Japan Expo 2012 - La culture du Japon: littérature, musique et danse

Le jeudi 5 juillet, j'ai assisté à trois évènements sur la scène culturelle : un spectacle de Rakugo, la célébration des 1300 ans du Kojiki et une démonstration de Taiko.

 

Un spectacle littéraire, le rakugo :

La Compagnie de Balabolka venait pour la seconde fois à la Japan Expo pour une démonstration de rakugo.

Comment se présente un spectacle de rakugo ? Un conteur (le rakugoka) est assis sur la scène et n'a recours qu'à deux accessoires : un éventail en papier (sensu) et une serviette en tissu (tenugui). Sans se lever de la position à genou (seiza), il nous raconte une histoire populaire et humoristique qui date de plusieurs siècles. C'est durant l'ère Meiji que les textes de rakugo sont collectés et créés. L'histoire inclut le dialogue de différents personnages que l'on peut distinguer par l'intonation, une légère rotation de la tête et par les gestes.

Stéphane Ferrandez, conteur et initié au rakugo auprès des maîtres japonais, nous entraîne dans le monde des yokai avec deux contes adapté en français et mis en scène par Sandrine Garbuglia, fondatrice de la Compagnie Balabolka. Pour les plus curieux, voici un résumé des histoires.


Le conteur Stéphane Ferrandez

Banchô Sarayashiki : Okiku était une belle et jeune servante au service d'un samuraï. Épris par sa beauté, ce dernier tenta de la séduire mais elle refusa ses avances. Pris de colère, il chercha vengeance et, pour ce faire, il lui confia la garde d'un set de dix assiettes, un trésor familial. Il profita d'un moment de son inattention pour en enlever une et l'accusa faussement de la perte. Il la tua et jeta son corps dans un vieux puits. Depuis, son fantôme s'élève du gouffre toutes les nuits et a tourmenté le samuraï jusqu'à sa mort, en comptant lentement jusqu'à neuf et éclatant en sanglot. Quiconque désormais entendra Okiku compter jusqu'à ce nombre mourra. Malgré la malédiction, deux hommes curieux s'aventurèrent dans le puits. Le fantôme d'Okiku fit soudainement son apparition et commença à compter. Au bout de six, les hommes s'enfuirent à toutes jambes. Déçus de ne pas être restés plus longtemps, ils décidèrent d'y retourner le lendemain. Au fil des jours, de plus en plus de monde les suivirent. Et c'est ainsi qu'elle devint aussi célèbre qu'une star d'Hollywood, ayant de nombreux produits dérivés à son effigie. Sa malédiction devint un show à part entière ! Le monde se rua pour assister à ce spectacle mais alors qu'elle arrivait à sept, les spectateurs, trop nombreux pour évacuer, furent pris au piège. À neuf, rien ne se passa et cela était très étrange car Okiku continuait de compter… Eh oui ! Le fantôme vedette avait attrapé un mauvais rhume et pour son public, elle compta une seconde fois !

Bunbuku chagama : Dans un temple, un bonze reçut comme présent de la part d'un de ses fidèles, une bouilloire. En la mettant sur le feu pour faire chauffer de l'eau, la bouilloire sauta : quatre pattes poilues et une queue touffue apparurent. Devant le regard médusé du prêtre, l'objet se transforma en tanuki, un chien viverrin. L'animal courrait dans toute la pièce, renversant tous les livres de prière. Mais lorsque le bonze appelait à l'aide, il reprit aussitôt sa forme initiale. Pétrifié de terreur, le bonze donna « la bouilloire » à un charpentier ambulant. L'homme repartit heureux avec l'objet, en plus d'un gros poisson qu'il reçut d'un ami. Le soir, il posa son poisson sur sa table, près de la bouilloire. Il s'absenta quelques instants et, à son retour, son dîner avait disparu. Le charpentier passa alors la nuit sans manger et lorsqu'il s'apprêtait à s'endormir, il entendit des pleurs. Il vit le tanuki fondre en larmes qui s'excusait d'avoir volé le poisson. Le marchand lui pardonna et le renvoya dans sa montagne. Mais le tanuki, rejeté par les siens, demanda refuge. En échange d'une protection, il lui offrit sa fortune. L'homme accepta et c'est ainsi qu'il donna des représentations dans la ville où l'animal magique se transformait. Les deux amis partirent en tournée pendant deux ans mais cela finit tragiquement une nuit d'hivers : le tanuki mourut de vieillesse auprès de son ami et devint une simple bouilloire.

 

Kojiki 1300, la genèse du Japon :

Qu'est-ce que Kojiki 1300 ? Il s'agit d'un spectacle de danse et de musique pour célébrer les 1300 ans du Kojiki, le livre le plus ancien du Japon. L'ouvrage nous transmet la mythologie japonaise : la naissance des dieux (kami), la création des îles du Japon et les débuts de l'empire.

