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Kaze No Shô, le livre du vent

L'Histoire japonaise a connu moult ères. Les empereurs et les régimes se sont succédés souvent avec violence et dans ces luttes d'influence les combattants les plus méritoires et les secrets historiques les mieux gardés sont devenus des légendes qui ne font pas partie des livres d'histoire. Jirô Taniguchi et Kan Furuyama se sont justement attachés à décrire une de ces légendes pour illustrer les temps anciens qui sont à l'origine du pays d'aujourd'hui. Encore une fois, Jirô Taniguchi change de genre et démontre sa polyvalence après Quartier Lointain, Benkei in New York et Le Sommet des Dieux. Pourtant, Kaze No Shô, le livre du vent est le moins passionnant que j'ai eu l'occasion de découvrir à cause de son inaccessibilité et d'un dessin qui ne s'adapte pas vraiment au genre.

La fierté du samouraï

Kaze no Shô
Kaze no Shô
1899, quatre hommes sont réunis à Tokyo, le plus sage d'entre eux, Katsu Kaishû, conte aux autres le récit des chroniques secrètes des Yagyû pour lesquelles deux clans se sont combattus durant des années... 1643, le clan Tokugawa dérobe le manuscrit par l'intermédiaire de leur meilleur guerrier, Yashamaro. Pour récupérer leur bien, le clan Yagyû décide de faire appel à tous leurs membres les plus influents et notamment Jubei. A partir de cet instant, tous les coups sont permis et aucun des deux clans ne veut céder car pour l'ancien détenteur ces textes sont le trésor qui se transmet de génération en génération alors que pour les voleurs ce texte pourrait provoquer la chute du régime. A travers tout le pays, les deux meilleurs guerriers ennemis vont se livrer une lutte sans merci et en faire une affaire personnelle dont un seul pourra sortir vainqueur pour la fierté de son clan. Du point de vue de Jubei, l'honneur est une priorité à mettre à l'épreuve par un combat au sabre... la guerre civile gronde, il est plus que jamais temps de réagir.

Le Livre du Vent n'est donc pas accessible à tous les lecteurs car le langage employé est particulièrement ardu avec une utilisation des mots japonais insérés dans les phrases qui rendent incompréhensibles certains passages si l'on décroche un temps soit peu du scénario. Les notes explicatives et le glossaire à la fin ne permettent que d'expliquer par à-coups les subtilités de l'oeuvre et il faudrait presque s'armer d'un livre spécialisé dans les faits de l'Histoire japonaise pour tout saisir. Bref, la magie s'estompe et à moins d'être calé en la matière, les difficultés d'apprécier l'oeuvre dans son tout sont nombreuses. Néanmoins, pour les amateurs nippophones, la culture est au rendez-vous.

Combats, complots, combines...

Honneur au nouveau et à son scénario. Furuyama nous livre une intrigue mêlant vengeance, fierté, sens de l'honneur et une moralité entièrement nippone dans la sagesse que prend l'oeuvre dans son dénouement. En découvrant le Japon de l'époque, on retrouve les éléments auxquels on pouvait s'attendre avec les samouraïs, les combats de sabres et autres caractéristiques du même genre. Le scénario reste conventionnel et n'offre pas de surprises. Ceci est essentiellement dû à la volonté de conter un récit extrêmement réaliste d'où des rebondissements mais rien qui ne fera écarquiller les yeux.

Beaucoup de scènes de combat sont représentées mais on n'a pas vraiment l'impression de partager l'histoire car le trait reste figé et comme la violence est omniprésente, le rendu est moyen. Jirô Taniguchi nous livre la moins brillante de ses productions. En effet, ce sont de très beaux tableaux qui sont dessinés mais l'action n'est pas véritablement caractérisée par les mouvements de personnages ou des armes mais plutôt sur les visages. Pourtant, le réalisme est omniprésent avec des combats qui durent rarement plus d'une charge dans les duels entre sabreurs. Et c'est sûrement cette volonté de réalisme qui rend le public européen un peu fermé à ce genre de seinen historique totalement nippon alors que d'autres parutions comme Jeanne ou Jésus de Yoshizaku Yazuhiko étaient bien plus passionnantes. Par ailleurs, on constate moins de philosophie que dans les précédentes oeuvres du dessinateur, par contre son credo à propos du passé est plus que jamais présent. Taniguchi est grand mais il faudrait plutôt se rabattre sur ses autres oeuvres pour le découvrir un peu plus. En ce qui concerne le trait en lui-même, il est comme d'habitude net et précis mettant en scène énormément de détails. Par contre le remplissage est plus faible notamment lors des scènes de combat et le mangaka nous prive des superbes représentations sur une page entière dont il fait preuve d'habitude.

Le Livre du Vent est moyen dans tous les sens possibles. Sans véritable génie scénaristique ou graphique, il parvient quand même à être intéressant par l'intensité qu'il dégage et le contexte historique décrit. Des lacunes qui pourraient entraver la lecture mais Kaze No Shô est un one shot de Taniguchi, donc un gage de qualité au dessin. Rien que pour ça, il serait dommage de ne pas le feuilleter.

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Yureka

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2 commentaires

  • Anonyme

    03/01/2008 à 13h35

    Répondre

    Si se Livre est moyen je me demande comment qualifier ta critique, aparemmet tu ne sais pas vraiment apprécier un dessin, une mise en scène, ou encore même une atmosphère; retourne lire du keshin, ou du sdk ...

  • Anonyme

    09/10/2008 à 10h18

    Répondre

    Je suis d'accord avec la critique de Kaze no Sho...Je trouve que le dessin parait parfois simpliste ou facilité. Peut de détail au niveau des kimonos (souvent noirs ou gris), les visages font un peu boufis (celui de Yashimaro à un moment m'a un peu choqué) et manque de suffisamment de détail pour donner le charisme nécessaire aux personnages. L'histoire est en revanche assez intéressante même si elle parait simple. Le tout est bien mis en scène et on se croirait devant un de ces bon vieux Jidai Geiki (pas sûr de l'orthographe)...


    La remarque "retourne lire Kenshin et SDK (samurai deeper kyo?)" est un peu déplacée non? on peut très bien apprécier un manga et pourtant critiquer son dessin, scénario etc...car n'est ce pas là le but de la critique? Pour ma part, j'aime ce manga (toujours en place d'honneur sur mon étagère) mais niveau graphismes je le trouve moyen. Contrairement à d'autres il a mal vieillit 

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