8.5/10

Larme Ultime

La guerre n'a jamais autant débordé d'amour avec ce manga insaississable représenté par Larme Ultime. On ne cessera jamais d'admirer la verve de cet auteur impressionnant qu'est Shin Takahashi.

« Nous allons nous aimer »... dit comme ça, l'amour prête à confusion balançant entre le doute et l'incrédulité de la mise en couple et c'est pourtant la première phrase de Larme Ultime. « Nous allons nous aimer »... et pourtant au début, c'était loin d'être facile car les points de vue sont totalement divergents entre les différents protagonistes mettant en scène des opposés qui ne vont plus pouvoir se quitter. « Nous allons nous aimer » et avec un peu de chance, ce sera possible... L'évolution de l'intensité de l'oeuvre de Shin Takahashi rend palpitante une intrigue qui partait pour être un énième shojo parmi les autres mais ce qui le démarque sont la manière dont les thèmes récurrents sont abordés et surtout le couple de personnages extrêmement symbolique, agrémentés d'histoires et de personnages secondaires aux destins marquants. Ca commence doucement pour finir en apothéose avec des rebondissements à tout va, on rit, on doute et on suit un monde en guerre promis à la destruction même si au milieu de tout ce fracas, une lueur d'espoir subsiste car tout repose dans les mains de deux jeunes lycéens. Cucul et déjà vu ? Non, absolument pas, le suspense est présent et les surprises vont pleuvoir comme un jour de dépression durant la mousson. Larme Ultime et moi, nous allons nous aimer.

Mi(se) amor(t) !

Torrent de larme pluviales ultimes
Torrent de larme pluviales ultimes
Les trois premières pages évoquent un shojo d'un classicisme sans commune mesure. Shuji et Chise sont des lycéens. Ils sont beaux, jeunes et viennent de commencer une amourette dans une bourgade d'Hokkaido, proche de Sapporo... ou presque car la suite va briser ce cliché tout prêt en proposant beaucoup de surprises pour évoquer un très bon seinen. Les deux personnages sont de parfaits opposés qui s'attirent peu au départ car tous deux ne savent absolument pas comment mener une relation. Leur mise en couple est un hasard auquel aucun des deux ne croyait et comme un piège qui se referme sur eux, ils ne savent pas comment s'en dépêtrer. Les atermoiements se font oppressants jusqu'au point où le silence devient leur sujet de conversation préféré. Non-dits succèdent à mauvaises décisions et phrases blessantes surtout que Shuji n'est pas du genre à tenir sa langue dans sa poche, du coup Chise se retrouve en position de faiblesse et craque jusqu'au bord des larmes. Cela ne pouvait pas durer et à peine commencée, voilà la relation finie. En effet, la rupture était nécessaire pour mieux... recommencer avec cette fois-ci une véritable déclaration qui va lancer le couple sur de nouvelles bases beaucoup plus saines.

La relation se déroule mieux mais pas jusqu'à dire que les oiseaux chantent et que le ciel est bleu sans nuage. Le ciel justement est porteur de mauvaises nouvelles et d'un bouleversement terrible de l'histoire. Des bombardiers incendient Sapporo en réduisant la ville à feu et à sang, l'escadron de la mort de cet ennemi inconnu semble être parvenu à ses fins et se prépare peut-être à un deuxième raid mais... événement inattendu, ils explosent les uns après les autres dû à une riposte japonaise imprévisible avant que l'arme salvatrice ne se crashe à son tour. La menace écartée, Shuji part satisfaire sa curiosité en se rendant sur les lieux de l'accident afin d'aider le pilote mais à défaut de véhicule et de son conducteur, il trouve Chise transformée en arme de guerre, l'arme ultime (d'où le double sens du titre)... Comment, pourquoi, re-comment, re-pourquoi, beaucoup de questions traversent les deux esprits à cet instant pour le début d'une passion déchirante.
 

Guerre et paix... mais surtout guerre

Comme dit auparavant, les deux personnages principaux tiennent une place importante dans l'oeuvre. Deux portraits qui s'opposent systématiquement en tout point mais dont la finalité est de se retrouver quelle que soit la situation. Galanterie oblige, on commence par Chise au physique si faible et au moral si friable. Cette faiblesse se ressent dans son comportement avec une timidité maladive, elle n'est pas toujours très futée et de plus comme elle est à fleur de peau, elle passe facilement du rire aux larmes. Agissant parfois comme une enfant, c'est le stéréotype de la femme enfant avant qu'elle ne connaisse un profond changement en devenant l'arme ultime car même si en surface, c'est toujours la même Chise, le personnage évolue constamment devenant plus adulte que Shuji tout en ayant honte de sa nouvelle vie. Elle se pensait faible, elle va découvrir ses forces...

Shuji est justement bien plus adulte dans sa tête. Bon élève, sportif mais avec un caractère bien trempé qui lui attire souvent les foudres des élèves féminines à qui il fait peur. Sans charisme impressionnant, le personnage (qui est aussi le narrateur) devient rapidement attachant car entre « se croire » et « être » adulte, il y a un monde. Perdant le fil au fur et à mesure de l'histoire, il cherche à comprendre son amie mais se perd dans les méandres des pensées féminines. Il a beau être attentionné, préventif, sa nature revient au galop et il ne trouve pas souvent les mots justes pour s'exprimer. Néanmoins, être le petit ami de l'arme ultime se révèle une tâche encore plus compliquée pour celui qui pensait prendre cette relation à la légère. Il se pensait fort, il va découvrir ses faiblesses...

