7.5/10

Kié la Petite Peste

Un peu comme Mes Voisins les Yamada, la famille représente un axe majeur de la pensée d'Isao Takahata. Avec beaucoup d'humour, les relations entre les personnages sont abordées à découvert, mettant à plat les difficultés et autres problèmes inter générationnels de la société. Kié la Petite Peste met en place un personnage principal prenant les traits d'une enfant courageuse, désirant obtenir le bonheur. La poursuite du bonheur. Voilà le thème majeur d'un film qui multiplie les personnages pour dégager plusieurs réflexions autour d'une animation d'une naïveté touchante.

Pestiféré attachant

La jeune Kié vit dans un quartier populaire d'Osaka. A cause d'une situation familiale plutôt compliquée, elle devient la reine de la débrouillardise et du système D. avec l'aide de ses grands-parents et de son insolent chat, elle tente de faire fonctionner sa petite gargote paternelle, tout en gérant les frasques de son géniteur, un oisif invétéré que tout le quartier surnomme « Tetsu, le bon à rien ». Malgré ses activités débordantes et son opiniâtreté clairement affirmée, Kié ne rêve que d'une chose : une vie familiale... normale !

La relation père/fille du film s'avère des plus réussie. Kié est l'exemple même du courage et de la persévérance, se comportant comme une adulte remarquable en supportant le manque d'investissement parental et se raccrochant à l'espoir de voir sa mère revenir au domicile conjugal. A l'inverse, Testu joue le rôle d'un grand gamin fort en gueule et en muscles, bébête sur les bords et profondément têtu, loin de se comporter comme un père à tel point que sa fille ne l'appelle pas « papa ». L'amalgame sur le rôle parental provoque un lot de situations bien amenées, avec des gags qui feront sourire et sûrement hurler de rire les spectateurs les plus jeunes qui se reconnaîtront à travers l'image de la petite peste. Les personnages secondaires s'accumulent pour agrémenter de nouvelles tranches de vie : chef yakuza gaga, chat karatéka, professeur d'école bon vivant... Chacun apporte sa pierre à l'édifice avec une recette approuvée mêlant drame et rire.

Combat de chats au clair de lune

Les combats de chats, les pleurnicheries d'un puissant devenu faible... L'ensemble des scènes du film contribue à rendre attachant des personnages qui ont tout pour eux, inspirant la sympathie à la moindre de leur apparition. Si on pourra noter un manque de transition entre les différentes histoires composant l'intrigue, le film se déroule agréablement, porté par une réalisation excellente dans la norme typique des années 80. Fort de son thème principal parlant à chacun, les aventures bon enfant de Kié au milieu d'un quartier populaire censé représenter la rue japonaise donne une vision assez tristounette de maisons en bois et de profonds respects des règles de politesse, très largement soumis à des règles que la jeune fille n'hésite pas à briser pour s'échapper de son quotidien assez cruel.

La réalisation est bonne. En pouvait-il en être autrement lorsqu'elle est confiée à Takahata ? Si la colorisation est un peu fade et l'animation n'étant pas du dernier cri, le film possède un charme rétro actif dès les premiers instants, rappelant la ribambelle de productions d'animes de l'époque avec une mise en scène travaillé. Par ailleurs, le design des personnages reste assez personnel avec des oreilles en chou fleur assez inquiétantes mais l'ensemble datant de vingt-cinq ans, il est plus que normal de retrouver ses petits défauts.

Takahata n'hésitera pas à reprendre quasiment le même concept familial pour Mes Voisins les Yamada dans un genre tout autre. Kié la Petite Peste plaira autant aux petits qu'aux grands par son caractère et son histoire universel, qui sans transporter dans des fantastiques voyages comme ceux de Miyazaki, rappelle que la réalité a aussi ses bons côtés.

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