Les artistes nous ont joué la scène du « Ame no Iwato » (la caverne du paradis). Elle nous raconte l'histoire d'Amaterasu Ohmikami, la déesse du soleil. Effrayée par la violence de son frère Susanowo no Mikoto, le dieu des tempêtes, la déesse se réfugia dans une caverne, faisant sombrer le monde dans l'obscurité. Pour la persuader de sortir, les autres kami organisèrent une fête à l'entrée de la caverne. La déesse de la gaité, Uzume, dansa lascivement et les dieux se mirent à rire. Amaterasu crut qu'on célébrait une déesse plus lumineuse qu'elle-même. Intriguée, elle sortit sa tête de la caverne et fut éblouie par son reflet dans un miroir. L'un des dieux l'empêcha d'y retourner et les autres l'implorèrent de ne jamais se cacher à nouveau. La déesse accepta, en échange du bannissement de son frère et ce fut ainsi que la lumière illumina de nouveau le paradis et les îles du Japon.

Le spectacle mêlait chant, danse et musique au son d'un shamisen, du kagurabue (flûte traversière), du shinobue (flûte traversière japonaise en bambou) et d'un clavier. Deux personnages étaient représentés sur la scène : la déesse Uzume, incarnée par la danseuse Yuri Fujikawa et Amaterasu, représentée par la chanteuse Sakuya Rei. Le spectacle (qui ne durait pas plus de 30 minutes) se déroulait en deux parties. La première fusionnait musique traditionnelle et danse contemporaine et la seconde laissait place à de la musique pop, évoquant le retour du soleil.


Du shamisen


La flûtiste


Le pianiste


La danseuse Yuri Fujikawa


La chanteuse Sakuya Rei


Le Taiko et la danse d'Awa :

Après les cordes et les vents, c'est au tour des percussions d'entrer en scène : place donc au taiko ! Le Tsunagari Taiko Center a fait son retour à la Japan Expo et continue de promouvoir les arts populaires japonais.

Le Taiko (ou wadaiko) :

On retrouve différentes tailles de taiko. Sur scène, nous avons pu entendre les sons du Shime daiko et du Nagado daiko. Le fût de l'instrument est creusé dans le tronc d'un keyaki, une variété de bois de plus en plus rare et cher. Les grands fabricants ont leur propre forêt afin de garantir un approvisionnement au fil des années. Une fois l'arbre planté, il faudra attendre 300 à 800 ans pour obtenir un diamètre suffisant afin de fabriquer les plus grands : les odaiko. La construction de ces instruments demande certes, un temps très considérable mais, grâce à ce bois dur, les taiko pourront être conservés pendant plus d'une centaine d'années.


Le Nagado daiko et le Shime daiko

Le taiko est une pratique qui implique à la fois une approche technique et musicale, mais aussi corporelle et énergétique. Ainsi, pour parfaire les rythmes entraînants et le puissant son du taiko, un travail du bassin (et non des muscles) est essentiel afin de développer souplesse, vitalité et création. Le taiko n'est pas uniquement une pratique musicale, il s'agit également d'un bon moyen pour se détendre et d'apaiser nos petits soucis du quotidien.


Cola Bonnan et Ayuko Bonnan Yonemura

La danse d'Awa :

La danse d'Awa est une danse originaire de Tokushima, dans le Sud du Japon. Elle est pratiquée dans les rues du 12 au 15 d'août, durant l'O-bon, un festival bouddhiste japonais honorant les esprits des ancêtres. Elle existe maintenant depuis plus de 400 ans et cette activité est ouverte à tous : aux hommes et aux femmes de 2 à 90 ans ! Sur la scène culturelle, Ayuko Bonnan Yonemura nous a fait une petite démonstration de la danse, accompagnée des battements du Shime-daiko de Cola Bonnan.


La danse d'Awa

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16 commentaires

  • Islara

    22/06/2012 à 12h35

    Répondre

    Rôôô, "sports de combat", "tir à l'arc". Si les Japonais te lisaient OuRs, tu n'aurais déjà plus de tête.

    On dit "arts martiaux japonais" (aïkido, ju-jitsu, judo, karate-do etc...) et kyudo pour la discipline à l'arc.

    http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19046.html

  • el viking

    22/06/2012 à 14h22

    Répondre

    Le guess compositeur de musique me fait étrangement penser à un elton john japonais...

  • OuRs256

    22/06/2012 à 15h05

    Répondre

    Islara a dit :
    Rôôô, "sports de combat", "tir à l'arc". Si les Japonais te lisaient OuRs, tu n'aurais déjà plus de tête.

    On dit "arts martiaux japonais" (aïkido, ju-jitsu, judo, karate-do etc...) et kyudo pour la discipline à l'arc.

    http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19046.html


    Alors, je peux pas ecrire arts martiaux japonais parce que si jamais c'est comme l'annee derniere, il y aura de nouveau du catch et c'est loin d'etre japonais ou meme un art martial ;D

    Pour le Kyudo je te l'accorde mais je me suis dit que si des non-inities lisaient le topic, ils ne comprendraient pas (il aurait fallu que je traduise entre parentheses et je suis trop paresseux pour ca ;P)

    El Viking, si seulement Elton John pouvait composer ce qu'il compose ;P C'est autre chose que Candle in the Wind ;D

    PS : Desole pour les accents et les cedilles mais le clavier anglais que j'utilise en a pas xD

  • froo

    22/06/2012 à 15h24

    Répondre

    Ptin, mon prof d'italien c'est le sosie de Naoki Urasawa, mais avec les cheveux courts !


