4/10

Jenni

La description d'un récit fortement orienté autobiographique pourrait devenir une des meilleures solutions pour trouver son public au lot de biographies de toute sorte parus aussi bien en prose qu'en vers avec du succès à la clé. Le roman graphique n'y échappe plus et Jenni est la parfaite illustration qu'un destin hors du commun soit-il ne parvient pas à se rendre attachant s'il est mal conté, mal tourné et peu mis en valeur par les atouts propres aux codes du shôjo. Jennifer Li a voulu nous rappeler son adolescence dans un univers occidentalisé au possible : les lycées anglais. Malheureusement, n'est pas Princesse Sarah qui veut et lorsque l'intrigue se révèle banale et sans rebondissement, la messe est dite...

Sans génie

Jenni
Jenni
Jenni, jeune chinoise, débarque à 16 ans pour la première fois à Londres, afin d'y faire ses études. Et la voilà plongée dans un monde étudiant dont elle ne connaît rien, aux coutumes bizarres, et dont elle ne parle même pas la langue. Et ce n'est pas son ami de toujours, son gros mouton en peluche qui va l'aider ! Confrontée aux dures réalités de la cruauté de la différence, Jenni va devoir effacer sa timidité et faire preuve de ressources insoupçonnées pour s'imposer aux yeux de sa colocataire... ainsi qu'aux yeux des garçons du richissime lycée St Paul.

Shojô classique parmi les classiques, ce manhua n'offre aucune garantie de souvenir durable. La narration est faite d'événements s'enchaînant sans qu'une échelle temporelle ne soit jamais évoquée, ce qui rend la compréhension des faits légèrement distendue. Le personnage principal est sans saveur particulière au début et parvient à s'imposer petit à petit sans pour autant que les détails de sa prise de conscience ne soit évoqué par un quelconque twist scénaristique. Bizarrement, des coups d'éclat apparaissent dans le récit pour montrer le changement de condition d'une jeune fille s'affirmant progressivement contre toute attente. Le reste des personnages correspond au genre avec l'amie/rivale, le brun ténébreux, le blond charmeur, la prof sensuelle et le petit gros sympa. Rien de bien nouveau, juste du classique sur fond d'autobiographie. Jenni donne plutôt l'impression de s'adresser aux jeunes demoiselles asiatiques qu'européennes par le ton sur lequel l'histoire est traitée. Ami(e)s des paillettes, des histoires d'amour et d'amitié ainsi que du rose bonbon, voici un cadeau pour toi !

Jenni, la plus tiède des boissons froides

Tout n'est pourtant pas à jeter dans Jenni car si les lacunes sont bel et bien présentes - avec un scénario principal déficient entre autres -, l'intrigue propose un point de vue sommaire, mais existant, sur le thème d'un regard asiatique posé sur l'occident. Avec toute sa candeur et un peu de superficialité, le personnage principal parvient petit à petit à s'adapter au mode de vie européen, laissant de côté les caractéristiques stéréotypées de sa condition antérieure : gentille jusqu'à être pris pour une cruche, plus enfant que femme, manque de répondant, etc... L'intrigue pose les bases d'une découverte du soi des plus classiques mais d'un point de vue féminin.

Graphiquement, Jenni ne déborde pas non plus du cadre du shôjo avec ses cases fleuries, ses gros plans sur des personnages aux visages souriants ou émus, le trait essayant toujours de captiver l'émotion au plus proche. Bon, ce n'est pas encore ce coup-ci que le shôjo fera passer ses cliques et ses claques mais comme coup d'essai, on a vu pire... Les codes du genre du dessin sont respectés à la lettre même si les visages possèdent par instant une certaine grâce. Bien évidemment, tenues et coupes de cheveux sont mis en valeur mais une attention particulière est réservée aux yeux en amande. Et pour une fois, les adolescentes ont des vraies physiques d'adolescentes...

Jenni propose un récit un poil trop naïf pour arriver à émouvoir ou refiler des sentiments en pagaille. Même si l'édition de Xiao Pan est plus que correcte avec du bon papier et en dans un format mettant en valeur le dessin, l'intrigue reste trop faible pour recommander chaudement ce one-shot que l'on se gardera de ne recommander qu'aux amateurs du genre et aux jeunes filles en fleur. Ca tombe bien, c'est le printemps !

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