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Knight Gunner

L'époque des croisades fut une période de combats intenses durant laquelle les guerres furent nombreuses. Ko Jung Uk et Chun Ki Ho n'en demandaient pas tant pour proposer un véritable massacre à travers le manhwa intitulé Knight Gunner. Des Coréens qui s'attaquent à un conflit occidental dont ils ne semblent connaître que les bases et qui décrivent un conflit où la religion prend une place importante, il ne pouvait pas y avoir de demi mesure. La prévision du très mauvais était perceptible et c'est ce qui est définitivement entrevu après à peine quelques pages. Ce n'était pourtant pas une mauvaise idée de mettre en scène un univers médiéval durant cette période trouble mais l'ensemble de la qualité de l'oeuvre et le parti pris de la rendre fantastique vire parfois vers le grand n'importe quoi. Pourtant chez Tokebi (High School, Priest, Yureka, Dragon Hunter) on y croit...

Aigle de guerre

Knight Gunner
Knight Gunner
Le manhwa est crédible pendant à peu près... dix pages, histoire de montrer Yle Grynt, héritier d'un grand nom de la chevalerie forgé par son père Philippe. Pourtant, il a quitté son père pour retrouver son oncle Stan à Jérusalem quelques temps plus tôt, avant que n'éclate le conflit. Basé en plein milieu du conflit chez l'ennemi, il est néanmoins préservé mais se retrouve hanté par des cauchemars à propos de son passé. Petit à petit, l'issue d'une guerre inévitable approche, Yle est mis sous pression pour choisir son camp... rapidement !

Le contexte historique n'est qu'un prétexte à proposer une baston générale durant laquelle les combats sanglants, voire gores, vont être légion mais on aurait pu attendre une dimension chevaleresque comme le laissait présager la première moitié du titre. Si les combats de cape et d'épée sont présents, des combats au pistolet avec un design de thriller américain achèvent le manga avant qu'il ait véritablement commencé. L'anachronisme voulu est particulièrement ridicule et on assiste à des duels dans lesquels les « pauses discussions » aux dialogues creux s'enchaînent, malheureusement (ou heureusement si on le prend au second degré) ceux-ci sont rares. L'aventure principale, narrée brouillonnement, a pour objet d'essayer de montrer une intrigue ayant pour ambition d'évoquer un choix cornélien du héros sur fonds de guerre de religions. C'est si mal traité qu'au bout de quelques pages, on en soupire de désespoir. Bref, Knight Gunner n'est pas passionnant dans sa forme et son fond, on compte alors sur le graphisme pour relever le niveau.

« L'ennemi est bête puisqu'il croit que c'est nous l'ennemi »

Si je n'avais que regardé le dessin sans lire aucune bulle de Knight Gunner, ma réaction n'aurait peut-être pas été la même. Les toutes premières pages sont de bonne qualité mais rapidement on en vient à se rendre compte que plusieurs imperfections sont présentes au fur et à mesure des pages gâchant l'appréciation du trait de Koh Jung Uk. Beaucoup de petites fautes sur plusieurs points (remplissage, détails, proportions) mais ce sont celles concernant la finition qui remportent la palme. Certaines cases ont été rapidement crayonnées montrant des visages et des paysages manquant cruellement d'expression.

Pour revenir au flou scénaristique qui entoure Knight Gunner, il existe quand même des éléments qui montrent que le personnage principal est un parfait stéréotype du héros de grande tragédie. Jeune premier sans charisme mais plutôt rongé par ses doutes, Yle va évoluer peu à peu avec le temps en prenant le chemin d'un voyage initiatique pour trouver sa voie. Romance, rancoeur et duel fratricide, les thèmes récurrents à toute saga sur fond d'Histoire sont bien présents mais en trop petite quantité pour prendre une part intéressante dans un manhwa exclusivement voué à des combats où le sang coule à flot. L'innovation des combats ne paye pas mais certaines bonnes idées débouchent sur des rebondissements trop rarement exploités qui laissent une impression de gâchis. Dommage mais il manquait trop d'éléments à Knight Gunner pour en faire une série potable.

Le manhwa ne restera pas dans les annales et pourra tout au plus divertir le public asiatique pour lequel il était destiné, comme le prouve les notes explicatives en fin de volume avec un rapide résumé des Croisades (encore pire que le manhwa lui-même). Le public occidental s'en passera aisément si ce n'est que pour quelques scènes d'action qui ne rentabilisent pas l'achat de Knight Gunner.

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