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Kaikisen : retour vers la mer

La vie n'est pas toujours aussi simple que l'on veut bien le dire. Parfois, on ne tombe pas toujours comme on a commencé, c'est bien là les aléas du destin.
Voici la pensée intimement philosophique que l'on peut avoir en refermant Kaikisen : Retour vers la Mer, de Satoshi Kon. En effet, qui eu cru que l'auteur si psychotique de Perfect Blue avait une fois, dans sa jeunesse, sorti une bluette écologique parlant de sirènes et de méchants fonctionnaires ? Retour vers la Mer rentre dans la culture manga de fin des années 80, l'après Akira, le grand tournant de la science-fiction japonaise. Satochi Kon reste pourtant prudemment réaliste dans son approche, n'introduisant qu'une faible dose de fantastique, jouant sur l'implicite plus que l'exhibition graphique.

Kaikisen
Kaikisen
Dans la ville d'Amidé, c'est le clash. Tout les petits jeunes se tirent à Tokyo pour faire leurs études, et entre les pêcheurs, on se taperait presque dessus pour savoir si oui ou non il faut laisser des types en costard construire des établissements modernes au détriment de la nature encore abondante dans la région.
Au milieu de tout ça, une légende raconte qu'une ondine aurait confié son oeuf à la ville afin de le protéger puis de le rendre une fois sur le point d'éclore, en contrepartie d'une mer clémente et pleine de poissons. Bien entendu, la venue des colonisateurs risque bien de compliquer les choses : la légende ne va-t-elle pas de se perdre sous un gros tas d'immeubles, et surtout, quel intérêt la protection d'une ondine peut-elle représenter si l'Homme n'a plus besoin des fruits de la mer pour survivre ?
Alors que l'heure de rendre l'oeuf sacré approche, quelle sera la décision des grands du village ?

A travers le personnage de Yosuke, jeune riverain téméraire, Satochi Kon narre une lutte entre la tradition et le modernisme, tout en se lançant dans un récit fantastique très bien ficelé. Peu à peu, l'ombre du surnaturel, symbolisé par l'ondine, se concrétise jusqu'à un climax presque apocalyptique, se concluant juste avant que tout n'explose.
Si le style graphique est encore suant de l'influence d'un Otomo, tant dans les visages que dans les décors ; que le sujet est ancré dans l'air du temps, soit la peur invétérée d'un futur cyber punk, il reste aujourd'hui un thriller avançant peu à peu vers le merveilleux, où l'action est très lente, assez lente pour construire une ambiance oppressante et unique. C'est cette ambiance qui différencie Kaikisen d'un simple manga moralisateur et oubliable. Le danger se fait de mieux en mieux ressentir au fur et à mesure que la nature se fait pressante de récupérer l'oeuf qui lui appartient, ne se montrant que par une mer agitée ou une tempête violente. Pas d'ennemi réel dans Retour vers la Mer, ce qui a pour effet de créer une zone de stress continu, sans monstre ou démon à montrer pour abaisser la tension.

Tout en donnant une leçon d'écologie au lecteur, Satoshi Kon se permet de donner un cour d'humilité face à la force de la nature et des éléments, introduisant une notion religieuse - et purement bouddhiste - à son propos, rappelant le respect prôné par sa religion envers la nature. A la fois simpliste et plein de bonne foi, tout en étant bâti sur un récit bien moins évident à appréhender qu'il n'y paraît, Kaikisen : Retour vers la Mer est une lecture intéressante, surtout quand on voit ce vers quoi a évolué son auteur.

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1 commentaires

  • juro

    04/10/2005 à 18h18

    Répondre

    J'ai bien aimé le ton poétique de l'oeuvre, Satoshi Kon a toujours cette facilité de partir de rien pour monter en escalade un scénario merveilleux qui, s'il a des défauts, a tout de même pas mal de qualités. Et puis Satoshi Kon au dessin, c'est pas n'imorte qui...

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