7.5/10

Kajô, la corde fleurie

Dans la veine de ses autres oeuvres dans lesquels il fait la part belle à l'Histoire de l'archipel à base de faits divers imprégnés de références datées, Hideki Mori souhaitait poursuivre avec un scénario aussi complet et peut-être atteindre une nouvelle fois le niveau de Stratège. Pour cela, le mangaka avait mis toutes les armes de son côté : prendre une histoire passionnante, la ponctuer de touches d'humour léger, créer des personnages charismatiques comme à son habitude autour d'un scénario intéressant imaginé ni plus ni moins par Kazuo Koike, mangaka de Lone Wolf & Cub entre autres. Et de l'union de ces deux grands noms naquit Kajô, la corde fleurie...

Justice pour tous

Kajô
Kajô
En 1795, arrivé à l'automne de sa vie, Heizo Hasegawa, chef de la brigade mobile et gardien symbolique de la ville d'Edo, rencontre Hanatarô Tamatsubaki, ancien sumotori au bord du suicide. Leurs destins vont se nouer pour lutter contre les ténèbres qui se répandent sur la ville. Derrière les combats de sumo et les manigances des seigneurs, la corde fleurie sera le lien invisible qui rendra leurs actes plus humains.

Une nouvelle fois, Hideki Mori charme et reprend avec intelligence et subtilité une histoire tiré de faits réels et romancé avec un ton collant au contexte et résonnant encore aujourd'hui. Relatant avec ferveur les sentiments de loyauté, fidélité et d'honneur, le mangaka incarne à travers ces deux personnages principaux un couple qui ne fait plus qu'un. Une entité fait d'un homme expérimenté bénéficiant d'un sens aigu de la justice et du corps robuste d'un sumo. La tête et les jambes, le maître et l'élève. D'erreurs en succès justiciers, ce couple inébranlable du Shinsengumi (un peu la police tokyoïte de l'époque) va déjouer avec malice ou puissance des réseaux criminels parfois plus profonds qu'il n'est possible de le penser...

La tête et les jambes

Mais encore une fois, c'est les relations entre les deux personnages qui prennent le pas sur l'histoire. Et de là, le nom de Kazuo Koike ressurgit. Le scénariste remet habilement un peu de Lone Wolf & Cub dans Kajô en faisant vivre les personnages l'un pour l'autre. Le vieux à l'article de la mort et le jeune en quête de pardon possèdent un peu des qualités la compagnie Ogami & fils. Etroitement liés par une cause qu'ils comptent mener jusqu'au bout, les hommes du Shinsengumi vont se voir créer des liens forts qui tiennent en haleine. En se rapprochant un peu de Tengu, Mori signe un manga passionnant, instructif et rempli de plusieurs bonnes intrigues.

Devant tout ce déluge d'idées, Hideki Mori reste dans la tradition graphique qui a fait son succès, à savoir un trait fourmillant de détails mettant en valeur des visages expressifs et divers, caractérisant une époque faites d'hommes forts et puissants. Une aura jaillit des personnages impressionnants mais laisse tout de même paraître des faiblesses dans les personnalités. Pourtant, sans atteindre le niveau de Stratège, le mangaka signe une de ces meilleures oeuvres.

Ne vous y trompez, en dépit de sa couverture graphique peu affriolante, Kajô, le corde fleurie appartient à la collection Akata Gingko, une sorte de label de qualité du manga et qui montre une fois de plus que le seinen historique possède de beaux jours devant lui. Ce serait dommage de passer à côté de trois volumes intenses...

A propos de l'auteur

0 commentaires

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Chez Krinein Manga et animes, c'est la culture japonaise qui est mise à l'honneur grâce à des critiques de shonen, shojo et autres termes bien connus des vrais fans. Toi même tu sais.

Rubriques