    OuRs256 a dit :
    PS : Desole pour les accents et les cedilles mais le clavier anglais que j'utilise en a pas xD

    Tiens, c'est cadeau
    Alt + 130 pour le é
    Alt + 133 pour le à
    Alt + 135 pour le ç
    Alt + 136 pour le ê
    Alt + 138 pour le è

    http://www.tedmontgomery.com/tutorial/ALTchrc-a.html

  • Islara

    22/06/2012 à 16h02

    Répondre

    OuRs256 a dit :
    Alors, je peux pas ecrire arts martiaux japonais parce que si jamais c'est comme l'annee derniere, il y aura de nouveau du catch et c'est loin d'etre japonais ou meme un art martial ;D


    Ah, mais comme tu le sais, avec notamment le manga Garôden, le catch fait désormais partie intégrante de la culture japonaise, au même titre que le base-ball d'ailleurs. C'est un peu comme le ju-jitsu : le ju-jitsu c'est né au Japon, mais une école brésilienne autonome a fini par naître.

  • el viking

    22/06/2012 à 16h37

    Répondre

    Toute cette recherche de l'exactitude, ça me fait penser à cette excellente émission de "Gameology" sur Naruto Shippuden ultimate ninja storm 2...

    Où est-ce que je l'ai vu déjà? Voyons... ah! la voilà: rigueur et exactitude (5:00, si vous avez la flemme de tout visionner).

  • OuRs256

    22/06/2012 à 19h39

    Répondre

    Islara a dit :

    Ah, mais comme tu le sais, avec notamment le manga Garôden, le catch fait désormais partie intégrante de la culture japonaise, au même titre que le base-ball d'ailleurs.


    Que ce soit partie intégrante de la culture, je l'ai jamais nié mais de là à le considérer comme un art martial ? Mouef mouef Le catch n'appelle pas une "voie" ou une discipline particulière et donc ne possède pas assez d'éléments qui permettent de le qualifier d'art martial selon moi

  • Ashura

    12/07/2012 à 13h53

    Répondre

    Parler du cosplay à Japan Expo sans parler des concours sur la scène principale, je trouve ça un peu dommage. Les plus beaux costumes ne sont que rarement dans les allées...http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19285.html

  • OuRs256

    12/07/2012 à 14h07

    Répondre

    Ashura a dit :
    Parler du cosplay à Japan Expo sans parler des concours sur la scène principale, je trouve ça un peu dommage. Les plus beaux costumes ne sont que rarement dans les allées...
    http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19285.html


    Je cherche pas les plus beaux cosplays du salon en l'arpentant. Je cherche à voir la diversité et les nouveautés amenés par les cosplayeurs amateurs. Mais c'est vrai que du coup je passe à côté du concours (je dois avouer que j'ai d'autres trucs à couvrir à Japan Expo ;P).

  • Islara

    12/07/2012 à 14h20

    Répondre

    Ouais, et puis encore faut-il y avoir accès au concours de la scène principale... ^^'

  • OuRs256

    12/07/2012 à 14h54

    Répondre

    Islara a dit :
    Ouais, et puis encore faut-il y avoir accès au concours de la scène principale... ^^'


    Euh, avec les passes presse, on passe partout t'inquiete
    C'est juste que, a choisir entre des interviews d'artistes et aller voir un concours de cosplay, ben... le choix est vite fait

  • Islara

    12/07/2012 à 15h41

    Répondre

    Oui, on passe partout, mais quand c'est blindé, c'est blindé, passe ou pas passe.

  • OuRs256

    12/07/2012 à 15h45

    Répondre

    Islara a dit :
    Oui, on passe partout, mais quand c'est blindé, c'est blindé, passe ou pas passe.


    Y'a toujours des rangs reserves a la presse, ca passe je te dis

  • Islara

    12/07/2012 à 16h50

    Répondre

    Ben y a deux ans, j'ai pas le souvenir d'avoir eu des places réservées, mais je te crois, tu es plus à jour que moi.

  • OuRs256

    12/07/2012 à 17h36

    Répondre

    L'an dernier et cette année, les places de devant dans les scènes avaient que des gens avec badge presse devant et pareil pour les concerts, on a les place les plus en avant ^^'

  • Lopocomar

    28/09/2012 à 12h13

    Répondre

    Le cultissime Greg de Joypad, de Gamekult maintenant. Directeur d'édition certes mais surtout le plus drôle des testeurs JV.http://manga.krinein.com/-25246/japan-e ... 19458.html

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