Kid I Luck! - Au bon mot les bons remèdes !

Fidèles à leur politique éditoriale, les éditions Ki-oon nous proposent la dernière oeuvre en date de Yûkô Osada (auteur notamment de l'excellent Run Day Burst, C SI: ou encore Gear Rally), j'ai nommé Kid I Luck. On change assez radicalement de registre par rapport aux titres précédents puisque l'auteur explore le monde de l’humour.

Kinjiro Yaoi est la terreur de son lycée. Bagarreur invétéré et incorrigible tête brûlée, il est du genre à laisser ses poings s'exprimer avec générosité à la moindre occasion. À l'extrême opposé, son amie d'enfance, Kuriko, est la douceur incarnée. Mais peu avant ses 18 ans, une tragédie touche la jeune fille, qui est agressée au retour du lycée… Traumatisée, elle n'a plus la force de retourner en cours et vit enfermée chez elle, complètement coupée du monde extérieur… Kinjiro, de son côté, est rongé par la culpabilité. Lui qui n'a pas été présent pour défendre son amie cherche inlassablement un moyen de la sortir de sa déprime. Sa décision est prise : à l'image de ces comiques professionnels qui faisaient le bonheur de Kuriko avant son agression, il deviendra lui aussi un champion du rire et consacrera son existence à redonner le sourire à son amie ! Mission loin d'être évidente pour notre voyou au grand cœur… qui est doté d'un sens de l'humour catastrophique !


Dans ce nouveau titre, Kinjiro va apprendre la vie à la dure, par ses intentions de percer dans le monde de l'humour. Il va se rendre compte que, dans n'importe quel domaine, il est très difficile de faire en sorte que tout marche directement. Le jeune garçon s'estime responsable de ce qui est arrivé à son amie (il s'était battu avec les types qui l'ont agressée) même si on sent que les seules fois où un personnage reproche à Kinjirô d'être à l'origine de l'agression de son amie, c'est par pure méchanceté ou lors d'une tentative de déstabilisation. Aussi bonnes que soient ses intentions, il n'arrivera à rien s'il ne croit pas un peu plus en lui-même. L'un des deux humoristes du duo comique Hamamiya (des cadors du rire dans la série), rencontré au coin d'un petit boui-boui, lui dira même qu'il ne peut pas espérer faire rires les gens s'il ne se fait pas rire lui-même… La route qui mène à Kuriko sera très longue pour le jeune garçon…

Le côté racaille de Kinjiro dénote totalement avec la rigueur nécessaire pour le comique de comeback dont il est question dans la série. Partout où il va, on se moque de lui parce qu'il fait tâche dans ce milieu qui n'est pas le sien. Pourtant, les malheurs de son amie l'ont changé et il mettra toute son énergie dans ce nouvel objectif qu'il s'est fixé. Son « duo » avec Spaghetti Arrabbiata est inespéré. D'un côté une petite intello et de l'autre un mordu de baston… Autant dire que ça fait des étincelles. Plusieurs fois on voit les deux compères se disputer et tenter de résoudre des problèmes liés à un manque de communication évident. Kinjiro, qui n'a jamais communiqué autrement que par ses poings, est particulièrement maladroit dans sa façon d'exprimer ses demandes à sa partenaire. En réalité, il va devoir réapprendre à agir comme un être humain et donc à utiliser son cerveau puisque c'est ce dont il a le plus besoin pour pouvoir proposer des gags intelligents et amusants. 

Quand on voit le résumé de l'histoire, il est impossible de ne pas se poser une question essentielle : comment l'éditeur a fait pour retranscrire un style de comédie qui n'existe même pas chez nous ? Comme chacun le sait, la traduction de l'humour est un procédé particulièrement difficile et c'est encore plus vrai lorsque le type de performance à traduire n'est pas très répandu dans le pays de la langue cible. Dans le cas de Kid I Luck, il s'agit de faire rire grâce à un commentaire/une réaction écrite ou dessinée sur un petit tableau blanc. Evidemment, tout se joue à la subtilité du comeback et pour ça, il faut avouer que la traductrice a plutôt bien travaillé. Fédoua Lamodière réussit à obtenir l'effet qu'elle veut au moment où elle le veut et ça, peu de traducteurs, même expérimentés peuvent s'en vanter. C'est donc un petit pan de culture japonaise que vous découvrirez lors de la lecture des trois volumes de l'oeuvre, avec toute sa subtilité et sa mise en place particulièrement complexe. 

En ce qui concerne le trait, on retrouve avec plaisir la patte ultra-dynamique d'Osada où l'auteur travaille son sens du geste et de la position (thème oblige) avec un talent indéniable. Yûkô Osada possède la capacité de s'adapter à n'importe quel genre. Pour faire simple : ça bouge super bien et le trait reste constamment en accord parfait avec l'action. On notera un découpage qui fait la part belle aux cases ouvertes avec des gros plans qui viennent renforcer l'effet comique (qui se joue parfois sur les mouvements) et le rythme de l'action quand c'est nécessaire. Avec une narration fluide et sans accroc, le lecteur ne peut que se laisser porter par l'histoire, avec ses hauts et ses bas. Après Run Day Burst qui était un shônen d'action pure à l'ancienne, Kid I Luck qui fait office de seinen rondement mené, il ne manquerait plus qu'Osada nous ponde un petit shôjo de derrière les fagots pour qu'on puisse vraiment dire que c'est un mangaka caméléon !

Même si la comédie est le thème principal de l'oeuvre, on se trouve bien en plein milieu d'une histoire dramatique. L'auteur parvient à jongler avec les différents types de scènes et nous propose un mélange efficace et savamment dosé. En fait, le rythme est tel qu'on ne souhaite s'arrêter à aucun moment lors de notre lecture (et ce ne sont pas les pages couleurs somptueuses qui vous feront dire le contraire). Ne vous laissez pas avoir par le thème qui semble un peu trop « japonais » (l'adaptation est tellement réussie que ça passe tout seul), Kid I Luck est incontestablement l'un des meilleurs titres de ces derniers mois, tout éditeur confondu, et il serait dommage, maintenant que vous pouvez vous la procurer en intégralité (3 tomes seulement aux éditions Ki-oon), de passer à côté d'une aussi bonne série !


A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

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