Sur ce fond de guerre apparaissent d'autres personnages secondaires qui vont vivre des relations parallèles à travers des histoires de couples toutes aussi tragiques que celle des héros. Témoins de ces ruptures dues à la guerre, les personnages vont s'en servir pour agir au mieux dans leurs relations. La guerre joue un rôle déterminant dans l'histoire car elle est à l'origine de toute l'intrigue mais on n'en sait pas beaucoup plus qu'au départ sur les ennemis. Cependant, le rythme d'une guerre et ses conséquences sont bien traduites : le calme plat laisse place à la tempête et inversement.
 

Apprendre à aimer

Bien plus qu'un seinen bête et méchant, Larme Ultime est une véritable mise en scène de sujets aussi différents que l'amour et la guerre. Pour le premier thème, des questions récurrentes reviennent à propos d'un amour impossible entre deux êtres qui se font mutuellement peur et plaisir, de la fidélité entre deux êtres séparés par la distance et en général du rapport homme/femme sous ses différentes coutures. Le second thème n'est pas clairement défini car la guerre décrite est montrée sous la forme d'une horreur absolue sans pour autant montrer le visage du camp ennemi et avec seulement quelques rares batailles. Les misères engendrées, les doutes omniprésents et les pertes subies affectent la réflexion sur la vie des personnages. Ainsi, Takahashi aborde de nombreux thèmes souvent avec finesse et intelligence mais les réactions stupides (voire machistes) ne manquent pas non plus, apportant une touche d'humour.

La plus grande originalité de Larme Ultime est sans doute la finesse de son trait. Cependant, la première impression est contrastée car les visages des personnages sont parfois si peu détaillés que les traits de construction apparaissent et un bon paquet de cases sont remplies de texte sans dessin. D'un autre côté de superbes planches font aussi leur apparition même si elles sont plus rares. Au début, il faut bien l'avouer, je n'étais pas très convaincu sur ce point mais petit à petit le dessin s'adapte aux situations surtout qu'il s'améliore avec le scénario à partir du quatrième volume. Une fausse douceur s'en dégage et Takahashi rend magnifique ce qui ne peut pas l'être comme ces paysages détruits. Et puis, quand on se rend compte de toute l'équipe et les sources de l'auteur pour agrémenter son oeuvre, on se rend compte que la volonté de la rendre marquante est réelle.

Larme Ultime est un très bon seinen mêlant à la fois deux thèmes et deux personnages principaux antagonistes. Organisé autour d'un dessin assez spécial, le manga a aussi fait part d'une adaptation en anime sous le titre de She, the ultimate weapon qui commence de manière radicalement différente. Tout ça pour dire que Takahashi rend une très bonne copie déclinée en sept volumes remplis d'émotions. A lire sans hésiter... Voir à compléter par un recueil de nouvelles s'intitulant Vers la Lumière.

Vers la lumière

6/10 Fin ultime ?

Cet ouvrage est un recueil de nouvelles, proposant des histoires annexes à la série, voire même des variations sur le thème de "l'arme ultime". Les quatre histoires de ce manga  adoptent un ton aussi profond que poignant. Guerre, cruauté, sacrifices, mais surtout amour et sincérité au programme de cette oeuvre d'art, qui ne laissera personne insensible.

Vers la Lumière
Vers la Lumière

Entre deux volumes de Fragment, Shin Takahashi a trouvé le temps de compléter un recueil de nouvelles autour de son manga phare, Larme Ultime. Mais si le phare est immense, ce spin off intitulé Vers la Lumière ne constitue qu'une vaguelette compilant de courtes histoires d'amour au beau milieu d'une guerre contre un ennemi invisible et inconnu. On reconnaît partiellement les thèmes majeurs de Takahashi à travers ces nouvelles mettant en scène des jeunes gens de sexe opposés vivant des aventures changeant radicalement leurs vies. Le charme opère, l'auteur possédant cette capacité à expérimenter et expliquer en profondeur divers personnages avec humour au beau milieu d'un drame. Seulement, la diversification des histoires étant tellement importantes que l'importance des histoires fluctue entre le bon (Love story, killed) et l'inintéressant (Un amour naissant où l'on retrouve pourtant nos deux héros de la série originelle !). Cette compilation de nouvelles ne permet pas de se faire une idée réelle sur la qualité de l'ouvrage car elles s'étendent sur différentes périodes de la carrière du mangaka et oscillent aussi en qualité graphique. Alors, forcément, on peut se demander à qui est destiné ce type d'ouvrage... Et la réponse est simple : aux fans de Larme Ultime. Seulement, quatre ans se sont écoulés depuis la parution du dernier volume et le soufflet est considérablement retombé depuis. Néanmoins, il n'est pas désagréable de se plonger dans ce recueil pour avoir envie de relire la série principale...
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Dragon Hunter

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3 commentaires

  • Anonyme

    19/11/2007 à 18h51

    Répondre

    Histoire promet une bonne histoire. Les premiers tome confirme cette impression mais vers le 5 j'ai commencé a décroché et pour la premiére fois depuis que je me sui mise aux mangas j'ai regrétter d'avoir acheté une série!!


    La fin ne vallait pas mais attente. L'auteur aurait pu mieux faire. En plus le graphisme n'est pas terrible mais au début on se dit "c'est pas grave du moment que l'histoire est bien".


    En un mot: dégoutée!!!

  • Anonyme

    27/09/2008 à 21h12

    Répondre

    J'ai lu les 4 premiers tomes et vraiment c'est génial, un style vraiment original, particulier qui donne du charme a cette histoire d'une beautée touchante. à lire

  • Anonyme

    03/04/2009 à 22h55

    Répondre

    c'est sur les premiers tomes sont bien au niveau de l'histoire


     mais perso après sa devient n'importe quoi ( tome 6 et 7 surtout)


    Les perso se retrouvent en sale position sans savoir comment ils ont pu en arriver la . c'est mal mis a scène


    Les graphismes ne sont pas mauvais, disons... simpliste =)


     

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