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Kirihito

Si Black Jack est l'oeuvre à travers laquelle Osamu Tezuka est parvenu à insuffler une bonne dose de ses connaissances médicales, Kirihito constitue une oeuvre mineure du maître traité sur le ton du seinen. Dans son immense bibliographie, le mangaka a rendu hommage à la médecine et au fantastique, genres particulièrement appréciables lorsqu'ils sont bien traités. Dans sa grande tradition des mangas nommés par le nom de leur personnage principal (Ayako, Barbara), Kirihito s'ajoute comme une autre tragédie pleine de rebondissements mais bourrée de lacunes inhabituelles.

Plus médecin malgré lui

Kirihito
Kirihito
Kirihito Osanaï est un brillant externe de l'hôpital universitaire d'Osaka. Depuis plusieurs mois, son service est en ébullition devant une étrange maladie transformant de nombreux patients en « hommes chiens ». Aucun remède ne s'avère efficace pour traiter les malades malgré les efforts désespérés du docteur Tatsuga'ura. Cette maladie, la monmo, reste bien mystérieuse en dépit de nombreuses recherches et expérimentations menées par les entités les plus éminentes du monde médical nippon. Pour mieux observer la maladie, Kirihito est envoyé sur une île pour l'étudier mais il ne se doute pas que tout un complot s'est organisé derrière lui pour qu'il ne revienne jamais plus à Osaka...

A travers le scénario de Kirihito, Osamu Tezuka s'inscrit dans la dénonciation du monde hospitalier, énonçant de nombreuses critiques à l'égard des services dans lesquels s'exercent une véritable lutte. Le mangaka dénonce un monde dans lequel les idéalistes n'ont pas leur place et où complots s'élaborent stratégiquement. Au-delà de ce premier thème, Tezuka met en avant la difficulté de vivre en possédant un physique particulier considéré comme une tare. Son humanisme latent le pousse à créer un héros qui va devoir passer son stade initialement manichéen pour devenir autre chose et survivre au milieu d'une société qui le rejette.
En dépit de son bon vouloir et de sa science du manga, l'homme au béret ne parvient pas à recréer l'atmosphère de ces oeuvres les plus connus. Ceci est sans doute dû à un héros initial manquant profondément de charisme et une intrigue un peu trop simple. Avec pas mal de scènes redondantes pour démontrer l'humanité des individus touchés par la monmo se crée une certaine empathie pour le héros transformé, mais sans véritable scénario autre qu'une vengeance pure et dure contre ceux qui l'ont envoyé à une mort certaine, Kirihito se perd et n'accroche pas son lectorat.

Rikikirihito

En l'espace de quatre volumes, Tezuka se permet de livrer une petite lecture qui s'approche de l'univers de MW. Par son esprit malsain grandissant et des scènes de cruauté insoupçonnables au premier abord, quelques scènes marquent par leur déshumanisation dont est parfois capable l'auteur. Dans l'ensemble de l'oeuvre, Tezuka reste très fidèle à ses principes et l'essentiel de ses thèmes majeurs se retrouvent par bribes intermittentes.

La mauvaise surprise se perçoit à l'oeil avec un premier volume faible et plein de dessins peu performants. Si la patte de l'auteur se retrouve, de nombreux dessins sont de piètre qualité avec des traits de construction visibles et des proportions injustifiées laissant une impression amère. Vraiment peu glorieux. La suite s'améliore mais de temps à autre, le manga retombe dans ses travers graphiques. L'édition d'Akata est de très bonne qualité avec une édition plus que correcte pour une lecture agréable.

Kirihito est une nouvelle oeuvre du répertoire de Tezuka mais elle pourra être facilement reléguée dans le peloton « à voir » que des « à lire ». L'indolence graphique joue pour beaucoup dans le fait que la lecture n'en soit pas passionnante même si le scénario ne soulevait pas des masses d'excitation non plus. A l'instar de MW ou Barbara, Kirihito reste à réserver aux fans du maître.

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