7/10

Love, fragments Shanghaï

Un manhua aux consonances adultes, une voie intéressante à explorer...

Le manhua possède une réputation avérée de naïveté à deux ou trois exceptions près, Benjamin entre autres. Lorsque débarque Love, fragments Shanghaï, la peur d'y retomber se fait craindre. Et au final, c'est presque le contraire qui saute aux yeux avec une intrigue profondément adulte remplie de passages romanesques étalés dans le temps. Chaiko réalise un tour de force en nous intéressant à son histoire par le biais d'une narration authentique, où les non-dits côtoient les pensées secrètes d'un trio de personnages représentatives de la jeunese chinoise ouverte sur l'Occident...

Love, love, love

Love, fragments Shanghai
Love, fragments Shanghai (c) Xiao Pan
Lily, executive-woman prisonnière de son passé amoureux, croise la route de Wen, une jeune top-model qui cherche à oublier la passion qu'elle a vécue avec Jian, un photographe de mode.
Jusqu'au jour où Jian réapparaît...

Pour s'intéresser à Love, fragments Shanghaï, une nécessité apparaît pour apprécier l'anti-académisme avec lequel le manhuaji se plaît à nous conter son histoire. Les ellipses temporelles jouent un rôle intéressant dans le développement des relations entre les personnages principaux. Parmi eux, distinguons un couple se cherchant une identité : Jian, un homme aux allures d'artiste ayant perdu puis retrouvé son amour pour Wen, une femme à la recherche de ses attentes. Pour compléter ce duo, une autre femme, Lily, se demandant comment retrouver l'envie de reformer un couple. Trois personnages se posant des questions existentielles sans aller au-delà de la limite critique du sentimentalisme exacerbé. Et même si Chaiko se prend parfois pour Confucius lorsqu'il réalise les transitions entre les chapitres, l'esprit du manhua est plaisant.

Shanghaï ou la nouvelle Chine

Pour cadre, l'auteur choisit Shanghaï. De la ville côtière, on ne découvre que le centre-ville très européanisé avec ses côtés chics et ses quartiers d'affaires plein de gratte-ciel avec des personnages délaissant les tenues traditionnelles pour des tenues décontractés ou business, autrement dit le cadre propice à faire rêver la nouvelle jeunesse chinoise. Pas vraiment de surprise car un grand nombre d'auteurs utilisent ce procédé montrant le changement et l'ouverture chinoise. Love, fragments Shanghaï prouve qu'il arrive à donner une envergure à une histoire d'amour sans tomber dans l'esprit shojô complètement dérisoire. Les sentiments adultes détrônent facilement les exaspérantes frasques d'adolescent(e)s en manque d'idées...

Et comme Chaiko n'est pas un manchot, il utilise son ordinateur à merveille pour donner des couleurs sobres avec de nombreux effets sur ses planches. Si le découpage se montre très académique, l'ensemble graphique coloré se fait le chantre de la concision des propos avec un minimum de grandes répliques pour montrer l'histoire à travers les yeux des personnages, d'où une expressivité décuplée. Le manhua est efficace sans trop en faire. Admirable.

Love, fragments Shanghaï est une petite histoire d'amour bien construite avec de courts chapitres s'emboîtant les uns dans les autres pour former un tout plaisant. Xiao Pan se dote d'une bonne acquisition avec ce nouveau titre dans leur catalogue dans une édition toujours soignée. Un manhua aux consonances adultes, une voie intéressante à explorer...

A découvrir

Tamahagane

Partager cet article

A propos de l'auteur

0 commentaires

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Chez Krinein Manga et animes, c'est la culture japonaise qui est mise à l'honneur grâce à des critiques de shonen, shojo et autres termes bien connus des vrais fans. Toi même tu sais.

Rubriques