6.5/10

Memories

Ce bon vieux Katsuhiro Otomo n'a pas fini de nous étonner. Toujours plein d'idées merveilleuses et intéressantes, le bonhomme est surtout responsable de l'un des plus grands séismes de l'histoire du manga, à savoir Akira. Son dernier film, Steamboy représente à la perfection la folie des grandeurs de ce visionnaire qui n'hésite pas à prendre part aux projets les plus fous de l'animation japonaise. Ainsi Metropolis, dont il est le scénariste, était le premier long métrage à mélanger trois techniques d'animation sur un même plan.

Memories date de peu après le film Akira. Il s'agit de trois moyens-métrages mis bout à bout, tous scénarisés par Otomo et mis en scène par un prestigieux réalisateur de l'animation japonaise. En plus de cela, tout un festival de noms prestigieux se talonnent à différents postes : Yoshiaki Kawajiri (Ninja Scroll, Vampire Hunter D : Bloodlust), Satoshi Kon (Tokyo Godfathers, Perfect Blue)... Un événement auquel tout amateur d'animation se doit d'assister, en somme. D'un autre coté, s'il suffisait de réunir une poignée d'hommes connus pour faire de la bonne qualité, ça se saurait. Qu'en est-il de Memories ? Hé bien, on pourra parler de bon et de moins bon dans cette oeuvre qui restera un travail mineur de l'animation japonaise.

Magnetic Rose est dirigé par Koji Morimoto (Macross Plus). Il raconte l'histoire d'éboueurs de l'espace qui découvrent au fin fond de l'espace, au centre d'un gigantesque champ magnétique, une énorme rose faite de débris de métal. En explorant l'intérieur de cette rose magnétique, deux des astronautes découvrent une salle d'opéra superbement décorée. Sans le savoir, ils ont pénétré dans les souvenirs d'une ancienne diva.
Magnetic Rose est très certainement le sketch le plus prometteur du tas. L'idée de base est superbe, et la bande originale signée Yoko Kanno bouleversante.
Pourtant, l'erreur semble venir de la mise en scène. Morimoto n'est pas plus mauvais qu'un autre (en témoignent certains plans très recherchés), mais la mise en forme d'une idée du calibre de celle qui est la base de Magnetic Rose n'était pas évidente du tout. Sur le papier, tout parait simple, mais donner une texture à ce concept n'a pas dû être de tout repos.
Et pour cause, Magnetic Rose est bien trop ordinaire dans sa forme pour pouvoir vraiment décoller. Le design, pour commencer, est bien trop classique, trop typique de l'animation japonaise pour réellement accrocher le spectateur. En conséquence, les personnages se retrouvent caractérisés par des stéréotypes simplistes. Chacun peut se définir par un seul qualificatif sans manque d'exhaustivité.
A partir de là, Magnetic Rose est un divertissement intéressant, parfois un peu touchant, mais certainement pas un chef-d'oeuvre. Ce qui est dommage, car la base du sketch aurait pu être source de quelque chose de très grand. De plus, la fin pourra en faire sourciller plus d'un tant elle part dans tout les sens.

Stink Bomb est le plus mauvais des trois moyens-métrages. Dirigé par Tensaï Okamura, ce sketch est beaucoup trop long, surtout vis-à-vis de son caractère insignifiant. Un fonctionnaire avale un cachet qui le transforme en boule puante humaine provoquant la mort de tout ceux qui s'en approchent. La police, l'armée, puis les américains eux-mêmes tenteront de l'arrêter.
Stink Bomb fait rire pendant cinq minutes, puis commence à se prolonger indéfiniment, faisant coup de théâtre sur coup de théâtre sans ne jamais s'arrêter. Long d'une bonne trentaine de minutes de trop, il n'est sauvé que par sa mise en scène fort sympathique, et des dialogues parfois hilarants.

Cannon Fodder est le sketch à retenir de Memories. C'est Katsuhiro Otomo lui-même qui le met en scène, et cela se voit. Racontant la vie quotidienne d'une famille dans une société isolée au milieu d'un désert et tournée vers la production d'obus visant à la destruction d'un ennemi invisible, ce moyen-métrage est absolument impressionnant en terme de mise en scène et d'animation. Chaque plan est tout simplement vertigineux, annonçant presque dix ans plus tôt le miracle visuel de Steamboy. Favorisant travellings et autres plans longs aux coupures sèches, ce sketch décrit avant tout une société totalitaire titanesque, avec ses mouvements de foule et ses énormes cannons. Tout cela non sans une petite touche humoristique, que l'on voit poindre notamment dans le design des personnages et les dialogues soulignant l'absurdité de la situation.

Memories est une idée sympathique du réalisateur d'Akira. Il est dommage de voir que Morimoto et Okamura n'aient pas su mettre en image à leur juste proportion les idées d'Otomo.

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7 commentaires

  • Anonyme

    30/11/2005 à 00h30

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    Je ne suis pas du tout d'accord avec cette critique. La rose magnétique est tout simplement splendide, j'ai adoré, du début à la fin, cette oeuvre poétique, douce et délicate, plannante. Tout y est divin.
    Par contre, j'ai détesté le dernier. C'est mou, pas franchement drôle, presque malsin, et il en ressort une impression globale très déplaisante.

