à 15h45

    Répondre

    Islara a dit :
    Oui, on passe partout, mais quand c'est blindé, c'est blindé, passe ou pas passe.


    Y'a toujours des rangs reserves a la presse, ca passe je te dis

  • Islara

    12/07/2012 à 16h50

    Répondre

    Ben y a deux ans, j'ai pas le souvenir d'avoir eu des places réservées, mais je te crois, tu es plus à jour que moi.

  • OuRs256

    12/07/2012 à 17h36

    Répondre

    L'an dernier et cette année, les places de devant dans les scènes avaient que des gens avec badge presse devant et pareil pour les concerts, on a les place les plus en avant ^^'

  • Lopocomar

    28/09/2012 à 12h13

    Répondre

    Le cultissime Greg de Joypad, de Gamekult maintenant. Directeur d'édition certes mais surtout le plus drôle des testeurs JV.http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19458.html

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