5/10

Kurozakuro

L'auteur de Togari, l'épée de justice ne s'est jamais remit de la fin prématurée de sa série. Yoshinori Natsume l'explique dans les pages bonus avec un certain désarroi, s'attendant au même destin pour Kurozakuro. Etrange choix alors que la série possède un plus grand potentiel que la précédente tout en restant dans un registre du même calibre. Si cela reste un shônen des plus classiques avec sa linéarité prévisible et son ton très conventionnel, des motifs de satisfaction peuvent aussi apparaître.

Le petit poucet devenu ogre

Kurozakuro
Kurozakuro
Mikito Sakurai est la tête de turc idéale. Lycéen frêle et timide, il ne se rebelle jamais devant les brimades, au grand dam de sa meilleure amie, Saki Kikuoka. Mais voilà qu'un beau soir, le jeune garçon fait un rêve très particulier au cours duquel il discute avec un étrange garçonnet, prénommé Zakuro. Ce dernier propose d'exaucer un voeu, en échange de la floraison d'un arbre... Le choix de Mikito, logique, est guidé par les conseils de Saki : il veut devenir plus fort ! Dès le lendemain matin, Mikito observe de profondes transformations en lui. Ses capacités physiques sont incroyablement accrues et son caractère a bien changé. Connaissant désormais la colère, l'énervement et la violence, il les met à profit pour tabasser tous ceux qui essayent de s'en prendre à lui. Plus problématique, son appétit s'est aiguisé. Son envie de viande est désormais dévorante ; et la plus savoureuse à ses yeux est de très loin la chair fraîche humaine.

Et oui, Mikito est devenu un ogre contre son gré, forcé de suivre des instincts qu'il tente de combattre à l'intérieur de lui-même. Le pacte établi avec les ogres se révèle un véritable casse-tête car transformant en une sorte d'Hulk démoniaque chaque être possédé pour devenir une bête incontrôlable, oubliant sa condition d'humain. Un peu comme pour les vampires, des chasseurs et une organisation apparaîtront pour se lancer à la poursuite de ses dévoreurs de chair fraîche et à partir de là... le reste tombe dans un classicisme sans vergogne. Pas de trouvailles majeures chez Natsume, juste une redite correcte des canons du genre avec son lot de batailles entre un héros découvrant ses pouvoirs et des ennemis progressivement plus puissants. Ajoutez les ingrédients classiques au scolaire et vous obtenez un manga qui se camoufle dans la masse actuelle sans ressortir du lot.

Appétit d'ogre

Au-delà de son ambiance fantastique, Kurokazuro exprime les valeurs du shônen sans innover avec une quête initiatique teintée de doutes et de remises en question d'un héros qui voit son aspect se dégrader au profit d'une volonté de evenir fort. L'ambivalence entre le bon et le mauvais côté déjà présent dans l'oeuvre précédente du mangaka est retraité par le procédé du monstre combattant ses propres congénères. Cette ficelle scénaristique n'en est plus à ses débuts (Hellsing et bien d'autres encore) et cette nouvelle mouture n'apporte rien de nouveau au genre. Avec un héros à la recherche de lui-même tombant dans le cliché du genre, les personnages secondaires ne garantissent rien même si de faibles flashbacks viennent appuyer la vision de l'un ou l'autre. Le dénouement prend les mêmes allures que celui de Togari, sachant que les sept volumes de ce manga semblent un nombre restreint par rapport à l'histoire développée. L'avenir nous le dira mais la série est une lecture sans intérêt déterminant.

Yoshinori Natsume propose un trait inconstant au niveau des visages, un peu comme Kamunagara. Les personnages ont de drôles d'expressions, pas toujours satisfaisantes, parfois surfaites, d'autres fois extrêmement inexpressives. Le mangaka a corrigé son défaut d'être trop brouillon car les scènes d'action correspondent aux meilleurs passages de l'oeuvre. Par rapport à Togari, le graphisme gagne en épaisseur et en densité. Et c'est tant mieux pour le remplissage avec moins de trames superficielles et un découpage actif.

Kurozakuro se présente comme une oeuvre moyenne, qui ne devrait pas faire d'ombre aux titres bien meilleurs de la collection Akata. Une petite série qui devrait combler les amateurs de Togari mais qui ne laisse aucune chance de convaincre les autres par son manque cruel d'originalité. En attendant mieux, pourquoi pas...

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