  • PetitRobindesBranchettes

    30/11/2005 à 11h19

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    Moi aussi je ne suis pas daccord sur le premier épisode.Par contre Dawa, de là à dire que le dernier n'est pas franchement drôle, étant donné que ce n'est pas du tout le but de ce troisième épisode, c'est hors de propos.Et si au final il en sort une impression globale déplaisante, c'est que c'est plus ou moins paradoxalement l'effet recherché.

    Je reviens sur le jugement de Magnétique Rose.Bien qu'il serait préferable de rallonger l'histoire pour ce genre de mise en scène, il reste très intense, laisse un sentiement de déchirance aussi (pour ma part), et est visuellement superbe.
    Le second est le plus fun et rafraîchissant, forcément.Aussi ça "sent bon" la métaphore satirique si je peux me permettre, rendue d'une manière très efficace.Un plus dans ce Stink Bomb, la musique très jazzy.
    Le dernier m'a moins emballé, on rentre vraiment dans l'ambiance froide et rigide de la guerre industrielle (nottamment grâce aux design très percutant), et comme l'a remarqué Jade les plans sont vertigineux et inédits...il suffit de voir le making-of pour s'apercevoir de l'énorme travail fournit pour une si petite réalisation.Malgré tout ça m'a parut trop peu dense comme histoire, la plus concrète des trois, qui donne à la fin du visionnage de ce chouette DVD pas cher mais assez pauvre en bonus (un interview d'une poignée de minutes et quelques croquis, mais un livret sympathique) une impression d'insuffisance, ce qui n'empêche pas à ces trois réalisations de donner une bonne alchimie à l'ambiance changeante réussie.

    Au final des chouettes réalisations pourvue d'un esthétisme de première classe mais qui laisseraient certains sur leur faim, des bonus soporifiques, un packaging réussi, et un prix qui défie toute concurrence.
    Achat indispensable pour beaucoup de connaisseurs qui apprécieront la démarche d'un éditeur que se décide enfin à sortir ce classique en France, dispensable pour les néophytes.Akira reste la référence (largement même, ça n'étonnera pas grand monde) de l'auteur, mais Memories est second dans mon coeur (comme c'est touchant).
    7/10.

  • Anonyme

    30/11/2005 à 14h09

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    J'ai dit que je n'avais pas rouvé le dernier épisode franchement drôle, car Jade dit dans sa critique : "Tout cela non sans une petite touche humoristique, que lon voit poindre notamment dans le design des personnages et les dialogues soulignant labsurdité de la situation."
    Et c'est justement parce que cet humour ne m'a pas frappée que je disais ça.

  • Jade

    30/11/2005 à 14h20

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    Bah oui, pour moi c'est assez clair, rien que la tête du petit gamin me fait marrer, puis la musique aussi, grandiloquante, comme le gars absolument ridicule avec sa cape qui met à feu les canons. J'ai eu l'impression que Cannon Fodder etait juste une grande blague d'un quart d'heure... Enfin ce n'est que mon avis.

    En ce qui concerne Magnetic Rose, y'a pas mal d'elements qui m'ont géné, comme le design, je le dis dans la critique, mais aussi des éléments du scénario
    La rose n'est pas née des souvenirs de la chanteuse, mais d'un robot à son image... Ca revient peut etre au meme au final, mais ca casse un peu l'ambiance, a mon gout

  • Choucroot

    30/11/2005 à 14h24

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    N' empeche que je vous rejoin sur le fait que Magnetic Rose est absolument magnifique. Merci Satoshi Kon, a qui on doit aussi les brillants Tokyo Godfathers, Millenium Actress, Perfect Blue, et la serie Paranoia Agent.
    Sinon a propos de la bande son, qui dit jazzy, dit yoko kanno .

    edit: désolé pour les doublons avec ton article Jade, ca m' apprendra a poster avant de lire

  • PetitRobindesBranchettes

    30/11/2005 à 20h29

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    Hmmmoui pour répondre à Jade c'est vrai que le général qui fait rêver le gamin donne une touche comique, mais l'ensemble, ainsi que les traits des personnages me mettent plutôt positivement mal à l'aise."L'absurdité de la situation" ne me met pas dans un état de rigolade.
    En tout cas je comprends tout à fait ton point de vue Dawa...disons que je me situe entre toi et Jade.^^

  • Anonyme

    10/01/2008 à 00h40

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    Magnetic Rose est, visuellement, le plus abouti des trois; il est, de plus, le seul à offrir un peu de profondeur aux protagonistes (je parle au niveau de leur personne). La qualité de l'animation, sans esbrouffe mais détaillée, épaule bien le sujet.


    Stink bomb: c'est long, c'est long... D'accord, on sourit un peu, mais ça ne fait pas oublier les longueurs, bien trop nombreuses, pour un sujet aussi mal exploité (j'aurais adoré voir Anno s'en occuper, par exemple).


    Cannon fodder est, graphiquement, dérangeant - et laisse effectivement un goût amer (comme le final d'Akira, je parle du manga papier). Il aurait mérité davantage de développement, le parallèle avec Steamboy est, dans ce sens, justifié.

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